février 14

Féminicides: 1 an et demi après le Grenelle, un bilan mitigé

Grâce au Grenelle de 2019 contre les violences conjugales, de nombreuses mesures ont été mises en place afin d’assurer au mieux la  protection des femmes l’année suivante et celles à venir.

La dernière en date : Iraida 43 ans, tuée par son compagnon de 71 ans dimanche 7 février à Fréjus. Elle est le dixième féminicide de l’année 2021.

 https://platform.twitter.com/widgets.js

Il y a deux ans, la Délégation aux victimes (DAV) recensait 146 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.

Ce chiffre record avait poussé le gouvernement à organiser un Grenelle contre les violences conjugales dès la fin de l’année 2019.  

Ce Grenelle, tenu du 3 septembre au 25 novembre 2019, a permis la mise en place de 46 mesures.

Durant 12 semaines de nombreux acteurs tels que des ministres, des parlementaires, des médias, des familles de victimes et des avocats se sont réunis avec un objectif simple : prévenir, protéger et prendre en charge.

Certaines mesures d’urgences ont été appliquées avant même la fin du Grenelle.

Les autres sont mises en place au fur et à mesure.

En juillet 2020,  par exemple, la justice a obtenu la possibilité de réquisitionner les armes détenues par un conjoint violent dès le premier dépôt de plainte.

Cette mesure était très attendue par les associations militantes, car dans 28% des cas, l’agresseur utilise une arme à feu pour tuer la victime.

Pour Sophie Thomas, avocate au barreau de Bordeaux et spécialisée dans les affaires familiales, ces mesures étaient “une réponse civile et pénale attendue.

Le ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti, se dit satisfait des mesures appliquées puisque le nombre de féminicides en 2020 est de 90, soit une baisse de 38% par rapport à 2019.

C’est le plus bas chiffre comptabilisé par le gouvernement depuis que celui-ci a commencé à recenser les féminicides il y a 15 ans.

Infographie réalisée sur Infogram à l’aide des chiffres du gouvernement

Les militantes féministes se réjouissent de cette baisse. Pour elles, cependant, la diminution des féminicides en 2020 ne s’explique pas seulement par les mesures du gouvernement.

« Le nombre de plainte a augmenté de 30% pendant le confinement ce qui est bien la preuve que les violences étaient bien présentes, seulement pendant le confinement, il était plus difficile pour ces femmes de quitter leur maris. Or la rupture est souvent l’élément déclencheur du féminicide. » rappelle Alexia Dominey, militante du collectif NousToutes.

Il y a un grand écart entre les annonces du gouvernement et ce que l’on voit sur le terrain.

Les mesures prises et le budget défini par le gouvernement sont loin d’être suffisant pour une grande partie des associations féministes. 

Pour Alexia Dominey, “il y a un grand écart entre les annonces du gouvernement et ce que l’on voit sur le terrain. Par exemple le 3919, numéro d’écoute qui devait être accessible 24h/24, ne le sera pas avant juin!

Ce numéro est d’une importance capitale, beaucoup de femmes hésitent encore à porter plainte contre leur conjoint ou ex-conjoint, être écoutées et conseillées peut les aider à passer le pas.

Infographie réalisée à partir des chiffres de la DAV sur Infogram

D’autres mesures ne sont pas à la hauteur des attentes.

Le bracelet anti-rapprochement, mesures phare du Grenelle, n’est finalement pas si efficace que prévu.

La décision d’imposer le port d’un bracelet anti-rapprochement peut être prononcée dans le cadre d’une procédure pénale mais aussi dans le cadre d’une procédure civile.

Or dans ce cas, il faut demander l’accord du conjoint violent avant la pose du bracelet.

Si celui-ci refuse, le juge peut saisir le parquet pour qu’une enquête pénale soit ouverte, à la suite de laquelle il pourra décider de l’imposer s’il l’estime nécessaire.

Le vrai problème est donc la lenteur du processus pénal.

« Ça ne va pas assez vite. Il y a beaucoup d’idées et de projets mais ils sont trop longs à être mis en place. Sur le terrain on voit pas tous les changements. » confirme Alexia.

Autre problème : le manque de moyens.

Selon les associations militantes, l’État n’investit pas assez dans les logements.

Sur la côte méditerranéenne, beaucoup d’hôtels réservent des chambres pour les femmes en danger mais l’été ces chambre sont libérées pour les touristes.

Les associations, comme Une voix pour elles, sont donc obligées de payer elles-mêmes des nuits à l’hôtel ou en Airbnb aux femmes en situation de détresse, le temps qu’elles trouvent une place en CCAS (Centre communal d’action social).

Pour palier ce manque de logements, une association a vu le jour au niveau national récemment : Un abri qui sauve des vies.

Cette association fait le lien entre des femmes recherchant un logement d’urgence pour fuir une situation violente et des particuliers qui ont à disposition une maison secondaire inutilisée ou une chambre de libre.

La lutte contre violences conjugales et les féminicides, « grande cause du quinquennat », une lutte en plein essor, mais encore loin de ses objectifs.

Inès Alves & Lisa Lorenzelli