Conflit russo-ukrainien : L’inquiétude grandissante des Russes expatriés

Natella, étudiante russe en journalisme, séjourne en France depuis le mois de janvier dans le cadre d’un échange universitaire. Elle a accepté d’exprimer son ressenti face à la guerre russo-ukrainienne.

Contrairement aux apparences, la vie des Russes en France n’est pas aussi simple qu’il y parait. La jeune femme de vingt ans raconte les injustices qu’elle subit en France, et ses craintes de représailles des autorités russes. Son programme d’échange se termine en avril et les difficultés pour retourner dans son pays sont nombreuses.

« En Russie nous ne pouvons pas parler du conflit en tant que guerre »

Depuis le 24 février dernier, Natella vit dans la peur. Elle s’inquiète de ce qui pourrait arriver à sa famille restée en Russie. Le simple fait de parler d’une « guerre » est un risque important. Nombreux sont ceux qui cherchent en vain à quitter le pays : « En Russie nous ne pouvons pas parler du conflit en tant que guerre, le président Poutine parle « d’opération spéciale ». Je suis très inquiète pour mon frère et mon père qui sont contraints de vivre là-bas ». Beaucoup de pays de l’Union européenne ont bloqué les vols directs vers la Russie. En plus de prendre énormément de temps, ce trajet a un coût non négligeable : « Je vais devoir aller de Nice à Amsterdam, d’Amsterdam à Istanbul. Depuis Istanbul on atteint facilement la Russie. J’ai 24 heures de trajet et je dois dépenser beaucoup d’argent ». Quand elle aura réussi à rejoindre sa famille, Natella compte fuir le pays avec eux bien que la tâche ne soit pas aisée. Dans les aéroports russes les contrôles sont de plus en plus fréquents et les conséquences d’autant plus terribles : « La police arrête les gens et vérifie leur téléphone à la recherche de tout ce qui peut s’opposer à Poutine. Même une blague entre amis pourrait me mettre en prison ».

Des répercussions financières

En France, tous les comptes bancaires russes ont été bloqués. Nul ne peut recevoir d’argent ou en envoyer, ce qui engendre des situations préoccupantes pour certains comme Natella. Les étudiants en particulier souffrent beaucoup de la situation : « J’ai quelques problèmes financiers. Mes parents ne peuvent plus m’envoyer d’argent et même si j’arrive à en gagner grâce à internet, je ne peux pas le retirer. » Bien que la situation soit compliquée, la famille de la jeune femme avait anticipé les répercussions du conflit : « Tout le monde pouvait prévoir ce qui allait arriver. Donc mon père m’a envoyé beaucoup d’argent pour payer ma scolarité. » Pour réussir à toucher un peu d’argent malgré tout, certains étudiants russes entament des petits travaux non déclarés : « Mais maintenant je travaille comme baby-sitter, cela me permet de vivre à peu près convenablement. »

Hannah Delaygue