« VIH/SIDA L’épidémie n’est pas finie », une exposition qui résonne avec le Covid 

Visiter « VIH/Sida, l’épidémie n’est pas finie ! » c’est plonger dans une France perdue à cause d’un virus. Un écho étrange à notre « ère Covid-19 » ; deux épidémies aux débuts comparables, deux époques aux comportements sociaux ressemblants.

La première salle de l’exposition temporaire « VIH/Sida. L’épidémie n’est pas finie » du Museum à Marseille. (Crédit photo : Maxime Conchon)

« Faire un rapprochement avec le Covid n’est pas hasardeux mais pertinent » déclare Juliette. Elle est médiatrice au Museum de Marseille qui accueille l’exposition temporaire sur le SIDA, intitulée « VIH/SIDA L’épidémie n’est pas finie ! ». Elle retrace l’histoire de la pandémie en France, de l’apparition du premier patient en 1981 jusqu’à nos jours. Objets et vidéos témoignages sont exposés. La motivation : raviver l’intérêt pour cette épidémie et continuer de lutter ensemble. Jusqu’au 2 mai 2022, chaque visiteur peut s’informer sur l’épidémie du SIDA et indirectement réfléchir sur celle du Covid.

Les années SIDA se reflètent dans nos années Covid

« Tout ce qui a traumatisé les gays pendant plusieurs décennies traumatise désormais la population générale», remarque Didier Lestrade, fondateur d’ActUp-Paris (association de lutte contre le VIH fondée en 1989). « Il parle ici des questions de distanciation, de risques de transmission, d’accès aux traitements et aux vaccins », explique la médiatrice.

D’un côté, les scientifiques tâtonnaient et ne savaient pas où aller. De l’autre, les patients, lapins de laboratoire, voulaient survivre. « Il y avait de l’humain pas comme aujourd’hui » souligne un médecin qui a exercé au début des années SIDA. Il dénonce la façon de montrer les patients atteints du Covid aujourd’hui : à travers des graphiques et des pourcentages.

« Les premiers traitements n’étaient pas remboursés » témoigne un patient des années 90. Le gouvernement sous-estimait l’épidémie. Sur une affiche exposée, on peut lire « SIDA : décrétez l’état d’urgence ». En dessous, le chiffre des morts quotidiens : 10 000. Pour le Covid, 3 767 morts est le nombre record en un jour en France. C’était en avril 2020 quand les Français étaient confinés et protégés. Durant les années SIDA, les malades vivaient dans l’ignorance.

La désinformation, le second ennemi

Affiche du Front national de 1991, visible à l’exposition. (Crédit photo : Maxime Conchon)

Au début de l’épidémie de SIDA, on observe « une contradiction des consignes comme pour le Covid » analyse un médecin de l’époque. ActUp se battait tous les jours contre la désinformation. Les politiciens, notamment d’extrême droite, étaient vecteurs de préjugés et de fausses informations. Une hémophile atteinte du VIH dès les premières années, explique que les médias ne relayaient que peu ou pas d’informations pertinentes. 

« 38 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde en 2021 ». Cette phrase, visible sur un mur de l’exposition, côtoie le nombre de morts du SIDA depuis son apparition : 36,7 millions de personnes. Cette rétrospective veille à ce qu’on n’oublie pas que des gens meurent, toute épidémie confondue. Quoi qu’il en soit, en sortant, le message passe : avec un masque ou un préservatif, pour se protéger et protéger les autres, il faut sortir couvert.

Maxime CONCHON