février 21

En Syrie, les enfants dans le piège de Daech sans espoir de rapatriement

Le 20 janvier, une centaine de djihadistes a pris d’assaut une prison tenue par les Kurdes syriens près de la ville de Hassaké. Le pénitencier abritait 700 mineurs, la question du rapatriement des enfants français se retrouve à nouveau au cœur du débat.

 © UNICEF – Enfants parmi les 27 000 qui survivent dans le camp de Al-Hol, dans le Nord-Est de la Syrie

En mars 2019, l’État Islamique perd la bataille de Baghouz qui marque la fin territoriale de Daech en Syrie. Mais depuis, une question se pose, que faire des djihadistes arrêtés et de leurs familles, entassés dans les prisons et des camps insalubres ? L’attaque de la prison de Al-Sinaa de Hassaké par les djihadistes marque une résurgence de l’État Islamique. Elle s’inscrit dans le cadre de l’opération « Breaking the walls », lancée 10 ans auparavant. Une initiative qui avait pour but de cibler les prisons pour libérer des partisans de la cause et ainsi renforcer leurs rangs et étendre leur propagande.

« Mes amis ont été tués, j’ai très peur »

Les affrontements ont duré une semaine et déplacé 45 000 personnes aux alentours de la prison selon l’ONU. L’UNICEF déplore l’avenir sombre de ces jeunes emprisonnés, dont la plupart n’ont même pas 12 ans. « Mes amis ont été tués, j’ai très peur », témoigne un enfant à l’association Human Rights Watch. 850 enfants étaient pris en otages et servaient de « bouclier humain » selon les Forces Démocratiques Syriennes. L’organisation craint que les enfants, fils de djihadistes, n’aient d’autres choix que de rejoindre de force l’EI en prison. 

Ils sont en détention certes, mais ne sont pas jugés, étant donné le manque de système judiciaire reconnu du côté Kurde. Ces adolescents sont sans espoir de rapatriement, considérés comme trop dangereux par les Occidentaux. Les Kurdes demandent aux États concernés de rapatrier et juger les enfants emprisonnés dans ce centre pénitencier surpeuplé.

« Cette attaque est le résultat de l’incapacité de la communauté internationale à prendre ses responsabilités»

En France, la procédure de rapatriement est rare, voire inexistante. Seulement 36 enfants ont été rapatriés en France. Depuis le 13 janvier 2022, aucun retour n’a été effectué et l’hexagone maintient sa politique de cas par cas. Pourtant en 2019, à la chute du califat, un plan gouvernemental était sur le point d’aboutir. Il prévoyait le retour en France de 170 personnes, dont une majorité d’enfants de djihadistes retenus en Syrie. Il n’a néanmoins jamais vu le jour. La France reste impuissante et inactive face à cette situation. « Cette attaque est le résultat de l’incapacité de la communauté internationale à prendre ses responsabilités » déplore le vice-ministre des Affaires Étrangères Fayçal al-Meqdad. 

L’UNICEF demande « une fois de plus à tous les États membres concernés d’agir de toute urgence et de prendre leurs responsabilités dans l’intérêt supérieur des enfants et de les ramener ». Certaines familles françaises se battent aujourd’hui pour récupérer leurs petits-enfants. C’est le cas d’e Albert, père de Gaëlle partie en Syrie. Elle vit aujourd’hui à Al-Hol avec son fils de 3 ans. Ce grand-père explique dans le documentaire de BrutX Au nom de ma fille, qu’il attend de rencontrer son petit-fils et sa fille. « Ce n’est pas écrit Daech sur son front », elle mérite d’être jugée pour ses actes auprès de l’EI, comme tous ces enfants.

Laura Hue