novembre 16

Face à la concentration des médias, l’appel de la presse indépendante

Ce 27 octobre, 45 médias indépendants ont signé une brûlante tribune sur la plateforme Fonds pour une presse libre, aussitôt rejointe par des dizaines d’autres. Une solidarité jugée « inédite » dans le monde du journalisme. L’objectif ? Appeler les lecteurs à soutenir la presse indépendante et dénoncer l’extrême concentration des médias dominants entre les mains d’une petite poignée d’individus.

En France, une dizaine de grands groupes se partagent l’essentiel des médias. Chaque année, entre 280 millions et 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires sont réalisés. Crédit image : l’Obs

Alors que le groupe Vivendi, propriété du milliardaire breton Vincent Bolloré, vient tout juste de s’offrir la radio Europe 1, et que les chaînes de télévision TF1 et M6 menacent de fusionner, la concentration des médias semble n’avoir jamais été aussi intense en France. Des accords financiers à hauteur de plusieurs millions, voire milliards d’euros, qui feraient presque oublier la présence de la presse indépendante. Et pourtant, elle existe. « Lus, écoutés, regardés chaque jour par des millions de citoyens », l’hexagone foisonne de centaines de médias coupés de toute influence politique et financière. Le plus connu d’entre eux étant Médiapart.

Inquiets de cette mainmise des fortunés sur les grands groupes médiatiques, ils ont décidé de faire du bruit. Quarante-cinq journaux indépendants, dont Basta !, Alternatives économiques ou encore Les Jours, se sont unis pour signer, le 27 octobre 2021, un appel au soutien de la presse libre et indépendante. Un texte doublé d’une tribune contre « l’engloutissement du journalisme sous les polémiques nauséabondes, les post-vérités, les intérêts politiciens et/ou mercantiles ». 

Une message clair impulsé par le fonds de dotation Fonds pour une presse libre (FPL), qui n’a pas tardé à recevoir un succès retentissant. « À partir du moment où l’on a lancé cette publication sur les réseaux sociaux, l’appel a réuni quatre-vingts signataires en seulement une dizaine de jours ! » (1), s’enthousiasme Charlotte Clavreul, directrice exécutive du FPL, encore surprise du nombre de médias qui ont répondu à l’appel.

Une presse indépendante qui condamne, dans sa tribune, la « zemmourisation » du débat public et « l’agenda informatif médiocre » des médias dominants – Le château de cartes par Caroline Varon
 

Le silence des médias dominants

Une telle action collective est chose rare dans le monde du journalisme. Voire même historique. « Ça ne s’était jamais vu auparavant » précise Charlotte Clavreul. Mais pas une seule trace de l’appel n’a été relatée, ni dans les chaînes d’info télévisées, ni sur les articles des grands médias de presse écrite. « C’est proprement hallucinant. Mais il faut dire que l’on a remué des sujets qui dérangent », concède finalement la directrice du FPL.

Loin de se laisser abattre, le souhait de faire « vivre » cet appel demeure vif. En parallèle, le monde politique semble également remuer de son côté. En effet, le Sénat a fini par voter mardi la création d’une commission d’enquête sur la concentration des médias. De là à espérer le début d’un véritable changement ?

Arnaud Ciaravino

  • À ce jour (12/11/2021), six médias supplémentaires se sont ajoutés à l’appel, portant le total à 86 signataires.