Yémen : les combats font rage et la crise s’aggrave

Au Yémen, les conflits s’intensifient depuis quelques semaines entre les rebelles Houtis et la coalition menée par l’Arabie saoudite. Les alentours de la ville de Mar’ib, à l’Est de l’ancienne capitale yéménite Sana’a, sont le dernier bastion des forces fidèles au gouvernement. Les rebelles tentent depuis plusieurs jours de la conquérir s’emparer de la ville. La république islamique s’enfonce irrémédiablement dans une crise humanitaire, économique et politique.

Situation au Yémen (avril 2021). En rouge, les territoires contrôles par les troupes loyalistes au gouvernement Hadi. En vert, les territoires contrôlés par les Houtis. Carte de Mark Monmonier.

Une centaine d’ennemis abattus par jour

Débutée le 8 juillet 2014, cette guerre oppose aujourd’hui les rebelles Houtis, islamistes chiites soutenus par le Hezbollah (Iran), aux forces d’une coalition menée par l’Arabie Saoudite. L’opération Restaurer l’espoir réunit les États-Unis, en charge des renseignements et du blocus maritime notamment, l’Égypte, le Bahreïn, le Soudan, les Émirats arabes unis et le royaume d’Arabie Saoudite.

Les soldats de la coalition ont tué 1.100 rebelles Houtis au cours des derniers jours, selon l’Agence France Presse. L’alliance internationale abat une centaine d’ennemis par jour en moyenne, d’après les communiqués officiels. Ces nombreuses pertes n’empêchent pas les Houtis de poursuivre leurs assauts autour de la ville de Mar’ib. Les dissidents chiites ont annoncé, via leur compte twitter, avoir gagné du terrain sur plusieurs fronts aux alentours de la ville clé.

Plus récemment encore, le mercredi 20 octobre, les forces de la coalition ont annoncé avoir tué quatre-vingt-deux rebelles, via l’Agence de presse saoudienne officielle. Les pertes infligées sont le résultat de frappes aériennes dans la région de Mar’ib. Ce sont aussi « onze véhicules militaires […] détruits » par l’opération Restaurer l’espoir, et ce, en seulement 24 heures.

« La pire crise humanitaire au monde »

Le blocus maritime, mené notamment par les États-Unis et l’Égypte, est en partie responsable de la crise que connaissent aujourd’hui les Yéménites. 

Dans une déclaration conjointe des directeurs de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), de l’Unicef et du Programme Alimentaire Mondial (PAM) en décembre 2017, la crise au Yémen est qualifiée de « pire crise humanitaire au monde ». Les trois organisations dénoncent des chiffres « terrifiants ». « Soixante-quinze pour cent de la population yéménite ont besoin d’aide humanitaire, dont 11,3 millions d’enfants qui ne peuvent survivre sans elle. Au moins 60 pour cent des yéménites sont aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire et 16 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et à des systèmes d’assainissement corrects », détaillent-ils.

10.000 enfants ont été blessés ou tués depuis le début du conflit en 2015, selon les derniers chiffres de l’ONU. Au cours d’une réunion préparatoire, le porte-parole de l’Unicef James Elder affirme qu’en moyenne, quatre enfants sont blessés ou tués chaque jour au Yémen, si ce n’est plus. Ces chiffres ont été partagés par une large majorité des médias internationaux, français compris. J. Elder a indiqué que l’Unicef avait besoin de 235 millions de dollars pour mener à bien ses actions, tout en rappelant que l’organisation ne peut en aucun cas pallier le manque d’aide avec les financements dont elle dispose. Le porte-parole a énoncé les catastrophes qui frappent la république islamique : « un conflit violent qui perdure, une économie dévastée, des services réduits en ruines pour tous les systèmes d’aide […] et une opération de l’ONU qui manque sévèrement de fonds. »

Un enfant yéménite face aux bâtiments détruits par des bombardements sur la ville de Taez, le 18 mars 2018. | Ahmad Al-Basha / AFP.

Un foyer migratoire

Dans un communiqué du 3 décembre 2020, l’Organisation des Nations Unies (ONU) prévoit que « plus de la moitié des 30 millions d’habitants du Yémen seront confrontés à l’insécurité alimentaire d’ici mi-2021 ». « Il est impératif de maintenir les gens en vie en maintenant le flux de nourriture, mais ce cycle ne peut pas continuer éternellement », a déclaré le Directeur général de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Qu Dongyu. L’ONU affirme en effet que l’alimentation des populations yéménites dépend des importations à hauteur de 80%. Qu Dongyu poursuit en affirmant qu’à moins d’un arrêt du conflit, le Yémen n’échappera pas à la famine et à un accroissement de la crise humanitaire.

Les conflits et les crises multiples font fuir les populations, qui se déplacent souvent de régions en régions, au sein du pays. Ainsi, selon les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 350.000 personnes ont été déplacées en 2019 à cause des combats. 

Récemment, les combats dans la région de Mar’ib ont provoqué le déplacement de dix mille personnes, dans les sept districts couverts par l’OIM, qui ne représentent que la moitié des districts de la région.

Le Yémen est aussi une terre de transit pour les migrants d’autres pays voulant se rendre en Europe. En 2019, 138.000 migrants accostaient sur les côtes yéménites avec l’objectif, pour 90% d’entre eux, de poursuivre leur périple en direction du royaume d’Arabie Saoudite, toujours selon l’OIM.

Samuel Gut