L’audiodescription, le métier méconnu du cinéma.   

Pictogramme de l’audiodescription

Cette discipline pourtant fondamentale à notre société, particulièrement pour les malvoyants, reste cachée et méconnue. Le manque de qualification et de reconnaissance pose des problèmes au sein de la profession. 

Une odeur de café soluble, une scène de film en arrière-plan et une salle de classe strasbourgeoise. Voilà ce à quoi ressemble l’ambiance dans laquelle Benjamin Kling explique les règles de l’audiodescription lors d’un stage sur la discipline. Audiodescripteur depuis 8 ans, il enseigne également la matière à l’ITIRI* à Strasbourg.  

Pour lui, l’audiodescription est une traduction de l’image qui a pour objectif de donner la possibilité à un public déficient visuel de regarder un film. “C’est un métier de contraintes car l’écriture est sous contraintes et de frustration parce qu’il n’est pas possible de tout dire”. C’est un métier utile à la société, qui requiert beaucoup de connaissances cinématographiques et littéraires. Il exige des talents d’écriture et de savoir s’adapter au type de film ; l’audiodescription d’un dessin animé sera faite différemment de celle d’un documentaire. “Dans l’audiodescription, il faut aussi traduire les intentions du réalisateur”, souligne Benjamin Kling. 

Une absence de compétence et de maîtrise du métier  

L’audiodescription est apparue en France en 1989 avec comme premier film audiodécrit Tucker, réalisé par Francis Ford Coppola. Il est présenté au Festival de Cannes la même année, une première pour la discipline. Aujourd’hui, l’enjeu est de répondre à la demande de formation et de qualification. Les programmes audiodécrits sont de plus en plus présents à la télévision. Les chaînes ont des quotas à respecter et doivent proposer un certain nombre de projets. Mais dans les salles de cinéma, la donne est différente. Beaucoup n’ont pas de matériel adapté et ne peuvent donc pas en proposer. Pour Francis Pérez, vice-président de la CFPSAA**, les principaux obstacles qui expliquent cette carence sont le manque d’informations et de connaissance des techniciens. L’audiodescription semble désormais être reconnue comme essentielle mais il y a un réel besoin de personnes qualifiées, et elles se font rares,« Si, quantitativement, on progresse, la qualité n’est pas toujours acquise », observe Francis Perez. Des formations sont proposées, mais souvent les agences de postproduction font appel à des salariés internes habitués au doublage ou à la traduction. Une nouvelle étape doit être franchie pour assurer une production de qualité et faire d’un film audiodécrit une œuvre à part entière. C’est l’ambition du Guide de l’audiodescription, publié en décembre 2020 sous l’égide du CSA*** et élaboré par des auteurs d’audiodescription, des personnes malvoyantes et des associations telles que la CFPSAA.  

Les audiodescripteurs ne bénéficient pas des droits d’auteurs 

L’audiodescripteur est juridiquement reconnu comme auteur mais ne touche pas de droits d’auteurs. Benjamin Kling déclare faire partie de ceux qui souhaitent faire intégrer ces droits, même si c’est un métier qui touche un public plus restreint. 

Les audiodescripteurs Héloïse Chouraki et Laurent Mantel ont pris contact avec la revue Le Bulletin des Auteurs et ont exprimé leur mécontentement face à ce manque de reconnaissance : “nous n’avons toujours pas obtenu d’être intégrés dans une société de gestion qui accepte de gérer nos droits de suite : nous ne touchons rien quand nos textes sont diffusés ». Leur but n’est pas de prendre dans les droits d’auteurs qui sont déjà partagés avec les autres auteurs, mais de créer et investir dans de nouveaux droits, pour que le métier puisse être enfin reconnu.   

Une progression encore insuffisante  

L’audiodescription est obligatoire pour les films depuis 2013 et elle s’est imposée dans le milieu cinématographique. Depuis 2018, le prix Marius récompense la meilleure audiodescription. La création du Guide de l’audiodescription sortie en décembre 2020 donne plus de visibilité, avec un travail de sensibilisation des chaînes et des différents acteurs. En 2008, une nouvelle charte du Snac**** sur l’audiodescription a été écrite. Elle prévoit l’adoption de quotas, qui rendent obligatoire la diffusion de films audiodécrits à la télévision. Des efforts restent encore à faire car pour Héloïse Chouraki, cette charte a provoqué la dégradation des conditions de travail, tant sur le plan des tarifs que des délais. “Le volume a explosé, mais la qualité s’est effondrée.” Pour continuer à faire évoluer les conditions et la reconnaissance du métier, Héloïse Chouraki, Laurent Mantel ainsi que d’autres audiodescripteurs, ont entamé en 2019 l’écriture d’une nouvelle charte. Le but est de faire participer un grand nombre de personnes qualifiées à la rédaction, pour une plus grande cohérence et de trouver un consensus. Elle sera ensuite proposée aux producteurs et aux diffuseurs et peut-être adoptée par le CSA. Mais comme le souligne Héloïse Chouraki, “le CSA ne consacre que peu de moyens à ce travail qui est entièrement bénévole pour nous auteurs.” Le chemin qui reste à parcourir est encore long, tant de la part des audiodescripteurs que des chaînes télévisées et des cinémas.   

*Institut de Traducteurs, d’Interprètes et de Relations Internationales  

**Confédération française pour la promotion sociale des aveugles et amblyopes  

***Conseil supérieur de l’audiovisuel 

**** Syndicat National des Auteurs et Compositeurs  

Roxane Volclair