février 17

Entrée en vigueur de « l’impôt Covid » en Argentine

Dans une économie en pleine crise, le gouvernement argentin a opté pour une solution innovante qui n’avait pas encore été réalisée jusque-là. En votant la loi de contribution solidaire, le président Alberto Fernandez espère récolter quelque 2,5 milliards d’euros. Une mesure vivement critiquée par la population et l’opposition. 

Le président Alberto Fernandez compte sur les grandes fortunes du pays. Crédit Photo : Esteban Collazo AFP Photo

Adoptée en décembre par le Sénat avec une grande majorité ( 42 voix contre 26), cette loi novatrice portée par le député Maximo Kirchner est entrée en vigueur lundi 1er février en Argentine. Avec cet impôt Covid, les foyers argentins les plus riches sont désormais mis à contribution pour financer les différents dégâts économiques et sociaux de la crise sanitaire, mais aussi le manque de moyens médicaux.

Toutes les personnes ayant un patrimoine de plus de 200 millions de pesos, c’est à dire environ 2 millions d’euros devront payer 3% de leurs actifs détenus dans le pays et 5% de ce qu’ils détiennent à l’étranger. Une taxe à prélèvement unique qui va concerner seulement 12 000 habitants sur les 44 millions d’argentins, mais qui pourrait permettre d’alimenter les caisses de l’Etat à hauteur de 2,5 milliards d’euros. 

Un soulagement pour le gouvernement qui va pouvoir faire une répartition de cet argent dans les différentes urgences auxquelles fait face le pays. 20 % alimenteront donc le système de santé, 20 % ira à l’aide des petites et moyennes entreprises en grandes difficultés depuis plusieurs mois, 15 % à des aides sociales, 20 % à des bourses pour les étudiants, et 25 % à des aides indirectes aux foyers les plus pauvres. 

Critique du patronat et d’une partie de la population 

Bien qu’elle ne concerne que seulement 12 000 habitants, cette « taxe des millionnaires », comme elle est surnommée, suscite de nombreuses critiques et de grandes craintes auprès de la population et des grandes entreprises. Les investisseurs argentins voient cette taxe comme un véritable handicap. 

Une partie de la population craint une baisse d’embauche assez conséquente comme nous l’explique Mario étudiant en ingénierie agricole à Santa Fé : « Généralement les personnes riches embauchent et créent de l’emploi en Argentine. Je pense qu’avec cette taxe, ils vont arrêter d’employer, voir même licencier certaines personnes pour ce motif. A voir avec le temps comment cela évolue ». Meli, une autre étudiante en Argentine, explique que « tous les matins la population se réveille avec un nouvel impôt ». Une taxe supplémentaire qui s’ajoute à d’autres : « En Argentine, il y a plein d’impôts pour tout type de facteurs et à chaque fois qu’ils ont l’occasion, l’Etat profite de la situation pour créer un nouvel impôt » témoigne Mathéo, jeune agriculteur à Santa Fé. 

De plus la « sociedad rural Argentina », une des grandes industries agricoles du pays, appréhendent que cette taxe devienne permanente et pénalise fortement l’économie : « On veut présenter cet impôt comme une contribution des plus riches, mais nous savons ce qui se passe avec ces taxes uniques, elles sont là pour toujours » a déclaré le patron de cette entreprise.

La directrice de l’autorité fiscale Mercedes Marco del Pont a quant à elle assuré « que personne ne devra vendre des machines ou des terres ». Un discours important qui peut être rassurant dans ce pays où la richesse provient particulièrement de l’agriculture. 

Un pays fortement touché par la crise 

Le pesos argentin est fortement touché par la crise sanitaire. Crédit Photo : Eitan Abramovich – AFP –

L’Argentine connaît une véritable crise économique depuis maintenant plusieurs années. Fin 2019, le taux de chômage dépassait les 10% et s’approche aujourd’hui des 12%. 18 millions d’Argentins vivent sous le seuil de pauvreté et cela devrait augmenter avec la pandémie qui a fait plus de 39 000 morts et 1,5 millions de personnes contaminées. De plus, l’Argentine fait aussi face à une forte spirale inflationniste. L’institut national des statistiques a annoncé le 14 janvier un taux d’inflation de 36,1% sur l’année 2020. Une situation pesante pour l’économie du pays comme nous l’explique Mario : « Pour s’en sortir les gens ont augmenté les prix. Tout est devenu plus cher ici. Le prix de l’essence a augmenté fortement en 2 mois. Les gens ne peuvent même plus faire le plein de leur voiture. » Une augmentation de 16 pesos qui est assez conséquente depuis le mois de décembre. 

Le confinement le plus long au monde aura duré plus de 5 mois dans le pays du maté. Le coût économique, social et psychologique est difficile à assumer : « la quarantaine n’a pas trop servi en Argentine puisque les cas continuaient d’augmenter. Au final les effets ont été très négatifs et plus que dans certains pays d’Europe » explique Mario. 

L’Argentine est aujourd’hui le premier pays au monde à instaurer un impôt sur la fortune pour financer son combat contre le Covid-19, mais cela pourrait en inspirer bien d’autres dans les prochains mois à venir.   

Eliot Francomme