Pentathlon moderne : au revoir les chevaux et bonjour les vélos

Lors des derniers Jeux olympiques, le pentathlon moderne s’est attiré les foudres des professionnels du monde du cheval. Ils jugent l’épreuve d’équitation inappropriée et dangereuse pour les animaux et les athlètes. L’équitation sera, normalement, remplacée par le cyclisme.

La prestation de l’athlète allemande Annika Schleu, en larmes et prête à tout, lors des jeux olympiques de Tokyo, a choqué le monde du cheval. Vidéo France Tv Sport

L’équitation va être remplacée par le cyclisme dans le pentathlon moderne. Ce dernier est une discipline des Jeux olympiques qui est constituée de cinq sports : escrime, natation, équitation, tir au pistolet et course à pied. « Mais après 109 ans, l’instance dirigeante du pentathlon moderne a voté secrètement pour supprimer l’équitation et la remplacer par le cyclisme », apprend-on dans un article du journal britannique The Guardian ce mardi 2 novembre. Cette décision semble répondre à une pétition visant à supprimer l’équitation du pentathlon moderne, lancée par une monitrice d’équitation allemande, Kristen Gerhardt.

La pétition a recueilli plus de 170 000 signatures et a été écrite en réaction aux nombreux accidents et violences survenus pendant l’épreuve d’équitation. Lors des Jeux de Tokyo les caméras ont filmé l’athlète Annika Schleu, désespérée et prête à tout pour finir le parcours sur un cheval en panique et refusant de sauter les obstacles. Annika lui a donné plusieurs coups de cravache et d’importants coups de talons. Elle a vu toutes ses chances d’obtenir la médaille d’or partir en fumée. Au bord de la carrière en sable, Kim Raisner, l’entraineuse de l’athlète, s’est vengée sur Saint Boy, le cheval récalcitrant, en lui donnant un coup de poing. Elle a été exclue par l’Union internationale de pentathlon moderne.

Vingt minutes pour apprendre à se connaitre

Ce n’est pas la seule scène violente qui s’est produite lors de cette épreuve. Il n’est pas rare de voir des cavaliers perdre toutes leurs chances durant cette épreuve : les chevaux sont tirés au sort et les athlètes n’ont que vingt minutes pour apprendre à les connaitre avant d’enchainer douze obstacles d’un mètre vingt de haut. Lors des Jeux olympiques équestres, les cavaliers professionnels connaissent leurs chevaux par cœur et travaillent avec eux durant de longs mois, ce qui instaure un climat de confiance. Les pentathlètes, eux, n’ont pas la chance de connaitre les forces et faiblesses de leurs montures avant l’épreuve. Kristen Gerhardt, monitrice allemande, explique : « Les sports équestres sont une discipline dans laquelle l’interaction avec le cheval partenaire doit être au premier plan. Pourtant, cette interaction est en dehors de toutes les préoccupations dans le pentathlon moderne ». D’après un article du Figaro, l’association Agir pour la vie animale (AVA) a demandé le retrait de toutes les épreuves impliquant des chevaux au Comité international olympique. Les militants ont été choqués par « l’euthanasie du cheval Jet Set suite à une déchirure ligamentaire à la fin du Sea Forest Cross-Country, [épreuve de cross du concours complet des Jeux olympiques] ainsi que l’effroi du cheval Saint Boy refusant de franchir les obstacles du pentathlon ». Ce sont tous ces événements qui ont poussé Kristen Gerhardt à lancer une pétition adressée à Joël Bouzou (président de la fédération française de pentathlon moderne), à la Confédération allemande des sports olympiques, au Service de presse du comité olympique, à l’Association allemande pour le pentathlon moderne, à l’Union internationale de pentathlon moderne (UIPM), et au Comité international olympique (CIO).

« Le cheval est réduit à un équipement sportif tiré au sort et attribué à un cavalier »

La monitrice allemande dénonce des difficultés à maitriser des disciplines aussi différentes les unes des autres et les conséquences sur le bien-être des chevaux. Dans le texte accompagnant la pétition, elle écrit : « le cheval est réduit à un équipement sportif tiré au sort et attribué à un cavalier. […] La discipline de l’équitation doit être retirée du pentathlon moderne et remplacée par un autre sport plus approprié. Ce n’est pas uniquement dans l’intérêt des chevaux, mais aussi dans celui des athlètes, qui ne seront plus confrontés à une exigence qu’ils ne peuvent souvent pas vraiment satisfaire. »

L’UIPM avait déjà annoncé son intention de modifier les conditions de l’épreuve avec des obstacles moins hauts et un parcours raccourci. L’objectif : créer « une discipline plus sécurisée pour tous les participants », selon l’institution. Durant les Jeux de Tokyo, les cavaliers avaient quatre-vingts secondes pour enchainer un parcours de douze obstacles mesurant un mètre vingt de haut et un mètre trente-cinq de large. Les militants remettaient en cause le tirage au sort mais pas l’UIPM. Interrogé par le journal L’Équipe à propos du remplacement de l’équitation par le cyclisme, le vice-président de l’union internationale de pentathlon moderne, Joël Bouzou, tempère. « Cela n’a rien à voir avec Tokyo. L’équitation [dans le pentathlon] est un frein au développement de notre sport que ce soit par rapport à la pratique ou aux coûts. Nous avions entamé une réflexion à ce sujet dès 2018 », explique-t-il. L’équitation semblait déjà poser problème il y a trois ans.

Marie Taube