Précarité menstruelle : un combat pour la dignité

Qu’est-ce que la précarité menstruelle ? Concrètement, elle se traduit par la difficulté ou le manque d’accès des personnes réglées aux protections hygiéniques par pauvreté. Dans le monde, jusqu’à 500 millions de femmes subissent cette précarité. 

La gestion de l’hygiène menstruelle est un véritable défi pour toutes les femmes. Sur ce point-la, nous sommes toutes égales. Selon l’ONG WaterAid, environ 800 millions de filles et femmes en âge de procréer ont leurs règles à travers le monde à l’échelle d’une journée. Réalité biologique universelle, les menstruations sont communes à toutes : chaque femme en bonne santé aura ses règles en moyenne entre 2 555 et 3 000 jours dans sa vie. 

La précarité menstruelle mène parfois à la prostitution 

Cependant, les femmes ne sont pas toutes égales à ce niveau là non plus. L’extrême pauvreté, les crises humanitaires et les traditions compliquent grandement l’accès aux protections hygiéniques, notamment dans les pays en développement. 

En effet, en Afrique subsaharienne par exemple, selon l’UNESCO, une fille sur dix manque l’école lors de son cycle menstruel. Beaucoup d’entre elles sont même déscolarisées dès leurs premières règles. D’affreuses conséquences, liées au manque de protections hygiéniques et à l’absence de sanitaires adéquats dans les établissements scolaires. Alors, il faut se débrouiller autrement. Bouts de matelas, journaux, vieux chiffons : elles sont nombreuses à utiliser des protections de fortune. 

Même si la précarité menstruelle n’est pas la première chose à laquelle on pense lorsque l’on songe à la pauvreté, elle n’est pas à négliger. Selon l’association Zana Africa, 65 % des jeunes filles n’ont pas accès à des protections hygiéniques au Kenya et certaines d’entre elles en arrivent même à se prostituer. Impuissantes, elles acceptent de vendre leurs corps en échange d’un seul paquet de serviettes hygiéniques. L’une d’entre elle a avoué n’avoir que 14 ans lorsqu’elle s’est dénudée pour la première fois devant un homme lui faisant du chantage à ce sujet. Une situation dramatique, nullement prise en compte par le gouvernement du pays. 

« Le manque de protections hygiéniques peut être un réel obstacle à la réinsertion »

En France, la situation est aussi alarmante. Les statistiques ont révélées qu’1,7 millions de femmes manquent de protection hygiénique, et qu’une femme sur trois ne change pas suffisamment de protection ou a recours à l’utilisation de protections de fortune. Ce manque d’hygiène peut provoquer de graves problèmes de santé, mais ce n’est pas tout. Il y a aussi un impact sur la vie étudiante et professionnelle. 

La précarité menstruelle à plusieurs répercussions : économiques évidemment, sanitaires bien-sûr, mais également sociales. Déscolarisation, dépression ou même exclusion sociale : une étude menée par Always (marque de produit d’hygiène), dévoile qu’environ 130 000 jeunes françaises manquent l’école car elles ne peuvent pas se procurer de protections hygiéniques. 

D’après une étude réalisée par l’IFOP (Institut Français d’Opinion Public) pour Dons Solidaires, 15 % des femmes bénéficiaires d’association, ne peuvent pas se rendre à un entretien d’embauche pour les mêmes raisons. 17 % d’entre elles renoncent même à sortir de chez elles. Pour Tara Heuzé-Sarmini, fondatrice de l’association Règles Elémentaires, « ne pas avoir assez de protections, et ne pas pouvoir en changer assez souvent peut conduire à toutes sortes de démangeaisons et infections, et même à des chocs toxiques et septicémies, dans les cas les plus graves ». Mais les conséquences psychologiques sont elles aussi énormes : honte, gêne, perte de confiance en soi, ect… « De manière très concrète, le manque de protections hygiéniques peut être un réel obstacle à la réinsertion » affirme la directrice de l’association. 

Et bien qu’en France Marlène Schiappa et Christelle Dubos aient annoncé pour 2020 l’expérimentation de la gratuité des protections hygiéniques dans certains lieux publics, cette annonce ne semble pas avoir été réellement exécutée. 

Pourtant, dans certains pays, les initiatives ont payé. En Écosse, la proposition de loi sur l’accès gratuit et universel aux protections périodiques (qui était déjà une réalité dans de nombreux lieux publics écossais), a franchi la dernière étape parlementaire le 24 novembre 2020. C’est une première mondiale : l’Écosse adopte donc la gratuité des protections hygiéniques. 

Mais alors, existe-il tout de même des solutions ?

En France, plusieurs associations luttent contre cette précarité. L’association Règles Elémentaires met en place des collectes de produits d’hygiène féminins, qui sont ensuite redistribués aux associations, (telles que le Samu Social ou les Restos du Cœur), qui s’occupent des personnes les plus démunies. D’autres organisent des opérations de collectes et distributions de produits d’hygiènes avec certaines marques (comme Always) : c’est le cas de Dons Solidaires. Économiquement parlant, il existe également des alternatives. 

Des alternatives plus saines et moins chères    

La « cup » est une solution : ce petit objet en silicone médical conçu sous la forme d’un réceptacle qui doit être inséré dans le vagin afin de pouvoir recueillir les flux menstruels coute environ 15€ et peut se conserver plus de dix années. Les éponges menstruelles, vendues par lot de 3 pour environ 15€ également, sont aussi une alternative intéressante. De plus, l’avantage est double puisque ces éponges sont naturelles et récoltées en mer (ensuite lavées et purifiées) sans aucuns ajouts chimiques, ce qui permet de préserver la flore vaginale sans la dessécher. Les fameuses « culottes de règles » font en ce moment fureur sur les réseaux sociaux. Conçu pour aborder entièrement les fluides, sans odeurs ni éléments toxiques, ce produit est révolutionnaire. Elles sont vendues généralement par lot de 3 pour la somme de 30€. 

En France, au moins une femme sur 10 souffre de précarité menstruelle, et la plupart n’ont pas connaissance de ces potentielles solutions. Le gouvernement français a annoncé vouloir consacrer 5 millions d’euros à la lutte contre la précarité menstruelle en 2021. 

Rachel Contensou