Scandale Orpea: l’Ehpad est-elle la seule solution de placement pour les personnes âgées?

Le livre « Les Fossoyeurs » du journaliste Victor Castanet et le reportage de Cash Investigation, ont révélé les maltraitances dans les Ehpad. Certains s’organisent pour faire émerger des alternatives en plein développement.

« Personne n’a envie de finir sa vie dans un Ehpad ». Les mots de Meryl Le Breton, attaché de presse de l’association caritative Les Petits Frères des Pauvres, qui lutte contre l’isolement des personnes âgées, illustrent une dure réalité. « Le personnel soignant est sous-payé et en sous-effectif. C’est impossible de s’occuper dignement des résidents dans ces conditions. La maltraitance émerge de cette souffrance, et revenir à une dimension plus humaine devient plus que nécessaire ».

Revenir à une dimension plus humaine, c’est justement l’objectif fixé par des lieux appelés « alternatifs » à l’Ehpad. Ni tout à fait des institutions médicalisées, ni tout à fait une solution pour faire rester les personnes à leur domicile, les habitats alternatifs se définissent généralement comme des formules d’entre-deux. Il existe une grande variété de propositions de placements qui se veulent « plus respectueuses » des personnes âgées. Cohabiter avec un jeune adulte, être accueilli par une famille agréée par le Conseil départemental, ou encore se loger dans un habitat dit « inclusif », un lieu ouvert à toutes personnes intéressées par une vie individuelle et collective.

« L’intimité est très importante »

En émergence dans toute la France, «les petites unités de vie» (PUV), proposent des structures de moins de 25 places, toutes indépendantes, où les résidents autonomes ou semi-autonomes participent à la vie de la communauté (jardinage, préparation des repas, etc.) L’accompagnement médical reste présent, mais est externe au bâtiment, et s’adapte au niveau d’autonomie de chacun. Ce sont souvent des infirmières libérales et des médecins généralistes de proximité qui viennent apporter leur aide.

«Dans ce genre de lieu alternatif, le personnel frappe systématiquement à la porte avant d’entrer dans une chambre. L’intimité est très importante, tempère Cristina Montet, responsable à la Petite Unité de Vie de Victor-Thuillat, à Limoges. Certains résidents peuvent même garder leurs anciens meubles pour ne pas se sentir déraciné de chez eux, afin d’accompagner leur transition vers une vie plus dépendante», fait comprendre la responsable.

Des alternatives qui ont leurs limites

« L’Ehpad reste quand même l’établissement le plus facile d’accès », constate Meryl le Breton. Pour une majorité des établissements alternatifs, leur positionnement géographique reste un frein pour beaucoup de personnes, car souvent construits en zone rurale. Les personnes âgées sont alors parfois excentrées et les familles préfèrent s’orienter vers des Ehpad plus près des villes. Autre problématique, celle du nombre de places. Les Ehpad sont souvent plus nombreux et ont plus de lits. En moyenne, 600.000 lits sont disponibles en France, contre 4.800 pour les petites unités de vie.

A leur décharge, les initiatives qui s’éloignent le plus du modèle traditionnel (l’Ehpad) sont confrontées à des difficultés administratives, juridiques et financières. Il est compliqué de mettre en œuvre des projets qui «ne rentrent pas dans les cases». Le rapport publié au mois de mars 2017 par le collectif «Habiter autrement» sur l’habitat alternatif, citoyen, solidaire et accompagné, prenant en compte le vieillissement, formule plusieurs propositions pour surmonter ces obstacles.

L’importance de savoir

Quant aux habitats inclusifs, les préfets de région et de département ainsi que les directeurs généraux des agences régionales de santé (ARS) ont été sollicités par le gouvernement pour développer le concept dans plus de 1600 communes. Mais encore faut-il que ces dispositifs soient connus. Cécile Rosenfelder, sociologue et autrice d’une thèse sur les habitats alternatifs pour personnes âgées, explique justement «que les familles sont généralement peu informées des autres choix de lieux de vie pour leurs ainés. La communication du gouvernement et des collectivités territoriales pêche énormément. Mais la sociologue espère, que le scandale d’Orpea permettra à ces lieux d’être enfin valorisés».

Lola Dravet et Arnaud Ciaravino