La maison de luxe Valentino célèbre toutes les morphologies

Le directeur artistique de la maison de luxe Valentino, Pierpaolo Piccioli, a marqué les esprits en faisant défiler, mercredi 26 janvier, des mannequins de tout âge et de toutes tailles pour sa collection printemps-été 2022 lors de la fashion week de Paris.

Défilé Valentino « Anatomy of couture », collection printemps-été 2022. (crédit photo : Imaxtree)

Le monde du mannequinat est un univers très codifié, aux mensurations très strictes qui a entraîné de nombreuses accusations concernant la maltraitance des mannequins au niveau de leur bien-être et des conditions de travail. Mais le luxe semble faire un pas en avant pour régler ces problèmes de taille.

“Je veux incarner une idée plus large de la beauté”

La collection du créateur italien Valentino intitulée, Anatomy of couture, a été présentée par des mannequins aux silhouettes variées. Il a déclaré lors d’un post Instagram “Je veux incarner une idée plus large de la beauté”. La maison de luxe a donc proposé un casting qui célèbre tous les âges et toutes les morphologies. Le but est de mettre au centre du processus de création le corps des femmes, mais aussi des hommes.

Cette révolution n’est pas nouvelle dans l’univers de la fast fashion, mais les maisons de hautes coutures ont pris plus de temps pour oser mettre dans la lumière des femmes dîtes “hors normes”. Valentino n’est pas la seule marque à s’être mise dans cette optique de “body positive”, Jean-Paul Gaultier a été le premier à vouloir redéfinir la mode pour que chacun puisse se reconnaître en elle.

La révolution du mannequinat dans le luxe

Depuis la censure en juin 2015 d’une publicité de la maison Yves Saint Laurent qui mettait en avant une égérie aux formes squelettiques, de grands changements se sont accumulés. Quelques mois plus tard éclate le Dior gate (Le Monde)après l’ouverture de son défilé par une mannequin de 14 ans. Là un autre problème émerge avec le débat sur la limite d’âge des mannequins. Après le Balenciaga Gate (Le Monde) en pleine fashion week de 2017, le directeur de casting James Scully poste sur instagram les noms des directeurs de casting et des maisons de luxe qui imposent des conditions de travail inhumaines, dégradantes et soupçonné de discrimination. Les maisons Lanvin, Balenciaga ou encore Hermès, sont accusées publiquement et suscite près de 1500 commentaires de professionnels de la mode. Ce bouleversement entraîne la signature de “La charte des relations de travail et du bien-être des mannequins” six mois après, lancée par LVMH et le groupe de luxe Kering pour réglementer les relations de travail et le bien-être des mannequins. Antoine Arnault, membre du conseil d’administration de LVMH, a affirmé qu’il souhaitait “établir de nouveaux standards dans la mode”.

Le prêt-à-porter pionnier du changement morphologique

Ces changements ont débuté dès les années 60 dans le secteur du prêt-à-porter. L’historien Xavier Chaumette l’explique “plus elles étaient minces, plus elles étaient susceptibles d’enfiler les prototypes des collections qui se multipliaient”. C’est dans les années 70-80 que ces mannequins sont devenues des icônes pour le grand public, standardisant la minceur. Les campagnes de publicité des marques ont contribué à la formation des mentalités et à la standardisation des morphologies. 

Soucieux de convenir à un plus grand nombre de potentielles acheteuses, les géants de la fast fashion cassent néanmoins les codes de différentes manières : la mannequin Ashley Graham et son généreux 46 chez H&M, les photos non retouchées des mannequins du site internet ASOS (As Seen on Screen) ou encore des égéries de tous types de peau chez Gap. Une révolution qui a également déteint dans la haute couture. Le monde du luxe qui commençait à démocratiser les défilés offraient un spectacle composé de femmes squelettiques et blanches. Ils se sont donc trouvés contraints de vivre avec leur temps.

La dérive du “body positive”

En novembre 2022, la mannequin Karoline Bjørnelykke témoigne sur les réseaux sociaux de son expérience face aux pratiques de “rembourrage”, une technique peu connue mais très utilisée depuis des années. Elle était contrainte de porter des prothèses en mousse pour donner l’illusion d’avoir des fesses, des seins ou encore des hanches plus imposantes : «J’ai dû y avoir recours quelques fois pour des marques grandes tailles. Les vêtements que je devais porter étaient trop grands pour moi, et le rembourrage est un moyen de résoudre ce problème». Elle présente dans une vidéo sa combinaison intégrale achetée par son agent à New York, qu’elle doit porter à chaque séance photo : “Les femmes rondes doivent savoir que les mannequins sont souvent retouchées, et qu’elles ne peuvent pas ressembler à ces modèles”. La mannequin dénonce cette idéalisation d’un corps irréaliste, car malgré la volonté de normaliser le “plus size” les marques veulent que le visage et le cou paraissent fins et petits. 

La jeune femme remarque les progrès qui ont été fait, mais souligne que le discours inclusif sur les injonctions au corps normé perçu pour être désirable est toujours présent. “Il y a toujours tellement de grossophobie et de discrimination envers les femmes rondes”. Son témoignage a permis de remettre en question la sincérité des marques sur leur adoption du mouvement body positive.

Jeanne Bienvenu