avril 13

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Romain Molina : « Je ne peux pas fermer les yeux sur ce qu’il se passe dans le monde du sport »

L’Iserois de 30 ans expatrié en Andalousie a secoué la twittosphère à deux reprises avec ses « spaces » (podcasts diffusés en direct sur Twitter), dévoilant le résultat de nombre de ses enquêtes. Depuis 8 ans, il révèle des scandales dans le monde du foot, via sa chaîne YouTube ou dans New York Times. Cette année, il s’apprêterait à lever le voile sur un « scandale d’état », une affaire tentaculaire visant la Fédération Française de Football. Romain Molina nous a expliqué sa méthode de travail, et l’ampleur du scandale que traverse la planète foot.

Romain Molina expose souvent le résultat de ses recherches dans ses vidéos YouTube. Mais ne vous fiez pas au t-shirt Sonic, il enquête bel et bien sur les pires ignominies du monde du foot. (Capture YT)

« Si les gens n’en savaient que 2%, ils arrêteraient d’aller au stade ». Dès le début de notre entretien télephonique, il se montre catégorique. « YouTubeur, écrivain, journaliste indépendant, je fais pas trop attention à mon statut car mon travail englobe beaucoup de choses. » Si le statut du journaliste reste flou, c’est sûrement à cause de son parcours peu commun : « Je n’ai pas fait d’études, j’ai qu’un bac L mention bien ! dit-il J’ai fait les marchés de fruits et légumes avec ma famille, je me suis fait tout seul. Je ne suis pas un bon exemple ! » Si aujourd’hui il peut se vanter de plusieurs piges dans les très réputés New York Times et The Guardian, il utilise plutôt les vidéos YouTube et les « Spaces » Twitter (podcasts en direct) pour divulguer le résultat de ses enquêtes. Sur ces deux réseaux, une communauté large de 500 000 abonnés, et quelques « haters » le suivent.

Pourtant, Romain Molina ne pense pas que l’utilisation de YouTube nuise a la crédibilité de son travail « Aujourd’hui, suite au résultat de mes enquêtes, beaucoup de gens qui étaient dans le milieu depuis des décennies ont été suspendus à vie du monde du foot, ou condamné par la justice civile pour participation à des réseaux pédocriminels. dit-il vu le service juridique du Times et du Guardian, je n’aurais pas pu écrire pour eux si j’avais été un guignol » insiste-t-il. De fait, en 2020, il publie son enquête sur le football haïtien dans The Guardian et la FIFA exclut le président de la Fédération haïtienne quelques mois plus tard. Mais l’isérois a poursuivi son chemin, du PSG au Gabon, sans oublier les matchs truqués.

Le tout, il le fait en faisant fonctionner un réseau devenu tentaculaire pour plusieurs raisons « Déjà, il y a beaucoup d’humanité dans mes relations avec mes sources, ça devient des amis, je prends des nouvelles régulièrement, c’est presque un suivi psychologique. Hier, j’ai passé 2h au téléphone avec une arbitre haïtienne, pas parce que j’avais besoin d’infos mais parce qu’elle avait besoin d’aide, c’est pour ça que je ne les appelle pas ‘sources’, ça va plus loin que ça » une méthode efficace, qui fait qu’aujourd’hui Romain Molina est profondément intégré dans le football mondial. À tel point que « Maintenant, ce sont même les gens qui viennent à moi pour traiter telle ou telle affaire. De manière générale, on vient car on sait que je suis ‘safe’, personne ne sait qui me parle, et en plus, on voit les résultats en justice. Un contact en amène souvent plusieurs autres et aujourd’hui, je sais à quelle porte toquer pour n’importe quelle affaire, de Cuba aux Barbades en passant par n’importe quelle équipe française. »

La corruption, dans les clubs et les médias

Les équipes françaises, il en vise une en particulier ces derniers temps, le PSG. Sur sa chaîne, 2 vidéos en 2 mois où il décrit une gestion qui serai catastrophique de Nasser al-Khelaïfi et Leonardo « Je connais beaucoup de gens qui travaillent au club, car ils veulent tous faire tomber le système Nasser. Ce club, ils l’aiment, mais ils sont tellement agacés qu’ils ont fêté l’élimination en Ligue des Champions, parlant de ‘karma’ (…) des féminines aux jeunes en passant par l’équipe 1 rien ne va, ce club il rend fou ». Molina n’épargne pas pour autant les autres clubs français « Il y a tellement de clubs qui sont mal gérés, c’est partout pareil. Le foot subit cela à tous les niveaux, même en National. »

Sa véhémence lui vaut forcément des menaces « Je reçois souvent des pressions, par exemple Gerard Lopez (DG des Girondins de Bordeaux) me réclame 50 000€ pour des choses que je n’ai même pas dites. » Mais pour Molina, ‘même pas peur’ : « C’est très con, mais j’ai reçu des appels des mecs de Nasser, car je connais la vie privée de ces gens-là. Et ça la fout mal de faire le mec droit, pieux, super-famille quand tu entretiens je ne sais combien de relations… ».

Les dirigeants des clubs ne seraient pas les seuls à se battre contre Romain Molina : « J’ai été victime de plus de chantage de la part du milieu journalistique que des mafieux du foot, ce qui devrait nous faire réfléchir sur comment fonctionnent les médias du foot, où la corruption est immense. On essaie de me faire passer pour un malade, me décrédibiliser. » Une mentalité, que le journaliste trouve insupportable, surtout quand elle dépasse des causes aussi importantes : « Pour l’ancien ministre des sport haïtiens, un des plus grands pédophiles de l’histoire, j’ai voulu sortir l’info en France, mais personne n’a voulu me la prendre. C’est désespérant. » Malgré cela, il explique ne pas vouloir tomber dans la « victimisation permanente (…) J’ai déjà refusé d’aller sur le plateau de TPMP et Quotidien, pour ne pas passer pour une bête de foire. »

L’ingérence politique et l’omerta internationale

Le journaliste explique qu’il ira sur ces plateaux quand il sortira sa grosse enquête sur la Fédération Française de Football. « J’espère un fort retentissement. Il faut que les médias relayent ça. » Selon lui, c’est un dossier qui dépasserait largement le sport : « Si on ouvre la boite de Pandore qu’est ce dossier, c’est parti pour un scandale d’Etat, des choses ont été couvertes, il faut se demander pourquoi quand on voit que cette personne est encore au gouvernement (…) » Il dénonce ici un lien qui serait très fort entre la politique et le sport en France : « voir Emmanuel Macron s’ingérer pour garder Mbappe au PSG, est-ce normal ? Il devrait plutôt demander à Jean Yves le Drian toutes les saloperies qu’il a couvertes ! »

Emmanuel Macron, Noël le Graet et Kyllian Mbappe (SoFOOT)

Romain Molina dénonce l’omerta qui règne dans les fédérations et les sélections nationales. En cause, deux sujets majeurs : la pédophilie et la corruption. « Dans des centres FIFA, il y a eu des avortements forcés sur des gamines de 15 ans, un gamin qui s’est suicidé après avoir été abusé en 2008, comment est-ce possible qu’aucun bureau d’avocats n’ait attaqué la FIFA en justice ? (…) Un membre haut placé de la FIFA a même sciemment protégé un pédophile. Je le répète, sciemment. » Ces faits criminels se dérouleraient à l’aune d’une politique hypocrite « La FIFA veut se montrer inclusive en développant le football féminin, mais envoie en fait des milliers de filles à l’abattoir. Fatma Samoura (Secrétaire Générale de la FIFA), elle touche 1 million par mois, ce n’est pas son problème. »

Un problème sans issue selon lui « Le seul moyen pour que tout s’arrête, c’est que des gros joueurs parlent mais la soupe est trop bonne. Y’a pas une joueuse qui a parlé des petites d’Haïti ! Même Rapinoe, qui parle des inégalités, le tiers-monde elle n’en a rien à foutre, les activistes ne bougent pas le petit doigt ! Sans parler des fédés, des clubs ! » Avant de conclure, non sans amertume, « Combien de fédés sont impliquées ? Ça irait plus vite de dire quelles fédés ne le sont pas. »

Lucas Métairie