février 21

Étiquettes

Paris sportifs : les jeunes investissent

Marketing ciblé et rêves de richesse, le pari sportif a la cote auprès des 18-25

Les jeunes misent sur les paris sportifs pour compléter les fins de mois – Freepik.com

Betclic, Winamax, Unibet… Les sites et applications de pari sportif se multiplient et leurs usagers aussi. Après un deuxième trimestre 2020 à l’arrêt avec la suspension des compétitions, on siffle la fin de la mi-temps, et la partie reprend sur une belle « remontada ». L’Autorité Nationale des Jeux constate, sur la fin de l’année 2020, une augmentation de 37% des « comptes joueurs actifs » par rapport à 2019. Au dernier trimestre, c’est plus d’1,6 milliards d’euros qui ont été misés sur les événements sportifs.

Le nombre de jeunes joueurs est particulièrement en augmentation depuis quelques années. En 2015 les 18-24 ans constituaient 27 % des parieurs ; ce chiffre s’élève aujourd’hui à 34 %, soit la deuxième plus grosse population de parieurs après les 25-34 ans.

« Ça semblait être un moyen facile de gagner de l’argent »

L’attrait pour les paris en ligne vient généralement d’une volonté de se faire de l’argent facilement. Dylan, 18 ans, explique que pour lui « ça permet d’arrondir les fins de mois. Sans travailler ça peut te permettre de gagner de l’argent par tes connaissances dans le sport ». C’est avant tout une activité réservée aux personnes avec un intérêt fort pour le sport. Mais petit à petit, et avec l’aide de plusieurs plateformes, des novices s’y mettent sans forcément être intéressés par les compétitions. Irina, 20 ans, s’est faite parrainée par un ami sur un site de pari en ligne, elle a commencé à parier de l’argent sur conseil de son ami « Il se faisait pas mal d’argent donc ça m’a donné envie ». Ce n’est pourtant pas si simple de parier sur des sports que l’on ne connaît pas et que l’on ne suit pas. Et Irina s’en est bien rendue compte « ça semblait être un moyen facile de gagner de l’argent, alors qu’en fait c’est pas si facile que ça… ». Le bouche à oreille n’est pas le seul responsable de cet attrait.

Les applications de pari sportif savent comment attirer les jeunes. Winamax est un expert en la matière. Sur le marché du pari en ligne depuis la Coupe du Monde de football de 2014, le site comptabilise des milliers d’abonnés sur les différents réseaux sociaux : Instagram, Twitter ou encore Facebook. Et c’est en grande partie grâce à cette présence sur ces différentes plateformes que les jeunes finissent par s’inscrire.

Winamax attire les plus jeunes en adoptant un ton humoristique – Capture d’écran de la page Instagram Winamax.sport

La promotion passe par des publications Instagram sponsorisées. Mais également par une communication basée sur un ton humoristique. Le compte Winamax.sport partage des mèmes sur le thème du pari sportif. Avec cette méthode, les jeunes voient cela comme une activité moins sérieuse et l’abordent avec un ton plus léger. Winamax a su intéresser cette tranche des 18-25 ans et donc faire connaître ce milieu à un public plus large.

Loin d’être de l’argent facile

La question se pose : est-ce vraiment rentable de parier ? Selon les témoignages cela varie vraiment d’une personne à une autre. Certains comme Leopold, 19 ans, explique qu’ « au début je pariais beaucoup et perdais beaucoup, mais avec l’expérience et l’aide des pronostiqueurs, j’ai appris à parier la bonne somme et ça m’a permis de gagner ». Par la suite, il a pu gagner jusqu’à 5000€ mais il lui a fallu miser 200€. Donc la rentabilité c’est avant tout une question de budget aussi. Si l’on ne peut mettre que des petites sommes de quelques euros, les gains seront moins conséquents mais en tant qu’étudiant, toute somme perdue est significative. Perrine, 20 ans, a déjà perdu 100€ et « c’est assez conséquent dans le budget d’un étudiant ». Mettre une mise moindre n’empêche pas de gagner de l’argent puisque Dylan parie souvent seulement quelques euros et ses gains « peuvent aller de 30€ à 200 voire 300€ ».

Gagner aux paris sportifs, c’est avant tout de la chance mais aussi beaucoup de pratique. De nombreux ouvrages existent pour apprendre comment parier et reconnaître les paris intéressants. Par exemple il faut connaître le Taux de Retour au Joueur (TRJ) qui est la proportion des mises que les opérateurs restituent aux joueurs, sous forme de gains. Ce taux est plafonné à un certain pourcentage pour chaque jeu d’argent. En France, la loi impose aux bookmakers de ne pas redistribuer plus de 85 % des sommes engagées par leurs joueurs.

Par ailleurs, les offres que proposent les sites aux nouveaux entrants sont souvent intéressantes et rentables. Winamax et Betclic proposent que votre premier pari soit remboursé cash si perdu jusqu’à 100€. Nous avons voulu interroger ces sites sur la rentabilité globale du pari en ligne mais ils n’ont pas répondu. Peu d’études rendent compte de si, oui ou non, les paris en ligne sont rentables. Mais il est possible de dire que c’est sûrement très rentable… Quoiqu’il en soit il est nécessaire d’être prudent lorsque nous mettons de l’argent en jeu, même si la côte est bonne et que vous êtes certains de gagner, il est facile de tout perdre.

« Une fois lancé c’est dur de résister à la tentation »

Des paris donc qui ne sont pas toujours rentables, mais qui peuvent devenir une réelle addiction. Plusieurs organisations cherchent à limiter ces dangers, comme l’Observatoire des Jeux (ODJ) ou encore l’Autorité Nationale des Jeux (ANJ), chargée de la régulation des paris sportifs et des jeux d’argent et de hasard.

L’ODJ constate dans une enquête de 2014 s’appuyant sur l’Indice Canadien du Jeu Excessif que 3 % des joueurs ont un profil de type « excessif », contre 11,8 % de joueurs à risque « modéré » pour les paris sportifs. Cette population représenterait 58,5 % du chiffre d’affaire dans ce secteur. En effet, ces joueurs ont tendance à mettre plus d’argent en jeu et plus fréquemment. Perrine, 20 ans, peut en témoigner : inscrite sur Betclic jusqu’en décembre 2020, elle s’est vu devenir addicte. « J’ai parié jusqu’à perdre tout l’argent que j’avais mis sur le site », confie-t-elle. « J’étais capable de parier même sur un match que je ne connaissais pas, juste pour parier. À partir de ce moment-là j’ai préféré arrêter. ».

Cette addiction pourrait apparaître dès le premier gain, d’après le rapport d’activité de S.O.S joueurs en 2019, qui constate que 22,1% des joueurs qui appellent la ligne « font le lien entre le gain et le déclenchement d’une pratique problématique du jeu ».

« C’est très compliqué de pas être addict parce qu’une fois lancé c’est dur de résister à la tentation », explique Dylan. « Quand tu perds, tu te dis que c’est passé à rien, donc tu recommences. ».

L’ODJ conclue de son enquête qu’une minorité de joueurs au comportement problématique concentre une large majorité des dépenses. Le profil type de ces joueurs excessifs : « plutôt des hommes, plus jeunes que les autres joueurs, appartenant à des milieux sociaux modestes, ayant un niveau d’éducation et des revenus inférieurs ».

Plus inquiétant encore, l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies révèle que 17% des adolescents de 17 ans ont déjà parié. La pratique est pourtant interdite depuis 2010 aux mineurs, plus sensibles aux addictions.

Des ressources sont mises en place pour aider les joueurs, comme les lignes d’appel S.O.S joueurs (09 69 39 55 12) ou Joueurs Info Service (09 74 75 13 13). L’ANJ propose également une interdiction volontaire de jeu, à laquelle il est possible de s’inscrire en ligne et qui coupe l’accès, entre autres, aux sites de paris sportifs.

Lola DRAVET, Quentin DANSAC, Eliot FRANCOMME, Rachel CONTENSOU, Arnaud CIARAVINO.