À Nice, la Villa des Palmiers, un petit Versailles insolite sur la colline de Fabron

Avec sa façade de marbre et ses jardins à la française, la Villa des Palmiers semble tout droit sortie d’un rêve. Avant d’abriter les archives de Nice, le petit Versailles a eu de nombreux propriétaires qui le transformèrent au grès de leurs folies.

Enclavé par des barres d’immeubles, se cache un petit Versailles. Sur les hauteurs de Fabron, la villa des Palmiers détonne dans le paysage. Construite en 1871, elle témoigne d’une époque faste pour la Côte d’Azur, quand la Riviera rimait avec rêve et excentricité.

RBN pour Empereur

Fabron était un quartier de pêcheurs et de forgerons quand le banquier niçois Honoré Gastaud achète 23 hectares de terres encore sauvages. Dans la garrigue provençale, il plante un décor exotique avec ses palmiers, araucarias, eucalyptus et cèdres. Dans les allées ombragées par ces arbres devenus géants, la guide des Archives de Nice, Méryl Bouffil, dresse le portrait d’un jardin très en vogue au temps des riches hivernants. «C’était la mode des parcs exotiques et celui de Gastaud était si réputé pour ses essences que la tsarine Alexandra Feodorovna le visite en 1858».

Une renommée qu’elle explique par «toutes les maisons que Gastaud avaient fait construire pour ses riches convives. Il est un peu le précurseur du RBN». De quoi loger le couple impérial de Napoléon III et Eugénie en 1860 à l’occasion de l’annexion du Comté de Nice.

Du marbre et de la poésie

Puis viendra la folie des grandeurs avec Ernest Gambart. Habitué des lieux, et ami de Gastaud, il lui rachète une parcelle en 1871. Il y fera construire la villa des Palmiers. Dans un style mêlant la Renaissance italienne et le néoclassicisme britannique, le palais est « recouvert de marbre de Carrare acheminé sur une vingtaine de bateaux ». Comme le précise Méryl Bouffil, Gambart n’est pas homme à faire dans la demi-mesure. Il imagine son palais en œuvre immortelle lorsqu’il fait inscrire sur le fronton un ver de son ami le poète John Keats : «A thing of beauty is a joy for ever». La guide traduit « tout objet de beauté est une joie éternelle. Ça lui correspond bien. Marchand d’art, il a fait du palais une vraie galerie pour ses protégés ».

Passion Versailles

Le paroxysme de l’excentricité sera finalement atteint au cours des années folles. En 1924, le promoteur immobilier Edouard Soulas et sa fantaisie anachronique débarquent à Nice. Passionné par l’esthétique ancien régime, il remplace tous les intérieurs de marbre avec de la boiserie et du mobilier Louis XV. Il commande aussi des jardins à la française tel que le souligne la guide : «les terrasses à l’italienne sont remplacées par ce grand  bassin entouré de statues d’angelots. A l’époque, la perspective ouvrait sur la mer ». Même si depuis les années 60 la voie matisse et les immeubles ont remplacé l’horizon, le charme n’en reste pas moins intact.

Alexandre Ori