février 11

Carnaval de Nice: Kristian, ymagier du carnaval depuis vingt ans

Du 11 au 27 février, les chars du Carnaval des Animaux enchanteront les rues de Nice. Depuis plus de vingt ans, les personnages de Kristian incarnent deux semaines de poésie.

« Ça n’arrête jamais, en tous cas pour nous! » Depuis plus de vingt ans, le dessinateur de presse Kristian imagine des chars pour le carnaval de Nice. Cette année encore, deux de ses personnages défileront en ville, du 11 au 27 février : le Babau niçois et les Zanimaux. Pour l’ymagier — l’artiste qui imagine et dessine les chars —, le carnaval est à peine terminé que le travail recommence déjà. Car le dernier soir, le maire de Nice annonce la condamnation à mort du Roi (dont on brûle l’effigie pour symboliser la fin des problèmes et l’espoir de renouveau), mais aussi la date et le thème des prochaines retrouvailles.

Kristian, dans son atelier (DR: Kristian)

Que ça se voit de loin

« Ce qu’il faut, c’est un gros personnage principal, pour que ça puisse se voir de loin! » Les ymagiers, qui apprennent le thème en même temps que le public, doivent rendre leurs projets en mai. Des couleurs sont parfois attribuées mais les formes sont plutôt libres, la taille des chars étant la seule véritable contrainte. « 16, 17, 18 mètres à partir de la plateforme, c’est assez impressionnant !« , commente Kristian. Le dessinateur imagine les mouvements du personnage, sa position: « Le représenter assis permet d’occuper tout le char, toute la plateforme, de le rendre gigantesque », explique-t-il.

« Le Babau niçois » est animal mythique du carnaval de Nice DR: Kristian

Un fantasme de dessinateur

Kristian confie travailler son esquisse « comme si c’était un dessin de presse »: pour lui, le char doit avoir une signification, faire passer un message, au moins poétique. Pour Le Babau nicois entraînant les carnavals du monde, l’artiste a repris une image qui existait déjà, en l’adaptant à son style: « Ce char-là a tout un sens car je représente sur le dos de ce dragon monstrueux, les personnages mythiques des carnavals du monde entier: Venise, les Gilles de Binche, le Brésil, etc ». Vendredi, le char défilera devant des milliers de personnes. « C’est vraiment fantastique. C’est un fantasme de dessinateur de voir ses dessins prendre une telle dimension », se souvient Kristian avec émotion.  

« On n’est pas sûr du tout d’être retenu »

 « En juillet, on nous annonce quels sont les chars retenus ». Avec 55 chars construits d’après ses dessins, Kristian est à ce jour le plus ancien des ymagiers du carnaval de Nice. « Pour la période contemporaine », précise-t-il. Le concours du Carnaval est rude. “On n’est pas sûr du tout d’être retenu”, commente le dessinateur. Bien qu’il ait exposé ses projets de carnaval dans le monde entier, Kristian attend chaque année le résultat avec angoisse. « Je sais que ça arrivera certainement un jour, mais j’aurais un peu de mal à accepter que je ne sois pas retenu », confie-t-il.

DR: Kristian

Avec les carnavaliers, une question de confiance

Une fois le dessin retenu, Kristian quitte la scène et cède la place aux carnavaliers, chargés de construire un char qui soit fidèle au dessin. Habitué à être responsable de son travail « de A à Z », le dessinateur de presse a dû se faire à cette collaboration. « Les premières années, j’ai eu beaucoup de mal à filer le bébé! Chaque millimètre de trait est important pour moi. […] Comme j’habite la région, j’étais tout le temps dans leurs pattes », se souvient-il. Aujourd’hui, l’ymagier continue à rendre visite aux carnavaliers « par gourmandise, parce que c’est vraiment magique de suivre la construction des chars ». Mais le temps et la confiance lui ont appris à garder sa place.

Eden Armant-Jacquemin