mai 11

L’association du Fourneau économique : lieu d’accueil et de partage

Tous les ans, le Fourneau Economique ouvre ses portes pour venir en aide aux plus démunis. Cette année, c’est pendant quatre jours que des repas sont distribués à Nice. Une action menée par l’association monégasque Solidarpole et douze cuisiniers de Monte-Carlo.

Les cuisiniers distribuent les repas Crédit photo : Frantz Bouton

C’est le 2e jour de distribution des repas ce jeudi. À 11h45, la file d’attente est déjà longue. Parmi les demandeurs se trouvent de jeunes étudiants, des familles, mais aussi des personnes plus âgées. À Nice, l’initiative de l’association du Fourneau économique, située au 2 rue Badat, a pour objectif de fournir des repas aux individus en situation de précarité. Vieille de plus de 200 ans, elle propose un repas chaud, à déguster sur place ou à emporter, pour un simple euro symbolique.

Initiée en 2016 par le chef de Monte-Carlo Bay, Marcel Ravin, l’action se déroule habituellement le long d’une semaine. Mais cette année, la distribution s’est faite sur quatre jours ; le 6, 8, 10 et 12 avril. Une année assez exceptionnelle puisque ce sont non pas un, mais quatre grands chefs de quatre hôtels-restaurants de la Société des Bains de Mer, qui se sont associés au projet. Les repas sont préparés en amont dans la principauté de Monaco avant d’être distribués sur place, au Fourneau. L’action est en partie menée par l’association monégasque Solidarpole. Son rôle est d’organiser la semaine, de faire le lien entre la Société des Bains de Mer et le Fourneau économique, avec un unique but : « éradiquer la pauvreté et soutenir le combat de la lutte contre la faim, en mettant en place des mécanismes d’utilité sociale, qui dépassent l’idée du simple don » soutient le président de l’association, Fabio Vitale. Grâce à cette semaine de distribution de repas et d’échange avec les personnes dans le besoin, il y voit une occasion pour des grandes entreprises de venir en aide aux plus démunis de manière concrète. 

« C’est un lieu qui nous réunit »

Nicolas Baygourry, chef-pâtissier de l’hôtel Hermitage à Monaco Monte-Carlo, était présent à Nice pour le deuxième jour de distribution. « C’est une première pour moi », avoue-t-il, souriant. « C’est une initiative qui a été prise avec tous les chefs cuisiniers et pâtissiers de la Société des Bains de Mer et qui regroupe plusieurs établissements. Il y a par exemple l’hôtel Hermitage, l’hôtel de Paris, ou encore le Monte-Carlo Sporting », explique-t-il. Pour le chef-pâtissier, il est primordial que les repas proposés soient variés et équilibrés : une entrée, un plat chaud et un dessert sont donc élaborés par des chefs différents. « Aujourd’hui, nous avons par exemple une salade composée, avec radis et saumon, un riz pilaf aux amandes et volaille. Pour le dessert, un croustillant chocolat praliné cacahuètes au citron calamansi », détaille le chef. Un repas complet pour en régaler plus d’un : chaque jour, une centaine de paniers-repas sont distribués. Pour Marius, 54 ans, ce dîner presque gratuit est une vraie opportunité. « Comme je suis au chômage depuis quelques années, et qu’en plus je ne vois pas grand monde, le Fourneau me permet de bien manger et d’interagir avec d’autres personnes », explique-t-il. « C’est un lieu qui nous réunit ». Un brin de nostalgie passe dans son regard. « Avant le Covid, nous pouvions déjeuner tous ensemble dans des restaurants au sous-sol. Ici, c’est aussi un endroit chaleureux et accueillant ». Les associations ne demandent pas qui ils sont, d’où ils viennent et leurs revenus : dans ce lieu, tout le monde est le bienvenu.

Une année bouleversée par la pandémie

Cette action permet de distribuer une centaine de repas par jour, un chiffre à la baisse en comparaison des autres années. Selon Gérard Forcheri, président du Fourneau économique depuis dix ans, le fonctionnement est complètement bouleversé par la crise sanitaire. La distribution se fait dans le respect des gestes barrières : les personnes font la queue dehors, récupèrent leur repas, échangent quelques mots avec les chefs et les bénévoles puis ressortent par une deuxième porte, afin de fluidifier la circulation. « Lorsqu’il n’y avait pas cette pandémie on servait les repas à table. En bas il y a une cuisine et une grande salle de restaurant. On pouvait servir environ 150 repas par jour. Du coup, on a moins de petits retraités, parce qu’on ne les sert plus à table. Là ils sont debout et prennent juste leur panier » regrette M. Forcheri.

En période hors-covid, le Fourneau économique ne sert pas seulement des repas le midi. C’est aussi un lieu d’accueil et d’écoute pour les individus dans le besoin. L’après-midi, l’association ouvrait ses portes au public, comme un lieu de détente où l’on pouvait discuter autour d’un thé ou d’un café. « Les gens se retrouvent, discutent et se créent des amitiés. Nous on peut aller vers eux aussi, discuter de leurs problèmes et difficultés, leur demander s’ils ont besoin d’une aide administrative, etc… Mais malheureusement, avec le covid, on ne peut plus le faire… » se désole le président du Fourneau. L’action devrait être renouvelée l’année prochaine avec moins de barrières, et plus de lien social si la situation sanitaire le permet.

Rachel Contensou et Louise Bes