Cannabis : l’argent des jeunes part en fumée

Alors que la légalisation de cette drogue en France est encore débattue, le cannabis et la marijuana trouent le porte-monnaie des jeunes consommateurs

Le confinement a poussé certains consommateurs à fumer plus régulièrement – Freepik.com

L’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT) précise dans une étude récente que la France est l’un des pays les plus consommateurs de cannabis. En 2018, elle se trouvait au dixième rang en Europe. Cette substance illicite est bien connue des plus jeunes. En 2017, 33,1 % des lycéens avouent avoir déjà essayé. Un chiffre édifiant qui questionne sur le coût de cette consommation. Pour 67,1 % des usagers de 17 ans, la substance leur est fournie gratuitement par le biais de consommations partagées. Pour ceux qui achètent, 56,9 % se fournissent via un réseau d’amis et de proches et 44,8 % via un revendeur habituel. En moyenne, en 2018, le gramme d’herbe coûtait 10€ selon l’Office Central de la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants (OCRTIS). Un prix qui varie en fonction des régions et qui connaît une hausse générale depuis le confinement. Après une étude de plusieurs points de vente, nous avons pu évaluer le prix moyen ainsi que la hausse observée après le confinement dans plusieurs régions.

Tableau comparatif du prix du gramme d’herbe de cannabis en France – 2021, l’Econome

Le confinement a eu un effet important sur la consommation de cannabis. La détérioration de la santé mentale des Français, et particulièrement chez les étudiants, a fait exploser les ventes. Une situation qui a poussé certains jeunes à consommer plus régulièrement. Hugo*, 19 ans, explique l’effet néfaste du confinement sur sa consommation « Je ne fumais qu’en soirée d’habitude, mais comme j’étais enfermé, que j’avais pas vraiment cours, je me suis retrouvé à fumer tout seul, de plus en plus souvent… ». Mais tout cela a un coût et pour un étudiant il faut parfois choisir entre se nourrir et fumer « ça m’arrivait de pas acheter à manger pour pouvoir fumer, parce que c’était mon seul plaisir en fait ». Une détresse qu’il n’est pas le seul à partager, Julia*, 20 ans, exprime elle-aussi ce besoin de s’évader qu’elle a ressenti durant les deux confinements : « J’en pouvais plus de pas pouvoir aller voir mes amis, j’étais toute seule et le seul moyen pour moi d’aller mieux c’était de fumer, au début c’était une fois par semaine, puis petit à petit, c’est devenu plus régulier ». On pourrait penser que l’interdiction de se réunir entre amis et de faire des soirées aurait engendré une baisse dans la consommation, puisque c’est majoritairement durant ces moments de réunion que les jeunes fument. Pourtant, le confinement a poussé certains à sauter le pas de la consommation individuelle. L’OFDT constate qu’un quart des usagers jusqu’alors hebdomadaires (27 %) et près d’un usager mensuel sur dix (8 %) est passé à un usage quotidien pendant le confinement. Un investissement pour les jeunes, déjà précaires à cause de la crise sanitaire.

Les dealers, « les meilleurs élèves du capitalisme »

« Aujourd’hui, le marché du trafic de stupéfiants en France, c’est environ quatre milliards d’euros par an. Chaque mois, ce sont 40 tonnes de cannabis ou d’herbe qui entrent sur le territoire, c’est-à-dire que chaque jour, les Français roulent à peu près 1,2 ou 1,3 tonnes de shit ou d’herbe« , c’est ce que déclare Frédéric Ploquin à France Info, journaliste spécialisé dans les domaines de la police, du banditisme et du renseignement. Selon lui, l’argent de la drogue doit faire vivre environ 240 000 personnes sur le territoire français. Un business qui rapporte. Mais qui sont donc ces dealers et comment gagnent-ils leur vie. Pour Frédéric Ploquin, les dealers sont « les meilleurs élèves du capitalisme ». L’économiste Christian Ben Lakhdar et la journaliste Louise Couvelaire développent tous les deux que dans le réseau de trafiquants, les « employés » sont confrontés à la même organisation et au même fonctionnement qu’une entreprise commerciale. Selon l’économiste, le choix de se tourner vers la vente de cannabis ou d’autre substance serait souvent irrationnel et serait engendré par les difficultés économiques du quotidien que vivent les jeunes des quartiers où s’est installé le commerce de drogues. Cela sonne souvent comme une solution de facilité malgré les risques qui en découlent.

Pour les dealers, la crise sanitaire a créé de nouveaux enjeux. Le confinement et le couvre-feu ont contraint les dealers à opter pour le commerce en ligne ou encore la livraison à domicile.  Guillaume*, un consommateur régulier à Paris, se souvient « même pendant le 1er confinement les mecs étaient là et ont bien compris que c’était une occasion en or pour fidéliser le client ». Des garanties comme « la livraison en main propre avec le respect des gestes barrières » ont fait surface sur les publications des tarifs sur Snapchat. Les fournisseurs se tournent de plus en plus vers la vente en ligne, tout comme un acheteur sur dix qui indique avoir recouru à l’achat en ligne.

Le CBD ne fait pas l’unanimité chez les jeunes

Pour pouvoir fumer en toute tranquillité, certaines personnes tentent de rester dans la légalité. Le CBD est une des alternatives, puisqu’il contient un taux de THC inférieur à 0,20 %. Ce produit issu de la culture du chanvre, est en pleine expansion en France et notamment depuis le premier confinement. Il n’est pas considéré comme un stupéfiant, et est réputé pour ses vertus apaisantes. Utilisé parfois comme remplacement à un traitement médical le CBD ou cannabidiol peut agir sur la douleur, sur les inflammations mais aussi sur les angoisses et les symptômes d’anxiété de certains consommateurs. En calmant aussi le système nerveux, il favorise un meilleur sommeil. Avec tous ces avantages, le CBD conquis de nouveaux consommateurs de jour en jour. Pourtant, selon plusieurs études, les consommateurs de cannabis ne sont pas forcément les mêmes que les consommateurs de cannabidiol. Un sondage mené par le site français e-liquide-cbd.info explique que sur 759 consommateurs français de CBD en 2018, la majorité ont entre 25 et 45 ans. Les jeunes de 18 à 25 ans n’apparaissent donc pas en tête de liste des résultats. Or, en France, les personnes de 20-25 ans sont les plus gros consommateurs de cannabis récréatif. La tendance du CBD n’a donc pas encore touché les plus jeunes, et cela peut s’expliquer notamment par un coût assez élevé de ce produit. En effet l’achat d’un gramme dans un CBD shop s’élève en moyenne à 11,50€ et l’achat de cristaux de 500 mg coûte entre 20 et 40 euros.

Une consommation risquée qui peut rendre addicte

La consommation de cannabis chez les plus jeunes entraîne des conséquences plus importantes sur la santé que chez un adulte. Crédit Photo NicoVip

Avec un nombre d’usagers de cannabis qui augmente fortement depuis plusieurs années, les addictions se multiplient. Ce produit phare est l’un des plus consommé avec l’alcool. 41,5% des adolescents de 17 ans déclarent avoir déjà fumé au moins une fois du cannabis et 1 collégien sur 10 en a déjà consommé. La France reste parmi les pays d’Europe où la consommation de cannabis chez les adolescents est la plus élevée. Pourtant malgré cette utilisation accrue, le cannabis reste un produit qui contient de nombreux risques. Bien qu’il soit impossible de faire une overdose mortelle, la consommation de cannabis peut entraîner une accélération du rythme cardiaque mais aussi des troubles de la coordination motrice et des troubles psychotiques. Et lorsque cette consommation devient une addiction et a des conséquences physiques et psychiques, une hospitalisation pour sevrage peut être proposée à la personne concernée. Dans cet environnement protégé et entouré de professionnels de santé, le patient prend généralement conscience de son addiction et apprend à résister aux tentations. Les services d’addictologie accueillent les patients pour une simple consultation ou pour un séjour de plusieurs semaines. Si le cannabis vide les comptes en banque, il remplit néanmoins les centres de désintoxication.

*les prénoms ont été modifiés par soucis d’anonymat

Rachel CONTENSOU, Arnaud CIARAVINO, Quentin DANSAC, Eliot FRANCOMME et Lola DRAVET