octobre 31

Voisins de l’Afghanistan : instables relations avec les talibans

Entourée par des géants, Chine, Russie, Iran, la nation afghane reste en proie aux ingérences étrangères dans sa politique intérieure. Sur l’échiquier régional, après des décennies de guerre et le retour des talibans, est-ce le temps des pourparlers ?

L’Afghanistan est communément surnommée « cimetière des Empires ». Une réputation qui s’affirme après la fuite américaine de Kaboul le 31 août 2021. Les talibans y sont de retour et à la recherche de reconnaissance internationale. Les relations actuelles avec leurs plus proches (et puissants) voisins sont pour le moins instables. Entre défiance et inévitable alliance, la diplomatie, encore hésitante, balance avec prudence. Alors que les acteurs occidentaux ne reviendront pas de sitôt, les puissances régionales sont désormais sur le devant de la scène pour d’incertaines négociations.

La Chine, petite frontière, gros enjeux

Pour Pékin et son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, les talibans ont « un rôle important dans la paix et la reconstruction de la région ». Une frontière commune de 76 km borde le Turkestan oriental où vit la minorité musulmane des Ouïghours persécutée par Pékin. La présence d’un état islamique à portée serait une aubaine pour les groupes indépendantistes. Comme l’observe Liu Zongyi, chercheur à l’Institut de Shanghai, « il sera très difficile d’amener les talibans à livrer ces militants à la Chine ». Du côté afghan, le porte-parole des talibans appelle la Chine à investir pour reconstruire le pays. Un bras de fer s’engage ainsi sur la table des négociations, les deux pays ayant à y gagner l’un et l’autre.

L’Iran, le meilleur ennemi

Du côté iranien, le retour des talibans, loin d’être réjouissant, reste une victoire stratégique sur les Américains. Ne partageant que des ennemis, la république chiite et la mouvance fondamentaliste sunnite sont liées par « l’Axe du Mal » de Washington. Allié de force, Téhéran a fourni des explosifs aux talibans pour éviter l’expansion de l’impérialisme américain aux portes de l’Iran. Un lien qui deviendra économique avec la dépendance énergétique de l’Afghanistan au gaz et à l’essence iraniens. Une entente forcée donc, mais instable aussi. En témoigne le dossier sensible de la minorité chiite des Hazaras, massacrés sous le premier régime des islamistes. Si les talibans venaient à les persécuter, Téhéran n’aurait d’autre choix que d’intervenir militairement, au risque de perdre sa crédibilité régionale.

La Russie diplomate ?

N’oubliant pas la défaite soviétique de 1989 face aux moudjahidines, la Russie qualifie toujours les talibans de « terroristes ». Pour autant, l’ambassade russe n’a pas été évacuée. La priorité : ne pas laisser s’exporter la crise afghane. Le départ américain a donc été largement anticipé. « Ce n’est pas pour rien que depuis sept ans nous avons des contacts avec le mouvement taliban » assure lors d’une conférence de presse l’émissaire du Kremlin, Zamir Kaboulov. La base de ces pourparlers témoigne d’une volonté de stabiliser la région. En se focalisant sur la lutte contre Daech, basé dans les états nord afghans, la Russie s’engage dans une prudente entente avec les talibans. «  Il faut désormais discuter des dispositions à prendre sur le long terme ». Comme le confirme l’ambassadeur Dimitri Jirnovla, la diplomatie est prioritaire dans une Afghanistan meurtrie par quarante ans de guerre.

Ori Alexandre