février 07

Comment l’observatoire de Super-Cannes est tombé en ruines

Avec sa vue imprenable sur la baie de Cannes, l’observatoire est un lieu bien connu des amateurs d’urbex, ces explorateurs de lieux abandonnés. Un contraste avec ce qu’il était il y a encore 56 ans.

Avec sa terrasse panoramique et son balcon en rotonde, le restaurant « Le Constellation » de l’observatoire de Super Cannes offrait une vue imprenable sur toute la baie de Cannes. Crédit: Association des amis des archives de Cannes

Le faste des années folles n’est plus que ruines, mais la vue, grandiose, est toujours intacte. Depuis les vestiges de l’observatoire de Super-Cannes, le panorama s’étend de la Croisette, aux îles de Lérins, sans oublier, en toile de fond, l’Estérel. Ce panorama est désormais réservé aux seuls amateurs d’urbex.

En suivant les rails de l’ancien funiculaire et après s’être frayé un chemin au travers d’une nature redevenue sauvage, les explorateurs de lieux abandonnés arrivent enfin à la gare. À l’intérieur, un vieux wagon rouillé a cessé son inlassable trajet de 1928 à 1966.

Rêves de Palace et Tour en Bois

Trente-huit ans de bons et loyaux services, qui commencèrent en 1928 par une inauguration en grande pompe. Sont présents André Capron, maire de Cannes, Yves le Trocquer, ministre des transports, et les représentants de la Société Immobilière de Paris et du Littoral. C’est cette dernière qui est à l’origine des travaux qui mirent trois ans à désenclaver le quartier en pleine expansion de Super-Cannes. Pour la belle excursion, il faut s’acquitter de la somme de 2 francs en 2ème classe et de 3 francs en 1ère classe. Arrivés à 233 mètres d’altitude, les foules, jusqu’à 2500 personnes en une journée, se pressent à la tour d’observation. Provisoire, l’édifice en bois s’élève sur deux étages.

Le projet des promoteurs ne se limite pourtant pas à la ligne de funiculaire. Il faut ériger un palace. La promesse est ambitieuse et démesurée, folle, à l’image de ces années où la riche clientèle étrangère se pressait chaque hiver sur la côte. Le grand hôtel aura trois cents chambres, des courts de tennis, une piscine et même un golf. Les rêves fastueux s’écraseront bientôt face au manque de rentabilité. Et la tour de bois, solitaire, restera plantée là encore trente ans.

Les ruines de l’observatoire Super-Cannes sont devenues un spot bien connu des amateurs d’urbex. Bien que l’accès au lieu soit interdit et dangereux, les visites des curieux sont quotidiennes. Crédit: Ici et là Bas

Restaurant avec vue sur Cannes

Seulement trois ans après son lancement, le funiculaire n’est pas assez rentable. Le déficit causé force la Société Immobilière de Paris et du Littoral à trouver un concessionnaire. Il est alors question d’un parc d’attraction. Adieu les paillettes et le chic de la jet set étrangère. Pour éviter ce scénario, la nouvelle Société hôtelière de Super-Cannes commande la construction d’une auberge restaurant pour accueillir touristes et cannois.

Mal nommée, l’auberge n’aura finalement jamais de chambres. Pour ce qui est du restaurant, il dressera ses premières tables en 1939. L’établissement sera par la suite rebaptisé « Le Constellation ». Conçu dans le style régionaliste, alors à la mode, le bâtiment en demi-rotonde s’ouvre sur une vaste terrasse. Le premier étage est éclairé par de grandes baies vitrées donnant sur le balcon circulaire et la vue imprenable.

Déclin et regain d’urbex

Cependant, le charme des lieux ne comble pas le manque de rendement. En 1966, le funiculaire déficitaire, délaissé et usé, est définitivement arrêté. Malgré les efforts d’un comité de soutien formé en 1980 pour sauvegarder ce patrimoine, l’observatoire de Super-Cannes tombera lentement dans la désuétude et l’oubli.

Aujourd’hui, le terrain de 24.000 mètres carrés appartient au président des Emirats Arabes Unis, mais une décision de justice a annulé tout permis de construire.

Du faste oublié, seuls subsistent les murs porteurs recouverts de graffitis. Débris et bouts de verre ont remplacé belvédère et coupes de champagne. Au dessus des ruines, l’imposant pylône construit en 1953 en remplacement de la tour de bois, observe les quelques curieux venus prendre en photo les vestiges d’une époque révolue. L’urbex a supplanté l’âge d’or.

Alexandre Ori