Présidentielle : tout ça pour ça ?

A seulement quelques jours du premier tour de l’élection, électeurs comme militants semblent s’en désintéresser face à l’importance de l’actualité internationale.

Illustration / Crédit photo AFP

Deux visites de ministres en deux jours à Nice. Comme un air de présidentielle le 24 mars dernier, à deux semaines du scrutin majeur de la Ve République. Pourtant, le déplacement des ministres qui représentent le candidat Macron, n’a pas attiré les foules, alors que ce dernier est crédité d’environ 28% d’intentions de vote dans les sondages. Un désintérêt lié à l’absence du candidat, mais aussi suite au faible traitement médiatique de l’élection depuis le 24 février, jour qui a fait basculer l’Europe dans la guerre.

Dans les médias, l’élection auparavant omniprésente est renvoyée en fin d’édition

Fait inédit lors d’une campagne électorale nationale : l’actualité internationale, de par sa gravité sans précédent, réduit la couverture médiatique de l’élection. Ainsi, depuis le 15 février, France 2 a stoppé « 20h22 », long format hebdomadaire dédié à l’interview d’un ou d’une candidat(e), la matinale de BFMTV reçoit plus d’experts internationaux que de politiques, et le sujet dans les JT est renvoyé en fin d’édition, juste avant les sujets magazines. Alors, sans les médias, difficile pour les prétendants à l’Elysée, d’imposer leur projet et leur vision de la société. Cette absence de médiatisation est le principal obstacle auquel les candidats se sont confrontés, notamment lors du Salon de l’agriculture, pourtant traditionnel espace d’expression des politiques lors des campagnes électorales. Et les sondages montrent cette difficulté à se faire entendre.

Sondages, le retour à la case départ

En septembre dernier, tous l’assuraient avec certitude. Le second tour de l’élection suprême se jouerait entre Emmanuel Macron, le sortant, et Marine Le Pen, candidate déchue en 2017. Soit un vrai « remake », comme on dit dans le monde de la culture, de l’épisode d’il y a cinq ans. Il faut dire qu’à ce moment-là, impossible d’imaginer autre scénario : la gauche est éclatée entre divers partis, la droite tarde à se trouver un leader, et aucun écologiste n’émerge naturellement, malgré leurs récents succès électoraux.

Puis, Éric Zemmour est arrivé, il a divisé l’électorat de la candidate d’extrême droite, LR est sorti renforcé de son congrès, affichant l’union derrière Valérie Pécresse, et Jean-Luc Mélenchon s’est imposé comme le seul capable, à gauche, d’atteindre le 2nd tour. Seulement voilà, personne n’avait prévu l’invasion russe en Ukraine, redistribuant toutes les cartes, et renforçant de nouveau le sortant, qui n’en avait pas réellement besoin, et Marine Le Pen s’est distinguée en ne critiquant que peu la politique internationale menée par E. Macron. C’est donc un retour en arrière dans les sondages : alors qu’on imaginait un potentiel second tour avec V. Pécresse, E. Zemmour, ou J.-L. Mélenchon, la candidate du RN semble, à quelques jours de l’échéance, la mieux placée. Reste à savoir l’ampleur finale de l’impact de la guerre en Ukraine sur le scrutin, notamment par l’abstention. Rendez-vous le 10 avril, au soir.

Victor COMBALAT