Le damage des pistes de ski, au cœur de la vie des stations

Tous les hivers, les stations de ski se remplissent d’amateurs de montagne. Pour pouvoir les accueillir le plus longtemps possible et en toute sécurité, les services du damage des pistes fournissent, dans l’ombre, un travail titanesque.

Certains leur préfèrent le nom de « chasse-neige », mais cette appellation maladroite réduit abusivement leur travail… Les dameuses sont ces machines qui permettent de conserver la neige dans les stations le plus longtemps possible. Pesant entre 9 et 17 tonnes et montées sur des moteurs allant jusqu’à 540 chevaux, ces monstres des montagnes permettent aux stations de rester enneigées pendant près de cinq mois (de décembre à avril). C’est ce qu’explique Hubert Poccard, dameur dans la station alpine des Arcs depuis 42 ans et aujourd’hui responsable « Garage/Damage » : « Le damage sert à répartir la neige de culture et à stabiliser le manteau neigeux, mais aussi à limiter l’érosion de la neige due au passage des skieurs ».

Les dameuses sont composées de plusieurs éléments. À l’avant, la lame dessine la piste et casse les bosses. Sous la cabine de pilotage, les chenilles assurent une bonne adhérence à la neige et font un premier tassage. À l’arrière, la fraise à neige broie les blocs et le lisseur étale le tout. Photo : Bastien DUFOUR au Centre Technique des Deux Têtes aux Arcs.

La saison de damage s’étale de fin novembre à début mai

Les équipes de damages sont sur le pont toute la saison de ski, mais aussi avant et après l’ouverture de la station. La saison de travail des dameurs s’étale donc de fin novembre à début mai. Avant l’ouverture des domaines skiables au public, il faut dessiner les pistes et commencer à préparer la neige en la tassant pour former une bonne base sur laquelle va se déposer la neige fraiche (naturelle ou de culture). Après la fermeture du domaine, les dameurs doivent dégager les nombreuses routes, qui, une fois recouvertes de neige servent de pistes dans de nombreuses stations. Par exemple, à Val-Cenis dans les Alpes, la route départementale 1006 en été devient la piste dite de « L’escargot » en hiver, la plus longue piste verte d’Europe (environ 12 km).

Pendant les mois d’ouverture des stations, les dameurs doivent, toutes les nuits, passer sur les pistes pour assurer aux skieurs un meilleur confort de glisse. Aux Arcs, Hubert Poccard explique : « Nous dépendons de la météo, quand il fait beau, nous damons le domaine entre 17h30 et 2h, mais si d’importantes chutes de neige sont annoncées, on passe entre 2h30 et 10h ».

L’été, les dameurs ont un autre métier, notamment dans le BTP, où beaucoup conduisent des engins de chantier. Aux Arcs, sur les quarante-quatre dameurs, quatre travaillent à l’année sur les pistes de la station. Pendant la période estivale, il faut couper et broyer la végétation qui repousse et entretenir les ancrages pour les treuils qui permettent à certaines dameuses de mieux passer sur les pistes les plus pentues.

« Il faut aimer travailler de nuit et seul »

« C’est un métier de passionné », explique Hubert Poccard. Cette passion naît, pour certains, en regardant leurs pères qui déjà étaient dameurs, pour d’autres avec l’amour de la conduite d’engins. Le responsable « Garage/Damage » des Arcs souligne qu’« il faut aimer travailler de nuit et seul, même s’il y a un travail d’équipe global ». Dans leur machine, les dameurs restent reliés entre eux pendant tout leur service via un système de radio pour communiquer d’éventuels problèmes ou signaler leurs points d’ancrage de treuil.

Au-delà du travail solitaire, les dameurs acceptent une part de risque importante, « on est prévenus, évidemment qu’il y a des risques, c’est un travail en extérieur et dans la nature », souligne Hubert Poccard. S’il dit ne pas avoir eu de grosses frayeurs pendant ses années de service, d’autres ont eu moins de chance. En 2019, dans la station de Val-Thorens, une dameuse a été emportée par une coulée de neige avant de faire une chute de 300 mètres, le conducteur s’en est sorti avec plusieurs blessures, mais la vie sauve.

Des machines à plus de 300 000 € pour à peine 8 ans

Au-delà du risque pour les conducteurs, perdre une dameuse représente une perte d’argent considérable pour les stations. Les machines coûtent, selon les modèles, « entre 300 000 € et 500 000 € » explique Hubert Poccard, « elles servent environ 8 000 heures, à raison de 1 000 heures par saison, voire moins longtemps pour celles avec des treuils ». En plus de l’investissement de départ, pour fonctionner, les dameuses consomment du gazole non-routier (un peu moins cher que le gazole classique), qui est consommé au rythme de 17 à 35 litres par heure. Il faut aussi renouveler certains éléments indispensables comme les chenilles ou la lame avant, tous les deux à quatre ans.

Une dameuse en réparation au Centre Technique des Deux Têtes dans la station des Arcs. Photo : Bastien DUFOUR

L’entretien aux Arcs, c’est le travail de la dizaine de mécaniciens qui s’occupent de ces monstres en journée et l’été. Au Centre Technique des Deux Têtes, des dameuses éventrées côtoient des motoneiges et des boites étiquetées « Axes pour les chenilles » ou « Roulement pour la fraise ». C’est dans ce monde à part, que se déroulent les petits contrôles quotidiens des dameuses ou les éventuelles grosses réparations qui empêcheraient la dameuse de ressortir une fois les pistes fermées.

Comme dans toutes les stations, aux Arcs, le travail de ces 57 personnes s’effectue dans la plus grande discrétion, pour que, une fois le matin venu, les amateurs de neige et de montagne puissent profiter d’un domaine agréable et sécurisé.

Bastien DUFOUR