février 12

Stand-Up et Covid : d’autres moyens de faire rire

Les stand-uppers sont peut-être la catégorie d’artistes la plus touchée par la fermeture des salles. Dépendant énormément de la réaction du public, ils cherchent par tous les moyens à continuer de le faire rire, sans le voir.

Habitués à se nourrir des rires du public, les stand-uppers ont les crocs.

Depuis près d’un an, les stand-uppers doivent s’adapter pour trouver de nouvelles façons de produire du rire dans un contexte difficile. Et garder le contact avec un public qui ne peut plus se déplacer dans les salles de spectacle.

Des plateformes au service des humoristes

Lucie Carbone, 30 ans, s’est lancée à plein temps dans le stand-up, il y a 1 an et demi. Aujourd’hui, l’enthousiasme de fouler les planches laisse place à la frustration : « Le principe du spectacle vivant, c’est de voir les gens. On doit partager ce moment ensemble ! » Pour combler ce manque, elle a organisé de nombreux lives humoristiques, sur Twitch et Youtube, afin de continuer à se faire connaître et gagner un peu d’argent grâce aux dons récoltés.

Lucie Carbone a multiplié les lives sur Youtube et Twitch, mais aussi à destination des entreprises. (Crédit photo : Capture d’écran)

D’autres comiques se sont adaptés.

La chaîne Youtube DAVA, adepte d’un humour particulièrement absurde, s’est exportée sur Twitch pour des lives insolites sur Football Manager ou Wikipedia.

L’humoriste Haroun a lancé Pasquinade, une plateforme qui permet aux humoristes de poster des vidéos de leur travail et de toucher un peu d’argent via un « chapeau » virtuel.

Et Vérino a organisé, le 20 janvier dernier, une nouvelle édition de son plateau d’humoristes, Inglorious Comedy Club, en livestream depuis le Pavillon Baltard.

« Le jour où je sais que je rejouerai devant des gens, j’écrirai différemment.« 

Adrien Arnoux a également lancé, en octobre dernier, son podcast sur Youtube, intitulé « Laisse-moi finir ». Toutes les semaines, une longue conversation avec un comique, sur le métier de comique.

Même s’il déclare que la création du podcast n’a « pas vraiment grand chose à voir avec le confinement. C’est quelque chose que je voulais faire depuis longtemps… ». Plus étonnant, le confinement a presque eu, sur lui, des vertus bénéfiques. « Après 8 ans, j’avais fait une sorte de burn-out vis-à-vis de l’humour… J’ai profité de ce temps pour me consacrer à d’autres activités… ». Bien conscient d’incarner l’exception, il continue néanmoins d’écrire « tout le temps. ». « Je note la moindre réflexion à peu près drôle que j’ai dans la tête, sans cohérence… Le jour où je sais que je rejouerai devant des gens, j’écrirai différemment. C’est mon travail, donc je vais m’y remettre. »

Première émission de « Laisse-moi finir », le podcast d’Adrien Arnoux, crée en octobre 2020. (Crédit photo : Capture d’écran)

« Tout est freiné… »

Intermittent du spectacle, Adrien vit actuellement grâce aux allocations chômage, complétées par quelques droits d’auteur.

Même chose pour Lucie, qui, après 5 ans passés dans l’informatique, a quitté son CDI, en octobre 2019. Elle s’était laissée deux ans, soit la durée de ses droits au chômage, pour réussir à vivre de l’humour. Elle constate avec amertume que «  tout est freiné ». « Il va falloir reprendre tout ce travail de bouche à oreille sur le spectacle, alors que ça commençait à prendre… ».

Finançant intégralement les représentations de son spectacle, le fait de ne pas le jouer est aussi un frein dans la quête d’un producteur.

En attendant, elle prépare un nouveau spectacle sur le thème du travail. Un sujet tout trouvé, alors même que Lucie, Adrien et tous leurs confrères comiques, font actuellement rire en télétravail.

Corentin Sachet