La (très) lente transition durable du transport maritime

Pour se mettre au pas des multinationales, le transport maritime mondial innove dans une logique de développement durable. Des entreprises proposent des solutions comme le gaz naturel liquéfié (GNL), la voile moderne ou le kite surf. Mais est-ce que ça fonctionne vraiment?

En ce début de février, le port de Fos-sur-Mer accueillait le premier plein de gaz naturel liquéfié d’un cargo de l’histoire. L’événement fait dates pour Farid Trad, directeur de la transition écologique chez le leader mondial du transport maritime CMA-CGL. Mais le procédé est long et délicat : l’opération dure quinze heure, et le gaz doit être manipulé à -161°C exactement. La stabilité des deux navires est aussi requise pour le bon déroulé de la transaction. Le GNL émet seulement 20% de monoxyde de carbone de moins que le carburant classique. Pourtant, le CMA-CGL souhaite imposer le GNL à tous les nouveaux navires qui viendront s’ajouter aux 50.000 déjà existants.

Un problème de vent

De son côté, l’entreprise française Zéphyr et Borée opte pour un retour à la voile, modernisée. Leur cargo, Canopée, acheminera la fusée Ariane 6 jusqu’en Guyane d’ici un an. Leur projet est de créer un porte-conteneur alliant carburant classique et voiles. Idéalement, cette stratégie ferait économiser jusqu’à 50% de carburant. Mais tous les espaces maritimes ne donneront pas de résultats aussi satisfaisants, à cause du manque de vent dans certaines régions du monde.

Plus récente, la voile de kite surf fixée à la proue du bateau réduirait jusqu’à 20% de la consommation de carburant. L’innovation est promue par la communauté citoyenne Time for the Planet et développée par l’entreprise Beyond The Sea. Grâce à un pilote automatique, le navire porteur peut bénéficier de l’énergie éolienne en toute circonstance. Le directeur de l’association à la transition énergétique Négawatt, Stéphane Chatelin, explique : «On ne peut pas imaginer que dans les prochaines années, décennies, on va stopper le trafic maritime international. Ça, c’est une solution qui permet de réduire les consommations d’énergie et donc les émissions de gaz à effet de serre.»

Une réflexion plurilatérale

En juin 2021, l’Organisation maritime internationale (OMI) se réunissait pour trouver des solutions. L’idée d’une taxe carbone imposée sur le secteur du transport maritime a été évoquée. L’institution s’était engagée à réduire de 40% l’intensité carbone de l’industrie qu’elle encadre d’ici 2030 par rapport à 2008, notamment en échelonnant une transition vers des énergies moins polluantes. Mais les compromis qui se sont profilés laissent planer le doute sur la faisabilité des objectifs donnés. 

Samuel Gut