mars 13

Le Tour de France féminin signe son grand retour

Le 14 octobre dernier, au Palais des Congrès de Paris, a été dévoilé le parcours de la première édition du Tour de France femmes avec Zwift. La course s’élancera depuis la Tour Eiffel au matin de l’arrivée des masculins le 24 juillet. Un parcours de huit étapes reliera Paris à la Super Planche des Belles Filles en passant notamment par le mythique Ballon d’Alsace.

Cela faisait treize ans que le peloton international féminin attendait le retour de son Tour de France, abandonné en 2009. Ces dernières années les discussions ont repris activement pour réinstaurer l’épreuve. Le projet est alors porté par une délégation de coureures emmenée par la double championne olympique Marianne Vos, dans le but d’obtenir une meilleure médiatisation du cyclisme féminin. Pour Marion Clignet quintuple championne du monde sur piste (1994/1996/1999/2000), le retour de cette course va indéniablement promouvoir la discipline : « ça va développer le cyclisme français et motiver les jeunes filles à s’y mettre ». L’occasion aussi de mettre en avant la professionnalisation croissante de ce sport : « Le niveau augmente réellement chez les filles, il y a de la bagarre, c’est de plus en plus intéressant tactiquement » ajoute la pistarde. Avant l’annonce du retour de la Grande Boucle au féminin, le calendrier des courses proposées par la société organisatrice du Tour de France (ASO) se voulait déjà assez étoffé : Liège Bastogne Liège, la Flèche wallonne et plus récemment Paris Roubaix, mais rien qui pourrait faire de l’ombre au prestigieux maillot jaune.

Rendre la course pérenne

Proposer une alternative féminine à cette course constituera un pas de plus vers une meilleure représentativité des femmes dans le cyclisme. Mais pour Christian Prudhomme directeur du Tour de France, le défi majeur résidera avant tout en la recherche d’un équilibre économique, primordial pour rendre la nouvelle formule pérenne : « Cet équilibre n’a jamais existé auparavant, sinon on en serait déjà à la quarantième édition ». De 1974 à 1989 a eu lieu le Tour de France féminin rebaptisé par la suite le Tour de la CEE féminin puis remplacé, faute de moyens, par le Tour cycliste féminin lui aussi rebaptisé par la suite, la Grande Boucle féminine internationale. Un parcours compliqué pour ces épreuves sportives qui ont toujours peiné à se maintenir dans le calendrier des courses.

Mais cette année Christian Prudhomme y croit : « Je suis certain que ça sera un succès d’audience, ça va marcher et les sourires seront au rendez-vous ». A la tête de cette nouvelle épreuve a été désignée Marion Rousse, championne de France 2012 sur route et consultante France TV sport depuis 2017. Elle ajoute à ses nombreuses casquettes celle de directrice adjointe du Tour de la Provence depuis 2019. Une connaissance précise du milieu cycliste, de ses enjeux et de ses acteurs la prédestinait à endosser ce tout récent rôle de directrice du Tour de France Femmes avec Zwift. Pour l’actuel directeur du Tour de France, Marion Rousse coche toutes les cases : « C’est un statut qui va parfaitement à Marion, mon rôle sera de « l’adouber » comme Jean-Marie Leblanc (ancien directeur du Tour) l’a fait avant avec moi ». Très appréciée des téléspectateurs, l’ancienne championne de France s’emploiera à rendre ses lettres de noblesse et sa médiatisation à la course. France Tv sport, chaîne partenaire, dédiera chaque jour deux heures et demie de son antenne au peloton féminin, une porte ouverte à un nouveau public.

L’impatience à tous les niveaux

Le mois de juillet approche et la nouvelle génération de coureures a déjà hâte de se confronter au parcours. Evita Muzic, championne de France 2021 sur route attend impatiemment l’échéance de toute une vie : « on (les cyclistes) a qu’un objectif c’est de faire le Tour et d’y briller, cet été on arrivera en forme pour ça ». Une édition vécue comme une grande première pour la jeune Jurassienne de 22 ans qui salue le « grand pas en avant » pour sa profession. Un parcours qui fait rêver même celles qui ne prendront pas le départ : « Le passage façon Strade Bianche (course cycliste disputée sur des chemins blancs) va vraiment être super sympa » affirme Marion Clignet. A cela s’ajoute deux autres difficultés majeures : le Ballon d’Alsace et la Super Planche des Belles Filles « rien de mieux pour le spectacle ! » se réjouit Salomé, fidèle supportrice du collectif Arkea Pro Cycling Team. La Super Planche des Belles Filles, empruntée elle aussi par les hommes révèlera au grand jour le talent du peloton international féminin, « Les voir passer vingt jours après les hommes c’est une manière de montrer qu’elles aussi sont tout à fait capables » explique Christian Prudhomme. Pour l’ancien journaliste, le regard sur le cyclisme féminin a considérablement changé. Finie l’époque de 1987 où Marc Madiot actuel directeur sportif du collectif Groupama-FDJ déclarait ouvertement à la télévision, trouver « moche » une femme à vélo. Cette année les Françaises auront à cœur de s’illustrer comme l’avait fait Jeannie Longo trois fois de suite en 1987,1988 et 1989 et Marion Clignet, seconde en 1993 derrière la Néerlandaise Leontien Van Moorsel. Une rivalité France/Pays Bas à laquelle s’attendent les fans de vélo : « C’est vrai que les néerlandaises dominent la discipline mais on a aussi de bonnes cartes à jouer » rassure Salomé qui a déjà coché la semaine de course dans son agenda.

En plus de marquer l’Histoire et de prendre part à une intense semaine de compétition, les coureures entendent bien inspirer et donner des idées aux jeunes filles qui assisteront au passage du peloton.

Sadmi Jade