Le handisport peine à intéresser les médias en France

Alors que les Jeux paralympiques de Pékin viennent de commencer, la mauvaise médiatisation des athlètes interroge, malgré plusieurs tentatives pour augmenter leur visibilité

©FFHandisport

Marie-Amélie Le Fur, Stéphane Houdet ou encore Alexis Hanquinquant…ces noms sont ceux de quelques-uns des plus grands champions et championnes paralympiques français, et pourtant le grand public ne les connaît pas ou peu. Ce constat est symptomatique d’une mauvaise médiatisation des sportifs en situation de handicap. Ils sont pourtant 736 à tenter de remporter un titre paralympique à Pékin, depuis le 4 mars.

550 heures de diffusion de plus pour les Jeux olympiques que pour les Jeux paralympiques à Tokyo

En France, les athlètes handisport sont peu visibles dans le paysage médiatique. Ce constat est particulièrement vrai pour les Jeux paralympiques, bien moins mis en avant que les Jeux valides. Lors des dernières olympiades de Tokyo en 2021, le temps d’antenne dédié aux compétitions valides était de 650 heures. Pour les compétitions handisport, il était seulement de 100 heures. 

Ce chiffre est toutefois à relativiser. Même s’il peut paraître révélateur d’un problème de médiatisation évident, il est lié à une autre réalité. Pour des raisons multiples, les Jeux paralympiques de Tokyo comptaient seulement 22 disciplines, contre 33 sports chez les valides. Moins d’épreuves engendrent donc moins d’athlètes, et ainsi moins de médailles potentielles. Cette médiatisation moins importante se justifie donc en partie par la présence moindre d’épreuves.

Aujourd’hui, cette sous-médiatisation pose question. L’idée d’augmenter le temps de diffusion du handisport à la télévision est un souhait exprimé par les athlètes concernés. C’est le cas de Cyril Moré, ancien sportif professionnel en escrime et en ski, multiple médaillé paralympique. Il est actuellement consultant pour France Télévisions. Pour lui, un progrès s’impose : “On a besoin de faire mieux, et à ce titre là on s’engage, comme pour les JO 2024, où ça sera 300 heures de diffusion, donc 3 fois plus qu’à Tokyo. Aujourd’hui, il y a encore un important écart, qui n’a pas forcément de raison d’exister”. Alors que leur temps d’antenne est plus faible, les épreuves paralympiques attirent proportionnellement plus de monde. Avec un temps à l’écran sept fois moins important que pour les valides, les compétitions handisport ont attiré seulement deux fois moins de téléspectateurs. Cyril Moré explique : “Ce que je veux dire, c’est que le public vient, alors même qu’on leur en propose moins. Le public en demande”.

Des améliorations encourageantes, mais insuffisantes

Si la mauvaise médiatisation du handisport est un fait indéniable, le constat n’est pas totalement accablant. Certes, la faible mise en avant induit une reconnaissance moindre, et donc une rémunération moins élevée. Des progrès sont toutefois observés en la matière. Dans les années 2000, les athlètes handicapés gagnaient six fois moins que les valides. La prime attribuée en cas de médaille d’or s’élevait à 40 000 euros pour les athlètes olympiques, contre 6000 euros pour les paralympiques. Aujourd’hui, ces primes ont été réévaluées par la France et il n’existe plus de différence. ”En 1996, l’écart était énorme, mais petit à petit, la prime aux médailles a été ajustée. En 2006, sous l’impulsion de l’escrimeur Jean François Lamour, les primes ont été basées sur le même montant.”, explique Cyril Moré. Tous les athlètes qui remportent une médaille d’or obtiennent donc une prime de 65 000 euros.

Même si des améliorations ont été cherchées pour mettre en lumière ces sportifs, les principaux concernés en espèrent plus. Certaines solutions simples peuvent être envisagées pour faire sortir de l’ombre les athlètes. Pour Cyril Moré, “Il faudrait que les paralympiques aient lieu avant les Jeux olympiques, pour servir de première partie, car il y a toujours une tension médiatique importante avant les Jeux”. Autrement dit, pour que les médias s’intéressent davantage à la compétition handisport, commencer par les Jeux paralympiques serait une première solution. L’idée est de profiter de l’engouement initial autour de l’événement, et d’en faire bénéficier tous les athlètes. Inverser l’ordre des deux compétitions a été proposé dans les réunions d’organisations des Jeux de 2024, mais Cyril Moré confie : “Ça n’est plus d’actualité pour Paris, mais j’espère que ce sera quand même amené à évoluer”.

En revanche, fusionner les événements handisport et valides, comme certains organisateurs le proposent, est une “fausse bonne idée” pour la plupart des sportifs. Cela s’était déjà produit lors des championnats du monde d’escrime en 2006 à Turin. À l’époque, la compétition classique et celle en fauteuil roulant se déroulaient en même temps. Cyril Moré, vainqueur de la médaille d’or en sabre par équipe avec Robert Citerne, se souvient du manque de considération des journalistes sur place, qui ne traitaient quasiment que les épreuves valides : “C’était frustrant, énervant, accablant de voir que les journalistes étaient là, mais qu’ils ne s’intéressaient pas à nous”.

Hormis les Jeux paralympiques, le handisport est quasiment invisible sur les écrans de télévision. Les différentes compétitions existantes ne sont pas retransmises par les chaînes, sauf exception. Malgré une progression, de nombreuses mesures peuvent encore être prises pour arriver à une meilleure représentativité de ces sportifs.

Autour du sport

Killian Chapus, Hannah Delaygue, Brieuc Leturmy-Perrocheau et Valentin Roux