mai 05

Drogue et pandémie: un couple destructeur

La crise sanitaire du Covid-19 n’a pas été sans conséquences sur le plan de la drogue. Des consommations en hausse, des soins et un marché qui s’adaptent : bilan du problème de santé publique posé par la drogue plus d’un an après le début de la pandémie.

Si l’on attend impatiemment la conclusion de l’édition 2021 de la Global Drug Survey (GDS), les résultats précédents et les conditions sanitaires depuis plus d’un an dessinent déjà une idée plutôt claire de l’évolution de la consommation de drogue depuis le début de la pandémie. Cette enquête annuelle sur les tendances mondiales de la consommation de drogues (GDS) avait déjà montré l’année dernière, lors d’une étude spéciale Covid-19, que la crise sanitaire avait fait évoluer les pratiques : le premier confinement a entraîné une augmentation de la consommation d’alcool chez les Français, mais moins à outrance. La consommation de cannabis était également en forte hausse. La prise de cocaïne, d’ecstasy ou de MDMA avait en revanche diminué de manière conséquente, coïncidant avec la fermeture des boîtes de nuits, festivals et plus généralement la diminution des fêtes. Une étude de l’OFDT (observatoire français des drogues et des toxicomanies) a également mis en évidence une augmentation des recettes mensuelles liées au tabac et à l’alcool à partir de mars 2020.

Addictions renforcées

Au CSAPA (centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie) de Tarascon, Laura Bernartez confie son nouveau quotidien de travail: « Les patients les plus fragiles ont replongé dans leur addiction. Tout seuls chez eux, c’était difficile à vivre ». Forcé de fermer ses portes de mi-mars à mi-mai, comme la plupart des antennes CSAPA, le centre de désintoxication a dû trouver une autre manière de suivre ses patients : « Ceux qui étaient déjà isolés avant la pandémie venaient nous voir pour parler, etc. Beaucoup venaient ici parce que ça leur faisait du bien, et on a dû passer en télétravail. C’était pas pareil du tout. On a essayé d’être réguliers et de ne pas les lâcher, mais certains en ont quand même énormément soufferts ». Les groupes de paroles destinés aux patients présentant des problèmes d’addiction à l’alcool ont également vu leur système changer : « Depuis la crise, on ne peut pas être plus de 5 ou 6 personnes. Avant, on pouvait être une dizaine » déplore Laura. 

Une crise qui aggrave un problème de santé publique, comme le démontre Gauthier*, étudiant en communication et consommateur de cannabis : « Avec les problèmes de solitude et d’anxiété liés au Covid, ça permet de s’évader. Mais j’ai plus tendance à m’isoler des autres et à ne rien faire après avoir fumé, ça a dû augmenter ma procrastination ».

La consommation de cannabis particulièrement bouleversée chez les jeunes

Pour Jean-Baptiste, 22 ans, les conséquences ont été désastreuses: « Avec la pandémie, tu restes davantage chez toi, t’as plus trop d’interactions sociales. Alors tu trouves des trucs à faire pour passer le temps ». Et l’occupation qu’il a trouvé, c’est le cannabis. « Je fume quatre fois plus qu’avant. L’argent que je dépense là-dedans, c’est l’argent que j’aurais dépensé en sortant dehors avec mes potes ou quoi… ». Une consommation qui n’est pas sans conséquences sur la santé du jeune homme, comme il nous confie : « J’ai perdu beaucoup de cardio. Et puis ça te rend grave feignant… Je repousse plein de trucs, je fais que fumer ». Thomas* n’est pas le seul dans cette situation. L’isolement subi par la population française depuis le premier confinement, associé au stress et à l’anxiété liés  à la crise sanitaire, a eu un impact conséquent sur la consommation de cannabis chez les jeunes. Chez Tristan*, étudiant en BTS, le résultat fut désastreux : « Le confinement plus l’alcool, ça a été une bombe à retardement. Concernant ma consommation de cannabis, elle a explosé. Et comme le prix a augmenté, j’ai même dû vendre pour financer ma consommation ». Mais tout le monde n’a pas ressenti l’isolement de la même manière puisque le confinement a également permis à certains d’arrêter ou tout du moins de diminuer leur consommation. C’est le cas d’Axel* : « J’ai rien pu acheter parce que j’étais chez mes parents et que j’avais pas de plan, ni même envie d’en trouver. C’était un peu la bonne excuse pour arrêter ».

Crédits photo: Pixabay

Le marché de la drogue en adaptation

Pas de « plan », Axel* n’est pas le seul à l’avoir expérimenté. Mais pour continuer leur trafic malgré les mesures sanitaires imposées par le gouvernement, les vendeurs de drogue ont dû trouver des alternatives. Samuel* vends du cannabis depuis près de deux ans. Pratiquant la livraison à domicile, le jeune homme n’a eu aucun mal à continuer son activité, avec même de plus grands rendements : « Pendant le premier confinement, ça marchait vraiment très très bien. Et puis de manière générale, les ventes ont augmenté depuis le début de la pandémie. Avant, je pouvais livrer dans les bars et sur la plage, c’était plus pratique. Maintenant, je dois tout faire à domicile. C’est un peu plus chiant ». On dénote donc de grosses conséquences de la pandémie sur la consommation de drogue, mais également sur son marché. Celui-ci a été bouleversé par la crise sanitaire puisque l’approvisionnement en drogues par vols commerciaux a été compliqué par la fermeture de certaines frontières et l’accroissement de la surveillance de celles-ci. La chaîne logistique postale également perturbée a pu compliquer les envois par courrier et le trafic sur le darknet, d’après un rapport de l’Office des nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC).

Juliette Bujko

*ces prénoms ont été modifiés pour une question d’anonymat