Début de chantier pour la controversée Tour Triangle à Paris

En attente depuis 2008, le projet de la Tour Triangle se concrétise dans le 15e arrondissement de Paris. Le gratte-ciel, vivement critiqué par les élus écologistes et certains habitants de la capitale, est prévu pour 2026.

Projet de la Tour Triangle à la porte de Versailles, à Paris, au centre du parc des expositions – Crédit : Ap/Sipa

Dans l’enceinte du Parc des Expositions de la porte de Versailles, les premiers silos de plusieurs mètres de haut viennent d’être installés ce mercredi 9 février. Le chantier a été confié à l’entreprise belge BESIX, également constructeur de la Burj Khalifa, la plus haute tour du monde à Dubaï. Plusieurs fois reconduits, les travaux devraient durer quatre ans. La tour de 180 mètres partagera donc bientôt le ciel avec la Tour Montparnasse (209 mètres) et la Tour Eiffel (324 mètres), et sera le troisième édifice le plus haut de la capitale.

La Tour Triangle sera majoritairement composée de bureaux, mais pour éviter les polémiques autour du manque de fonctionnalités, des espaces publics seront proposés aux Parisiens et touristes, comme un hôtel et un restaurant. Illustration : Unibail-Rodamco

La naissance de la Tour Triangle reste toutefois un événement exceptionnel. Depuis le plan d’urbanisme de 1967, aucun édifice n’a le droit de dépasser 31 mètres de hauteur et 37 mètres en périphérie. La cause? Préserver le patrimoine de l’aspect inesthétique des gratte-ciels. Certaines associations comme Monts 14 et Tam-Tam fustigent un « gigantisme » calqué sur un modèle international non adapté à la ville européenne. 

La tour de la discorde

Mais ce chantier, certains espéraient ne jamais le voir débuter. Lancé pendant le mandat de l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, le projet est validé en 2015 sous le mandat d’Anne Hidalgo. Une décision qui a fait se dresser de nombreux opposants, dont des élus écologistes.

Ils dénoncent « un mastodonte énergivore de 15.000 tonnes de béton, imposé par Anne Hidalgo, qui ne répond à aucun besoin ». Un des arguments avancés par le Collectif contre la Tour Triangle, est qu’il « faut trois à quatre fois plus de béton et d’acier » pour construire la tour « que pour construire un bâtiment très basse consommation respectant les plafonnements parisiens ». Sans manquer de souligner la « laideur de l’édifice » qui pourrait masquer, à cause de son ombre, la lumière à de nombreux quartiers parisiens.

De nombreux manifestants ont également souligné « la laideur » d’un tel édifice en plein Paris. Un événement qui rappelle les critiques qui étaient faites lors de la construction de la Tour Eiffel au XIXe siècle. Crédit : EELV Paris 13

Greenwashing

La Tour Triangle reste pourtant vantée comme « une référence écologique » homologuée HQE, pour « haute qualité environnementale ». Comme preuve, la structure sera chauffée via le réseau de chaleur urbain (CPCU) et pourra autoréguler sa température interne grâce aux façades « bioclimatiques ». Des surfaces en béton en double couche qui pourra maximiser l’apport de lumière naturelle et limiter l’apport de chaleur en été.

Il faut dire que le site officiel de présentation de la Tour Triangle ne fait pas les choses à moitié. Pour les questions d’écologie urbaine, les concepteurs listent pas moins de quatorze innovations censées rendre le bâtiment plus « respectueux » de l’environnement.

Mais les élus écologistes ne décolèrent pas, critiquant un projet au bilan carbone « catastrophique » et fustigent une construction « économiquement anachronique et hors sol« . Philippe Goujon, maire LR du 15e arrondissement s’est par ailleurs indigné auprès de l’AFP que le quartier devrait être « sinistré pendant plusieurs années », avec un « ballet ininterrompu de camions qui vont délivrer du béton et quatre grues géantes… ».

Arnaud Ciaravino