Les NFT ou comment monnayer l’art sur Internet

Alors que les crypto-monnaies sont en plein essor, les NFT révolutionnent le marché de l’art en ligne et développent une nouvelle manière d’acheter des œuvres

Capture d’écran de la performance pour la gravure « Morons » de Banksy qui a été brûlée par Injective Protocol afin de n’exister que sur le web et d’être vendue grâce aux NFT. Burnt Banksy/Injective Protocol/Capture d’écran Youtube

Les NFT ou « Non-Fungible Token » (jetons non fongibles) sont uniques et ne sont pas interchangeables contrairement aux autres crypto-monnaies. Un billet de banque est fongible, il peut être échangé contre un autre de la même valeur. Tandis qu’il est impossible de trouver deux NFT identiques. Ces « jetons » sont utilisés pour acheter et vendre des œuvres d’art uniquement numériques. Cette nouvelle monnaie ouvre les portes à un nouveau marché et dope celui de l’art contemporain, et le phénomène s’est accéléré avec la pandémie.

Renforcer l’authenticité

Comme ces œuvres prennent la forme de vidéos, d’images ou de GIF, il est logique de croire qu’un simple copié-collé ou un téléchargement suffit à obtenir l’œuvre originale et à la marchander. Mais ce n’est pas si simple. Le fonctionnement se base sur les « blockchain » contenues par les NFT, c’est par ce mécanisme que la valeur d’une œuvre est définie. La blockchain est une technologie qui assure la transparence et la sécurité des transactions ou échanges entre internautes. La Banque de France a partagé ce schéma pour mieux comprendre l’importance des blockchains.

Fonctionnement détaillé de la Blockchainvisuel par la Banque de France

Ce système assure donc l’authenticité de l’œuvre originale. Il existe évidemment des copies mais l’originale ne peut être recopiée dans son intégralité grâce à la blockchain. Cette technologie est une garantie pour l’authenticité des œuvres. Pierre Fautrel, un crypto-artiste interrogé par le Figaro, explique à quel point cette nouvelle manière de certifier l’authenticité est révolutionnaire pour les créateurs : « Nous qui sommes jeunes dans ce monde de l’art, nous sommes complètement tombés sur la tête quand nous avons compris comment marchaient les certificats d’authenticité papiers, c’est un papier A4 où on met notre tampon et voilà, en avant la musique. Si un collectionneur est mal intentionné, rien ne l’empêche de faire des photocopies et réimprimer notre travail. » Le travail de ces artistes est donc mieux protégé par la construction numérique de ces jetons.

Le web aux enchères

Le NFT contient également des informations dites supplémentaires. Ces informations permettent aux jetons de prendre la forme souhaitée (musique, vidéo, texte…) et définissent donc le format (MP3, JPG, GIF…). C’est en cela que le concept est innovant. Il est maintenant possible d’acheter des tweets ou des GIF. Par exemple, le premier tweet de Jack Dorsey, cofondateur de twitter, affiche le prix de 2,5 millions de dollars. C’est aussi une aubaine pour les développeurs de jeux vidéo qui peuvent désormais vendre des « skins » ou même des décors à acheter directement sur le jeu. Les perspectives d’objets, d’œuvres, de contenus à mettre en vente sont énormes. Chaque élément du web pourra être vendu et marchandé entre utilisateurs.

Mais c’est aussi le cas de l’art numérique qui voit son marché prendre un tournant majeur. Les œuvres créées par des logiciels qui étaient jusqu’à présent plus difficiles d’accès qu’une œuvre physique, vont pouvoir trouver leur public et gagner en visibilité. Mais des œuvres physiques sont aussi détournées pour devenir intégralement numériques. Comme la gravure « Morons » de Banksy qui a été brûlée durant une performance d’Injective Protocol afin de n’exister que sur le web et d’être vendue grâce aux NFT. Et le site OpenSea est la preuve même que ce marché est l’avenir de l’art numérique. Sur cette plateforme, des milliers de créateurs et d’artistes vendent et collectent des œuvres purement numériques. Pour les plus nostalgiques, c’est un peu comme des cartes Pokémon finalement. Collectionner des biens uniques et se les « échanger » entre amateurs. Se balader sur OpenSea, c’est comme visiter une galerie d’art. La vente fonctionne comme une enchère avec des offres. Voici un exemple d’une œuvre uniquement numérique mise en vente sur OpenSea.

« Sur cette plateforme, des milliers de créateurs et d’artistes vendent et collectent des œuvres purement numériques » capture d’écran/OpenSea.io

Une pratique qui a un coût

Des problèmes résultent tout de même de cette pratique. Les NFT entraînent en effet plusieurs conséquences et sont sujets à débats. Notamment celui de l’impact environnemental de ces jetons. La création d’un NFT demande une importante quantité d’énergie. Un simple GIF peut consommer jusqu’à 192kWh selon le site CryptoArt.wtf. Le problème n’est pas seulement lié aux NFT, mais au système des crypto-monnaies. La blockchain, pour être vérifiée et complète, se base sur une grande série de puzzles très complexes qui consomment chacun énormément d’énergie. Malgré des initiatives pour essayer de limiter cette consommation, par exemple la création du site Blockchain For Climate, la crypto-monnaie ainsi que les NFT restent très énergivores.

Une nouvelle question se pose. Celle de la valeur d’un objet ou d’une image. Alors que la valeur d’une œuvre d’art est souvent fonction de son auteur ou de sa matière première, ici nous pouvons voir que la valeur tient à un élément non-physique et invisible. Et si, dans les prochaines années, nous assistions à une numérisation totale de nos œuvres d’art, et si la Joconde devenait une simple image en JPEG…

Lola Dravet