octobre 25

Mouvement national pour le #DoublePeine

Plus de 100 personnes se sont réunies à Montpellier devant le commissariat, ce dimanche 10 octobre. Ils protestaient contre la mauvaise réception des victimes de viols ou d’agression sexuelle par les forces de l’ordre. Cette manifestation intervient deux semaines après la polémique qui confronte Anna Toumazoff au commissariat de Montpellier.

La manifestation s’est déroulée dans le calme. Crédit Photo : Eric Catarina Midi Libre

Les manifestants sont descendus dans les rues de Montpellier pour dénoncer le traitement des victimes de violences sexistes et sexuelles par la police dans le commissariat de la ville. Cette vague de protestation survient quelques semaines après une polémique lancée fin septembre sur les réseaux sociaux. Tout a commencé sur Instagram quand Anna Toumazoff, activiste féministe, relaie sur ce réseau social le témoignage d’une victime d’agression sexuelle. « Il s’agit d’une jeune fille qui attendait le tramway en rentrant de soirée, un peu éméchée, qui a accepté après sollicitation de se faire ramener en scooter par un inconnu. Arrivée chez elle il l’a suivie, il est rentré dans son hall d’immeuble et l’a violé. » La jeune femme de 19 ans décide alors d’aller porter plainte. Lorsqu’elle se rend au commissariat de Montpellier, la victime ressort traumatisée de l’accueil donné par une policière. C’est ce que poste Anna Toumazoff sur Twitter : « Au commissariat central de Montpellier, on demande aux victimes de viol si elles ont joui » ou encore « Au commissariat Central de Montpellier on refuse de recevoir des victimes de viol en raison de leur tenue. On les recale, malgré leur visage tuméfié, en leur riant au nez. »

Des accusations prises très au sérieux par la police, qui ont immédiatement fait réagir le préfet de l’Hérault. Dans un communiqué partagé sur Twitter, il condamne « avec fermeté les propos diffamatoires tenus sur les réseaux sociaux ». Hugues Moutouh déclare « Les fausses informations et mensonges qui ont pour seul objectif de discréditer l’action des forces de sécurité intérieur dans leur lutte quotidienne contre les violences sexuelles desservent la cause des victimes. » Dans cette série de tweet, la jeune femme dénonce non seulement l’accueil que réserve les policiers aux victimes de violences sexuelles mais aussi aux victimes de violences conjugales à Montpellier. Elles doivent répondre à un interrogatoire contenant des questions jugées inadaptées, qui créent de la culpabilité chez ces personnes et mènent parfois aux refus d’enregistrement des plaintes par les policiers. Pour le préfet de l’Hérault, les rapports de police sont formels, les policiers ont correctement effectué la prise en charge de la jeune femme à l’origine du mouvement : « Les rapports de police et le procès-verbal d’audition […] montrent clairement que les enquêteurs ont fait sérieusement leur travail, avec le respect qu’il s’impose ». Le secrétaire de police de l’Hérault explique pourquoi certaines questions peuvent troubler les victimes : « C’est sûr qu’il y a des questions qui peuvent paraître trop personnelle ou gênantes, mais elles sont nécessaires à l’enquête ».

 « On se sent juste incomprise »

Quelques heures après la publication du tweet de l’activiste, la jeune femme reçoit de nombreux témoignages. Elles aussi ont vécu de mauvaises expériences durant leur passage au commissariat de Montpellier. Une dénonciation qui prend très vite de l’ampleur et devient nationale. Après #Metoo ou encore #Balancetonporc c’est le #DoublePeine qui est créé par la jeune femme, pour récolter les témoignages. Un hashtag qui fait référence à une peine double : celle subie par l’agression mais aussi celle reçue par le traitement de la police. #DoublePeine défile sur la toile avec pas moins de 600 témoignages, vingt-quatre heures après sa création. « Je dépose plainte pour revenge porn de photos qui ont été prises à mon insu. Après l’impression que le policier prenant ma plainte m’ait draguée fortement, je reçois un mail, dans lequel il écrit « si plus de petit ami il y a, je dépose ma candidature ». Écœurant, surtout en sachant qu’il avait vu des photos nues de moi et qu’il a dû les montrer à tout le commissariat » peut-on lire sur le réseau social. Un site www.doublepeine.fr a même été créé dans le but d’inciter plus de personnes à témoigner de manière anonyme. Cela permet d’exposer au grand jour ce phénomène récurrent. Les témoignages sur le site sont tout aussi nombreux que sur les réseaux sociaux : « Je suis allée porter plainte pour viol digital, je dormais. Le policier m’a répondu suite à mon dépôt de plainte « vous savez c’est une soirée de jeunes, il est peut-être tombé amoureux de vous pendant la soirée et il a sûrement cru qu’il y avait une possibilité. », et ce, avec le sourire. Je dormais… On pense se sentir soulagée après avoir déposé plainte, mais non, on se sent juste incomprise. »

À la suite de la mobilisation nationale, la plainte déposée par la jeune fille de Montpellier, qui était au départ classé sans suite, ne le serait plus. Gérald Darmanin a également annoncé mercredi 13 octobre l’ouverture d’une enquête sur l’accueil des victimes de violences sexuelles au commissariat de Montpellier. La réponse tardive du gouvernement divise encore une fois les activistes. C’est ce que le collectif NousToutes dénonce via ce post Instagram : « La honte. En France, pour qu’une affaire de viol ou d’agression sexuelle ne soit pas classée sans suite, il faut témoigner publiquement sur les réseaux sociaux et lancer un mouvement national. »

Louise Bes