mars 12

COVID-19 : LES JEUNES MIS À RUDE ÉPREUVE EN MILIEU PROFESSIONNEL

Un peu plus de 23 % des jeunes de 18 à 24 ans ont cessé de travailler depuis la pandémie. Ceux qui conservent leur poste voient pour beaucoup leur temps de travail altéré et leur salaire diminué d’après un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT). Les offres d’emplois, elles, diminuent. Impuissants, les jeunes s’inquiètent pour l’avenir. 

© Photo par Marten Bjork sur Unsplash

« Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire ? Les jeunes, on est les premiers pénalisés par le COVID, surtout professionnellement parlant. Même dans trois/quatre ans, le marché du travail restera bouché à cause de la pandémie » regrette Chiara, une étudiante en licence de 21 ans. L’avenir est pour la Lyonnaise trop nébuleux et elle n’est pas la seule à s’en préoccuper. D’après un rapport sur le sujet de l’OIT, 40 % des jeunes de 18 à 24 ans envisagent l’avenir avec incertitude, 14 % avec appréhension. Au vu des circonstances, les risques d’anxiété sévère et de dépression sont accrus. L’OIT mentionne dans son rapport « un niveau élevé d’anxiété et de dépression potentielles  » chez les jeunes. Les interrogés sont un certain nombre à le signaler : « Je suis inquiète, forcément. La situation est alarmante » reconnait Chiara. 

« Je nai eu quun entretien pour le moment et encore, rien nest sûr »

En France, sur 750 diplômés en 2020, 55 % ont trouvé un emploi à la fin de l’année. Avant la crise du COVID-19, ils étaient 74 % à être embauché dans les six mois (d’après l’étude de Syntec Conseil de fin 2020). Dans ces conditions, il est difficile pour les jeunes d’entrer sur le marché du travail. Elisa est étudiante en master et pour elle, il est impératif de trouver un stage. « Je cherche depuis des mois mais c’est très compliqué. Les entreprises n’embauchent plus, même des stagiaires. Je n’ai eu qu’un entretien pour le moment et encore, rien n’est sûr. Ça va être très compliqué pour moi, je le sais ». 84 % des 18/24 ans estiment – comme Elisa – que leur génération va connaitre des difficultés, une période de chômage plus grande que ceux qui les ont précédé, comme semble le confirmer un sondage de l’Institut Elabe. Et pour cause, les entreprises sont plus réticentes à embaucher depuis le début de la pandémie. Elles se concentrent sur ceux qu’ils emploient déjà. La Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (DARES) évalue dans une étude la baisse des embauches. En 2020, elle est de 14% par rapport à 2019. 

«  Ça fait maintenant six mois que mon lieu de travail est fermé »

« Un retournement de situation pour les jeunes » en milieu professionnel, voilà comment le directeur général de l’association pour l’emploi des cadres (APEC) Giles Gateau qualifie la situation à l’agence française de presse (AFP). Qu’il s’agisse d’arrêt complet ou partiel de leur activité, les jeunes sont les principaux touchés par la situation. Ils représentent les taux de cessation d’activité les plus grands d’après l’OIT. Certains secteurs sont plus touchés que d’autres, secteurs particulièrement prisés par les jeunes tels que la restauration, l’hôtellerie, la vente. Timothé a 23 ans et il travaille dans un bar : «  Ça fait maintenant six mois que mon lieu de travail est fermé. Du coup, je suis au chômage partiel. On fait bien un peu de vente à emporter et de livraison mais c’est très loin d’être suffisant pour compenser la fermeture, à tous les niveaux ». Parmi les personnes de moins de 24 ans interrogées par l’OIT, 23,1 % ont arrêté de travailler depuis l’apparition du coronavirus. Pour 40 % d’entre eux, un licenciement en est la cause. 

« Mes conditions de travail sont beaucoup plus difficiles quavant »

« J’ai de la chance, contrairement à beaucoup de mes proches, j’ai gardé mon emploi mais mes conditions de travail sont beaucoup plus difficiles qu’avant. Je me sens parfois surmené, en première ligne. Ça, c’est clair et net » affirme Lenny, un jeune travailleur Parisien de 24 ans. D’après l’OIT, les jeunes qui occupent un emploi ont déclaré en moyenne avoir subi une réduction de 23 % de leur temps de travail, ce qui s’est – pour 42 % d’entre eux – traduit par une baisse de salaire. Pour d’autres, la tendance s’inverse. Ils sont 17 % à déclarer avoir augmenté le temps passé au travail de 7,3 à 10,3 heures. L’OIT, dans son rapport, s’inquiète de la normalisation des heures supplémentaires et des problèmes de déconnection du travail. L’économiste spécialisé dans l’insertion des jeunes sur le marché du travail Vanessa Di Palo révèle à France Inter : « […] ces jeunes vont débuter dans leur carrière avec plus de précarité contractuelle, plus de précarité salariale… »

« J’avais un projet professionnel […] je ne sais pas si ça pourra se faire »

« J’avais un projet professionnel à mettre en place l’année prochaine mais je le remets de plus en plus en question avec la COVID. Je ne sais pas si ça pourra se faire vu tout ce qui se passe actuellement » confie Chiara. Le manque de travail, le recul des embauches et les salaires d’entrée plus faibles ont des conséquences directes sur les jeunes en milieu professionnel. La pandémie les expose à une transition école/travail beaucoup plus longue. D’après l’OIT, la moitié des jeunes interrogés anticipe un retard dans leurs études et ils sont tout autant à chercher de nouvelles possibilités d’apprentissage. Dans un communiqué, Guy Rider, le directeur général de l’OIT, dresse un tableau inquiétant : « Faute de prendre d’urgence des mesures énergiques pour améliorer la situation, nous allons peut-être devoir assumer l’héritage du virus pendant des décennies ». Des actions sont bel et bien mises en place, notamment par le gouvernement. L’une d’entre elles est la plateforme 1jeune1solution.gouv.fr qui vise à offrir une solution pour chaque jeune. Difficile de dire à ce jour si elles auront un réel impact dans un tel contexte… 

Clémence MICHELLON.