mai 20

La blessure dans l’eSport : un mal récurrent pris au sérieux

Les cas de blessures dans l’eSport se sont multipliés ces derniers temps. Les joueurs ont conscience du risque et adaptent leur manière de vivre. Les plus grosses équipes, elles, investissent pour maintenir leurs gamers en pleine santé.  


Les plus grosses équipes d’eSport veulent limiter au maximum les risques de blessures pour leurs gamers. (Crédit photo : Team Oplon)

Qui a dit que l’on ne se blessait pas en eSport ? Le 21 février, Thomas Paparatto, de l’équipe Eclypsia, a annoncé qu’il mettait un terme à sa carrière de gameur. La raison ? Une blessure au pouce, qui l’a contraint à se faire opérer. Ce phénomène n’est pas isolé. En 2011, Flash, l’une des légendes du jeu Starcraft, avait lui été contraint de se faire opérer pour soigner des douleurs au canal carpien.

La pratique intensive du sport électronique accentue le risques de blessures musculaires et articulaires. Les doigts, les poignets, et les cervicales sont les zones les plus touchées. « Lorsque l’on joue à partir d’un clavier ou d’une manette, on répète sans cesse les mêmes mouvements. On sollicite beaucoup les pouces. On voit apparaître beaucoup de tendinites sur ce doigt », explique Grégory Burnouf, kinésithérapeute manchois.

Les joueurs d’eSport souffrent parfois de douleurs aux doigts, aux poignets, et aux cervicales.

« En jouant, on adopte parfois des postures qui ne sont pas bonnes. Par exemple, on se rapproche très près de l’écran et on n’est pas vraiment au fond du siège », admet Arsène Froon, plus souvent appelé AF5. à 25 ans, il joue pour le compte du Paris Saint-Germain au jeu de simulation de football FIFA. Obligé de prendre soin de ses articulations pour exercer sa profession, il s’adapte : « Quand je vais faire du sport, je fais attention. Par exemple, au football, je ne vais pas au gardien, car je sais que je peux me blesser et être mal en point pour jouer ensuite. »

Si certains gamers s’imposent des contraintes pour limiter les risques, les grosses équipes européennes ont pris les devants. Stefan Pereira, alias Nerroh, est l’entraîneur de la Team Oplon sur League of Legends (LOL). Il est informé sur le sujet : « Certains jeux sont plus sujets aux blessures que d’autres. LOL, c’est assez calme niveau déplacement, mais les jeux de tir demandent beaucoup de mouvement au niveau de la souris. »

La Team Oplon a investi. « Un coach s’occupe du rythme de vie et de l’hygiène de vie des joueurs. Ils contrôlent la quantité d’eau à boire, et préparent des repas équilibrés », poursuit Nerroh. Une méthode qui porte ses fruits, sans aucun doute : « En veillant sur l’aspect nutritif, c’est clair qu’on réduit beaucoup les risques de douleurs musculaires et tendineuses », avoue Grégory Burnouf.

Un investissement couteux

Malgré tout, tous n’ont un accès aussi spécialisé que les joueurs de la Team Oplon, Vitality, ou encore Karmine Corp. La faute à une discipline relativement récente, dont la première compétition ne date que de 1972. « C’est encore mouvant, admet Nicolas Besombes, sociologue spécialisé dans l’eSport. Mais il y a une tendance nette ces dernières années. Le niveau s’uniformise vers le haut et les investissements dans les grosses équipes sont de plus en plus importants. Du coup, elles peuvent se permettre de faire appel à des spécialistes. Face aux ‘’géants’’ de l’eSport, les plus petites structures peinent à rivaliser.

Malgré son affiliation à un club de football professionnel, en l’occurrence le Stade Rennais, Guewenn Masson ne bénéficie pas du même suivi physique et physiologique que les joueurs appartenant aux grosses équipes. « Ce sont des contrats différents, indique-t-il. Personnellement, j’ai la chance d’avoir à disposition les infrastructures du club. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. »