février 14

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Réforme de l’adoption: à qui profite cette loi?

Votée à l’Assemblée mardi 8 février, la loi Limon souhaite «déringardiser» l’adoption : abaissement de l’âge minimal pour adopter, ouverture de l’adoption aux couples non mariés… Mais des associations doutent de sa réelle portée

La loi Limon a pour objectif d’ouvrir l’adoption à plus de famille – Stéphanie de Sakutin – AFP

La proposition de loi LREM remonte à la mi-2020, elle se veut comme un «texte de progrès». L’adoption y est longuement pointée du doigt pour son manque de modernité, particulièrement par rapport aux couples homosexuels. Des discriminations qui avaient depuis été contrées par des textes de loi notamment celui du 17 mai 2013.

La loi Limon a pour but d’ouvrir l’adoption à d’autres familles. En abaissant l’âge requis de 28 ans à 26 ans, en ouvrant l’adoption aux couples non-mariés ou encore en réduisant l’âge de vie commune requis de 2 ans à 1 an… Pour Monique Limon, députée LREM à l’origine de ce texte, il est nécessaire «d’adapter le dispositif d’adoption à l’évolution de la société». Ces nouvelles mesures devraient permettre d’élargir le nombre d’adoptants et d’ouvrir «à différentes façons de faire famille ». Cette proposition émane d’un rapport concernant l’adoption en France publié en 2019: «Cette loi, c’est la traduction législative des résultats de ce rapport».

« On n’a pas encore cerné l’intérêt majeur pour l’enfant »

Reste à savoir en faveur de qui s’inscrit cette loi. Pour Laurent Schiatti de Monza, membre de l’association Enfance et Famille d’Adoption 06 (EFA 06), cette loi est surtout bénéfique pour les adoptants et non pour les adoptés : «De toutes les nouveautés qu’apportent ce texte, on n’a encore pas cerné l’intérêt majeur pour l’enfant là-dedans» Toujours selon lui, les associations sont assez unanimes sur cette loi qui semble oublier l’enfant. Notamment avec la suppression du pédopsychiatre dans le conseil de famille, remplacé par un ou une spécialiste en discrimination : «Le conseil de famille va perdre une compétence qui était vraiment importante dans la protection de l’enfance. Il sera remplacée par un juriste qui va porter un regard par rapport au postulant et non plus à l’enfant».

Laurent Schiatti de Monza conçoit qu’il est important d’ouvrir l’adoption à tous mais il rappelle qu’on ne manque pas de postulant : «Dans le cadre nationale, il y’a environ 700 adoptions par an pour plusieurs milliers de couples qui sont en attente d’adoption, on va donc rajouter des couples en attente pour toujours le même nombre d’enfants».  Puisque le problème majeur reste la difficulté qu’ont les enfants âgés de plus 10 ans à trouver une famille adoptive. Et ce texte ne répond pas à cette problématique : «Il n’y a pas de moyens supplémentaires dans la protection de l’enfance, on ne voit pas comment certains enfants vont pouvoir être mieux adoptés qu’avant».

Lola DRAVET et Thalia DANSAC