Pour économiser, les jeunes se tournent vers le végé

Par conviction ou pour des raisons financières, 12 % des jeunes de 18 à 24 ans ont arrêté de manger de la viande.

Les 18-24 ans représentent la plus grande population végétarienne dans 4 pays (France, Allemagne, Royaume-Uni et Espagne), d’après l’enquête CREDOC menée en 2019 pour FranceAgriMer et l’Observatoire CNIEL des Habitudes alimentaires (OCHA). 12 % des jeunes de cette tranche d’âge ont déclaré avoir arrêté de consommer de la viande, contre 11 % des personnes âgées de 25 à 34 ans et moins de 6 % dans les tranches d’âges plus élevées. Un chiffre qui pourrait encore augmenter, car 44 % des jeunes se disent intéressés par le végétarisme.

44% des jeunes entre 18 et 24 ans se disent intéressés par le végétarisme.
(Source photo : Freepik.com)

Un régime économique

Si cet arrêt est en grande majorité dû à une volonté de préservation de la vie animale, l’aspect économique joue également un rôle important dans ce choix. L’enquête révèle qu’en France, 18 % des végétariens interrogés le sont à cause du prix « trop élevé » de la viande.

Pour Tanguy, étudiant de 20 ans, ce régime lui permet de « mieux gérer son budget ». « Contrairement aux aprioris, ce qui coûte le plus cher, c’est la viande et les produits laitiers. Je n’achète que des légumes, type courgettes, aubergines, tomates ou choux, et des féculents. Ce sont des produits qui ont un faible coût », confie-t-il. Pour Raphaëlle également, 18 ans et végétarienne depuis 2 ans, cet aspect est non négligeable. « Il y a une vraie possibilité de diversifier son alimentation, sans pour autant manger de viande, pour un coût qui est moindre », explique-t-elle. « Même si j’ai voulu changer mon mode d’alimentation pour être en accord avec mes valeurs, qui sont de respecter l’environnement et la cause animale, c’est un régime alimentaire vraiment économique ».

Effectivement, depuis 2009 le prix de la viande n’a cessé d’augmenter, comme le montre une autre enquête réalisée par FranceAgriMer. Elle relève par exemple entre 2018 et 2019 une hausse de 3,5 % du prix des viandes hachées bovines, et 1,9 % sur le prix de la viande bovine fraiche. Qui plus est, cette hausse pourrait bien être un cercle vicieux : la baisse de consommation provoque un déséquilibre de valorisation des carcasses, qui peut expliquer en partie la hausse des prix de la viande.

Une médiatisation récente

On l’a vu récemment avec la controverse autour des menus végétariens dans les cantines, ces questions sont plus que jamais évoquées. Consommateurs, associations et organisations non-gouvernementales, industriels et pouvoirs publics : tout le monde peut être impliqué dans ces débats, et la parole des végétariens se fait petit à petit une place dans la sphère médiatique. Pour Lucas, 21 ans et végétarien depuis l’enfance, les débats autour de cette question sont injustifiés. « Les légumes et les fruits sont pleins de fibres et de vitamines, qui sont bons pour la santé, et qui nous apportent tout ce dont nous avons besoin. Financièrement parlant aussi, c’est intéressant. Je ne vois pas pourquoi ça poserait un problème, puisqu’en plus de ça, c’est plus sain »

Les réseaux sociaux tout particulièrement permettent la discussion autour de ces régimes, et la sensibilisation autour de la condition animale. C’est notamment ainsi que l’association L214, fondée en 2008, a donné « une légitimité démocratique » à ses revendications et « fait avancer la souffrance animale dans l’espace politique traditionnel », d’après la doctorante en sciences politiques Carole-Anne Sénit. La diffusion d’images « chocs » prises dans les abattoirs ou dans les élevages fait réagir massivement sur les réseaux, qui ciblent particulièrement un public jeune en majorité entre 15 et 25 ans.

Une opportunité que les compagnies n’ont pas tardé à saisir

Si les jeunes s’emparent de la question, les entreprises aussi y voient, comme avec le bio, un marché à développer. Depuis quelques années, les gammes de produits végétariennes ou véganes investissent les rayons des supermarchés, comme chez Carrefour. L’enseigne propose notamment une gamme « Veggie », dans ses rayons frais, surgelés ou épicerie salée.


En novembre 2015, Carrefour lance sa gamme de produits « Carrefour Veggie ».
 (Source image : blog l214)

Steaks de soja, nuggets de blé, ou falafels : la diversité est au rendez-vous, mais Maïlys Nory, diplômée diététicienne en formation nutrition sportive, nous met en garde : « Il faut faire attention avec les produits industriels qui sortent étiquetés ‘’végétarien’’, comme les steaks végétaux ou les saucisses végétales. Ils sont souvent extrêmement riches en additifs et le premier ingrédient, c’est souvent l’eau ». Un constat que dresse aussi une enquête menée par la CLCV, association nationale de défense des usagers, en septembre 2020, sur un panel de 95 plats à base de végétaux. Elle montre que « les produits contiennent en moyenne 39 % d’ingrédients d’origine végétale, le reste des ingrédients étant de l’eau, des matières grasses, des additifs ».

Thalia, 21 ans, voit dans ces produits une double hypocrisie. « Une bonne partie du soja qu’on utilise en France est importée, notamment du Brésil où les exploitants détruisent la forêt amazonienne pour étendre les plantations. Faire des gammes ‘’100 % végé’’ qui participent à la mort d’animaux sur un autre continent c’est une vaste blague… ».

38 % des emballages des produits à base de soja étudiés par la CLCV ne mentionnent pas leur origine. « Mais ça leur permet de redorer leur image, et accessoirement de faire une belle marge. »

Car bien souvent, ces produits sont vendus plus chers que leurs équivalents à base de viande.

Une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) publiée en janvier 2020 a montré que « la marge brute des professionnels sur les produits vegan semble […] plus importante que pour des produits ‘’traditionnels’’ ». Le kilo de steak végétal coûte en moyenne 13€, alors que le steak animal est vendu autour de 10,5€/kg.

Ce que recommande Maïlys Nory : « cuisiner un maximum et utiliser des produits frais et de saison », pour réduire les coûts et maximiser les apports.

Par Rachel Contensou, Arnaud Ciaravino, Lola Dravet, Eliot Francomme et Quentin Dansac