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La drogue du violeur, le fléau des étudiants

Si la réouverture des bars et des discothèques a provoqué une euphorie générale chez les jeunes, beaucoup d’entre eux affirment avoir été drogué au GHB lors de ces soirées. L’usage de ce stupéfiant, appelé « drogue du violeur », a explosé ces derniers temps. 

C’est à Nancy, Tours, Montpellier et Bordeaux que le GHB tourne particulièrement et fait des ravages. Perte de mémoire (62% des victimes décrivent une amnésie totale), troubles de la vigilance, de la vue, lésions traumatiques, hallucinations… les effets sont nombreux et particulièrement néfastes. Normalement destiné à un usage purement médical, le GHB est parfois détourné et peut être utilisé à des fins de soumission chimique (c’est à dire à des fins criminelles ou délictuelles – viols, violences, vol). Le médicament se présente sous la forme d’une poudre blanche ou de liquide totalement incolore, inodore et sans goût. L’agresseur n’a ainsi qu’à glisser discrètement la drogue dans le verre de la victime, qui absorbera la substance à son insu, puisqu’impossible de la repérer. « J’ai levé la main qui protégeait mon verre seulement quelques secondes », raconte Lise*, 19 ans. C’est certainement à ce moment-là qu’un individu mal intentionné en a profité pour droguer la jeune femme, qui se trouvait en boîte de nuit. « Je ne me suis rendu compte de rien. Je dansais, et j’ai soudain ressenti de grosses bouffées de chaleur. J’ai commencé à perdre mes esprits, je ne tenais plus sur mes jambes. Puis le black-out. Je ne me souviens de rien ». 

Ce black-out, dont témoigne la quasi-totalité des victimes, est sans doute ce qu’il fait le plus froid dans le dos. Heureusement, Lise était accompagnée de ses amies ce soir-là, qui ont pu prendre soin d’elle et la raccompagner. Mais beaucoup trop, de jeunes femmes n’ont pas eu cette chance. Après des mois de silence et de souffrance, Andrea*, 17 ans, se confie. 

« La drogue nous étourdit et nous emprisonne »

« C’est une soirée censée être comme les autres. Ce soir-là, je suis fatiguée et je bois très peu. Je regarde la soirée passer de loin, l’ambiance est assez étrange. Ensuite, tout est devenu flou. J’ai la sensation de m’être endormie. Je crois me souvenir d’avoir eu quelques flashs de conscience, d’entendre un bruit sourd comme si j’étais au fond de l’eau, d’être prisonnière d’un corps qui ne m’appartient plus. Je me réveille quelques secondes dans un état de panique, lente, lourde et oppressante. Je ne sais pas l’heure qu’il est, ni combien de temps il s’est écoulé. Je me souviens que quelqu’un me porte dans ses bras, un garçon, avec un sourire que je n’oublierai jamais, teinté d’une profonde hypocrisie, qui se voulait rassurant. Puis je suis dans un lit. Et je ne me rappelle plus. C’est quelques semaines après que les flashs sont revenus, à l’écoute d’une musique, d’un sentiment, d’une ambiance. Ce qu’il m’a fait est inhumain, d’autant plus, puisque c’était prévu et qu’en me droguant il m’a rendu prisonnière de mon propre corps et en a profité. »

Cette nuit là, Andrea a été droguée au GHB. Cette nuit là, Andrea a été violée. Cette nuit là, Andrea a été marquée à vie.

« Cette soirée m’a fait devenir une autre personne. Ma tête s’est obstinée à oublier, pendant des mois et des mois. Mon corps, lui, n’a jamais oublié. Puis est venu le sentiment d’impuissance. Comment porter plainte lorsque même notre cerveau n’est plus une source fiable ? La drogue nous étourdit et nous emprisonne. Ce garçon m’a enlevé volontairement mon intégrité et m’a dépossédé des mouvements de mon corps et de mon esprit ». 

Le GHB touche de plus en plus de jeunes femmes, et certaines ont décidé de lancer des avertissements sur les réseaux sociaux. 

 ‘’⚠️ les filles de Tours, faites attention à vous! hier soir avec ma copine et une autre fille, nous nous sommes faites droguées dans un bar à côté de plume (au New way) par pitié surveillez vos verres, ça narrive pas quaux autres 🙏🏼— ibé (@mariegugn) September 24, 2021 »


À la suite de ces témoignages et de plusieurs dépôts de plainte, le sujet de « la drogue du violeur » a fait l’objet du conseil municipal de Nancy le 27 septembre dernier et d’un vaste mouvement de prévention sur Internet. La phrase postée par le collectif NousToutes 34 (collectif féministe engagé contre les violences sexistes) « Faites attention à vous et à vos verres en soirée » ne cesse de tourner sur les réseaux sociaux.

Comment lutter contre le GHB ? 

Pour combattre ce phénomène grandissant, de plus en plus d’établissements proposent à leur clientèle des « capotes de verre »; des couvercles en silicone qui empêche l’agresseur d’accéder à la boisson.

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Les capotes de verre, créées afin que l’agresseur ne puissent pas glisser de GHB dans notre verre. CR : DR

Ce sont Francis et Antoine Dehay, père et fils Lillois, qui sont à l’origine de ce projet datant de fin 2017. Fabriqué avec du silicone alimentaire naturel, les capotes de verre sont réutilisables. Autre point très pratique : leur élasticité particulière permet de s’adapter aux dimensions du verre. « Il y a même un petit trou pour insérer une paille, explique Francis Dehay. Le goût n’est aucunement modifié, et les capotes sont emballées avec du papier recyclable dans lequel on paye une éco taxe pour replanter les arbres ». L’entreprise, devenue éco-responsable et éco-sociable, a vu ses ventes se décupler de manière colossale depuis le mois de juin. « Il faudrait en mettre et en distribuer de partout, au même titre qu’une capote normale, enchaîne l’inventeur. C’est un pansement pour ce vrai fléau qui est train d’exploser ». 

Vendues au prix de 10,90€ pour un particulier et 1€ pièce pour les professionnels, le but est que ces derniers distribuent ensuite gratuitement les capotes de verre au grand public.

Rachel Contensou