A Nice, on dit adieu au bâtiment du TNN malgré les désaccords

Associations et élus d’opposition au conseil municipal se sont battus, en vain, pour défendre ce symbole niçois des années 1980, posant la question de la patrimonialisation des constructions récentes.

Crédits photo : Nice-Presse

Le couperet est tombé, une lettre émanant des Bâtiments de France en date du 18 janvier, douchant tous les derniers espoirs de sauvetage confirme la décision de démolir le Théâtre National de Nice (TNN). Ce samedi 22 janvier, une ceinture de barrières de chantier se dresse autour de l’édifice. L’esplanade est presque déserte, seuls quelques visiteurs s’y aventurent pour accéder au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain, le Mamac, qui fait face au théâtre condamné. Paul, étudiant à Nice, confie : « J’ai du mal à comprendre cette décision, même si ce n’est plus quelque chose que l’on construirait aujourd’hui, le bâtiment n’a que 30 ans… ». Il faut dire que les deux bâtiments, avec le Palais des Congrès Acropolis lui aussi voué à la destruction, forment un ensemble architectural, La Promenade des Arts, une forme de cohérence. Une cohérence à laquelle Christian Estrosi, maire de Nice, s’est attaqué, comme il l’avait promis lors de la campagne des Municipales en 2020.

« Greenwashing »

Avec la destruction du TNN et d’Acropolis, la fille de l’architecte des lieux, Martine Bayard, considère que l’ensemble de la promenade conçue par son père sera défigurée, et souhaite protéger « une œuvre, un principe et un site ». Des associations et le petit groupe d’opposition municipale, constitué notamment d’élus écologistes, se sont battus à ses côtés. Ces citoyens et élus, allant d’anciens adjoints PS à la mairie jusqu’au député LR Éric Ciotti, prônaient plutôt un projet de restauration du théâtre, tout en le végétalisant. Quant au projet actuel, prolonger la promenade du Paillon en lieu et place du TNN, la représentante de l’association « La Terre Bleue » est catégorique : « C’est du pur greenwashing, on ne fait pas pousser une forêt sur une dalle en béton ».

Les années 1980, une époque de « mauvaises questions en matière d’urbanisme »

Une bataille en vain donc, puisque après l’aval de Roselyne Bachelot en décembre, les Bâtiments de France n’ont pas non plus sauvé le TNN de la démolition, comme l’espérait l’opposition municipale. Pire pour les défenseurs du site, le rapporteur du dossier, Luc Albouy, a estimé que le TNN est la « victime collatérale d’une époque où les mauvaises questions en matière d’urbanisme étaient nombreuses ». De quoi relancer le débat sur la patrimonialisation des constructions contemporaines, puisque d’autres villes comme Paris, Cannes ou encore Montpellier disposent de bâtiments similaires au TNN datant également des années 1980. Reste à voir si la décision prise aujourd’hui ne sera pas regrettée dans quelques décennies…

Victor COMBALAT