mars 17

La Fashion Week parisienne: en mode confiné

Du 1er au 10 mars 2021, la Covid-19 n’a pas empêché la Fashion Week parisienne de se dérouler en version numérique, réunissant plus de 90 maisons de mode pour des shows virtuels. Une occasion de retrouver le goût du textile en cette période complexifiée par les mesures sanitaires prises par le gouvernement.

Pyjama, pull trop grand, chaussettes trouées, voilà la tendance vestimentaire depuis maintenant un an. Le 17 mars 2020, c’est le début du premier confinement en réponse à la pandémie de Covid-19. Cours à distance, télétravail, c’est aussi le début de la fin pour notre style : si quelques courageux ont pris la peine de s’habiller tous les matins, la plupart d’entre nous en ont profité pour se laisser aller. Un an plus tard, les mesures sanitaires continuent de compliquer notre quotidien ; mais pour le monde de la mode, pas question de faire profil bas.

Des shows virtuels qui ne conviennent pas à tout le monde

Cette année, c’est en version 100 % digitale que s’est déroulée la Fashion Week parisienne. Défilé en direct sans public ou encore vidéo créative mettant en scène les mannequins avec un regard artistique : les shows virtuels ont remplacé les défilés retardés, les rangs bondés et l’engouement de la foule. Du 1er au 10 mars, c’est pas moins de 93 maisons qui présentent leur collection automne-hiver 2021 de prêt-à-porter dans la capitale de la mode. Si l’on retrouve de grandes maisons telles que Balmain, Channel ou encore Louis Vuitton, certaines manquent à l’appel : Saint Laurent, Balenciaga, Alexander McQueen… Les maisons du groupe de luxe Kering n’ont pas présenté de collections cette année. « J’ai tendance à croire que chaque maison de Kering a ses propres raisons. Je n’ai pas l’impression qu’il s’agit d’une décision du groupe. C’est une période difficile pour tout le monde et il faut le respecter » souligne Ralph Toledano, président de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode (FHCM). Leur absence n’a pas empêché la Fashion Week parisienne en ligne de faire le plein de participants. À Milan, les maisons Gucci et Versace se sont abstenues de présenter leurs défilés durant la semaine de la mode, qui s’est achevée le 1er mars, les remettant finalement à plus tard. À New York, Michael Kors, Marc Jacobs ou encore Ralph Lauren ont également opté pour leur propre calendrier. Certaines maisons et marques ont même migré vers le podium parisien, comme Thom Browne et Altuzarra. « Paris a conforté ses positions dans ces temps difficiles. Les marques ont su rebondir très vite » affirme Pascal Morand, président exécutif de la FHCM.

Grande première cette année, c’est l’Institut français de la mode (IFM) qui ouvre la Fashion Week. Quarante-huit étudiants en master ont eu la possibilité de présenter leurs créations dans une vidéo, un honneur pour le directeur de l’IFM Xavier Romatet : « Si on veut être une école de mode de référence mondiale, il faut qu’on ait une plate-forme d’expression de la création ».

Des créations influencées par la crise sanitaire

Du côté des maisons de luxe, on ressent l’influence du contexte sanitaire dans les nouvelles inspirations des créateurs. Chez Givenchy, le catwalk est sombre, à l’image des créations : de longs manteaux, des cagoules sur la tête pour quelques mannequins… C’est à la fin du défilé que s’image une lueur d’espoir avec des couleurs plus claires et des robes à sequins.

Un mannequin au défilé Givenchy / Crédit photo : Givenchy

Chanel fait cette année le choix d’un cadre plus intimiste : mise en scène par Virginie Viard, directrice artistique de la maison qui succède à Karl Lagerfeld, la collection est incarnée par des mannequins élégantes et sensuelles. « Je pensais au défilés que Karl me racontait, à l’époque, il y a longtemps, où les mannequins s’habillaient et se maquillaient elles-mêmes » confie la créatrice.

Une mannequin au défilé Chanel / Crédit photo : Chanel

Pour Olivier Rousteing, le très populaire directeur artistique de la maison Balmain ; le podium, c’est des ailes d’avions et des pistes de décollage nous rappelant les voyages que l’on n’a pas pu faire à cause de la crise sanitaire. Des mannequins déterminés, la lueur dans les yeux, qui terminent leur voyage dans l’espace, devant la Lune, comme pour signifier qu’il suffit de fermer les yeux pour se laisser voyager.

Une mannequin au défilé Balmain / Crédit photo : Balmain

Malgré le succès des shows virtuels, la FHCM continue de nourrir l’espoir de revenir en direct avec un public pour les défilés parisiens de juin-juillet : « Cela dépendra des conditions sanitaires. Et nous respecterons la décision du gouvernement, telle qu’elle soit. Mais, soyons clairs, toutes les maisons meurent d’envie de revenir aux défilés physiques. Beaucoup de designers sont très frustrés » témoigne Pascal Morand.

Juliette Bujko