Le gouvernement britannique gèle la redevance finançant la BBC

L’annonce lundi d’un gel de deux ans de la redevance audiovisuelle inquiète au moment où Boris Johnson est englué dans les scandales.

Le siège de la British Broadcasting Corporation (BBC) à Londres (Crédit : Alexander Svensson)

De mauvaises ondes traversent la BBC. En lutte pour sa survie politique, le Premier ministre britannique Boris Johnson s’attaque à la prestigieuse radiotélévision publique. Sa ministre de la Culture, Nadine Dorries, a annoncé lundi que la redevance serait gelée à 159 livres (190 euros) jusqu’en 2024, puis qu’elle « augmenterait en fonction de l’inflation pendant les quatre années suivantes ». À terme, la ministre souhaite même supprimer cette taxe payée par les foyers britanniques. « À une époque où les familles sont confrontées à une forte augmentation du coût de la vie, nous ne pouvions tout simplement pas demander aux ménages qui travaillent dur de payer encore plus pour leur redevance », a-t-elle expliqué au Parlement.

Le gel de cette précieuse manne financière devrait engendrer un manque à gagner estimé à 2 milliards de livres pour la BBC, alors même qu’elle avait réclamé une augmentation de la redevance. Il faut dire que l’inflation s’élève à plus de 5 % dans le pays. Se disant « déçus » dans un communiqué, Richard Sharp et Tim Davie, respectivement président et directeur général du groupe audiovisuel, défendent la redevance en précisant que les « revenus de la BBC pour ses services britanniques sont déjà inférieurs de 30 % à ce qu’ils étaient il y a dix ans ».

« OPÉRATION OS À RONGER »

Selon les médias britanniques, cette annonce fait partie d’une série de mesures aux accents populistes surnommées « Opération os à ronger » (« Operation Red meat »). Elle doit permettre au dirigeant conservateur de reconquérir sa base, souvent très critique envers une BBC jugée trop à gauche, londonienne, élitiste et souvent accusée de parti-pris idéologique.

Cette mesure a provoqué de vives réactions tant la survie financière de cette institution est déjà mise à mal par ses difficultés à rajeunir ses audiences et concurrencer les plateformes numériques. Cela passe d’autant plus mal que de nombreux observateurs considèrent qu’il s’agit d’une manœuvre politique pour sauver Boris Johnson. L’ancien maire de Londres est impliqué dans des scandales pour des fêtes organisées à Downing Street en plein confinement.

AVENIR INCERTAIN

À l’approche du centenaire de ce monument de l’information qui fonctionne sans publicité, la BBC « va devoir réduire ses dépenses de centaines de millions de livres sterling afin d’équilibrer ses comptes », prévient le quotidien The Guardian. Cela risque d’entraîner des fermetures de services, des licenciements, voire une réduction du nombre des fictions et d’émissions produites.

La BBC représente pourtant un modèle de réussite pour le soft power britannique. Il ne reste plus qu’à savoir si elle entendra répercuter les coupes sur ses programmes internationaux, ou si elle décidera de réduire sa présence sur le plan national pour calmer les esprits et sauver le navire.

Baptiste Bozon