La guerre en Ukraine divise le peuple russe

Vladimir Poutine aura beau clamer qu’il agit pour défendre le peuple russe, cette guerre divise la population. Tous n’ont pas à cœur de récupérer le Donbass et encore moins de voir l’armée russe s’attaquer à des villes ukrainiennes.

Un ruban vert en signe de protestation dans les rues de Saint-Petersbourg avec, en arrière-plan, un slogan « Non à la guerre ».• Crédits : Radio France, 23/03/2022

Un mois que la Russie a attaqué l’Ukraine. Pour une partie de la population, cette attaque est justifiée et elle soutient les décisions du Président Vladimir Poutine. D’autres sont horrifiés de cette agression, rappelant à certains des massacres lors de la réunification de territoires avec la Russie. Maksim, Nikita et Lyudmila sont tous habitants de la Fédération de Russie. M.S, qui souhaite garder l’anonymat, a survécu aux guerres de Tchétchénie et s’est réfugié en France. Ils ont accepté de s’exprimer sur le conflit russo-ukrainien.

Cela fait maintenant plus de vingt ans que Vladimir Poutine est au pouvoir, mais pour M.S son arrivée au gouvernement a un prix : ’’Poutine est venu au pouvoir après avoir saigné son peuple. Aujourd’hui, il manipule les lois et chasse tous ses opposants politiques’’. Les deux guerres de Tchétchénie ont fait 300 000 morts du côté tchétchène. Côté russe, 4 700 militaires ont été tués selon le gouvernement. Pour Lyudmila, 43 ans, qui vit à Sourgout : ’’ c’est un bon président. Il a élevé le prestige du pays sur la scène internationale’’. La Russie est composée de plusieurs républiques ou d’états fédéraux. La manière dont l’état a intégré la Fédération de Russie peut expliquer cette différence de point de vue. Certains pays ont rejoint la Russie suite à des guerres civiles. Chaque état a sa propre culture et identité. Certains s’identifient plus ou moins à l’histoire et à la culture russe décrite par le président Vladimir Poutine.

‘’Ce sont nos frères et sœurs qui vivaient à côté’’

Quand vient la question de l’invasion de l’armée russe des territoires ukrainiens, l’horreur comme le patriotisme sont exprimés.’’C’est dur… C’est dur de se rendre compte qu’un pays-frère est torturé comme ça. Je suis contre la guerre. Ce sont nos frères et sœurs qui vivaient à côté de nous qui meurent là-bas’’ explique Maksim étudiant de 20 ans vivant à Omsk. Pour Lyudmila, il ne s’agit pas d’une attaque ’’La Russie défend les républiques de la RPD (république populaire de Donetsk) et de la RPL (république populaire de Luhansk), ainsi que son peuple et ses frontières’’. Pour M.S, ce conflit réanime de vifs souvenirs qui lui sont difficiles à supporter. Les bombardements, les tirs des fusils, la destruction des maisons et des familles… Quand il voit les images à la télévision, il ne peut supporter que d’autres subissent le même sort que son peuple en Tchétchénie.

Certains sont persuadés que l’armée russe est assez puissante pour battre rapidement l’armée ukrainienne et que la Russie sortira vainqueur de ce conflit. Mais cela fait plus d’un mois que l’Ukraine résiste. ’’Je ne veux pas de notre victoire. Pas une seule excuse ne justifie cet acte ignoble’’ explique Nikita. Cette guerre semble injuste pour une partie de la Russie. Mais pour le peuple russe, il est difficile de protester. La menace de l’ostracisme et du camp de travail décourage un bon nombre d’entre eux d’agir. Attacher des rubans verts et des pancartes blanches dans les rues de Moscou pour soutenir la paix reste une manière discrète de protester contre la guerre.

Mathilde Giannini Beillon