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L’industrie du cinéma russe sort la tête de l’eau grâce aux sites de piratage

En réaction à l’invasion de l’armée russe en Ukraine, les studios hollywoodiens avaient annoncé, début mars, l’annulation de la sortie de leurs films en Russie. Alors qu’une telle sanction aurait dû couler l’industrie du cinéma russe, le grand écran continue d’éclairer les salles grâce au piratage. 

Pour survivre aux restrictions imposées par les studios hollywoodiens, certains cinémas russes ont diffusé des films piratés.Crédits : (Mr. Music)

Le piratage au secours de l’industrie du cinéma russe, quelle ironie ! Devant l’invasion russe en Ukraine, certains studios hollywoodiens ont décidé, début mars, d’annuler la sortie de leurs films dans les cinémas russes. Contraints par Hollywood, certains ont choisi de poursuivre la diffusion de ces films à succès via des moyens illicites. Les sites de piratages font le bonheur de certains propriétaires de salles. Du moins pour l’instant.

D’après l’Association russe des patrons de salles, qui représente de 700 établissements en Russie, 80% des cinémas sont menacés de fermeture à cause de cette sanction. « Nous sommes préoccupés par la forte probabilité de liquidation de l’ensemble de l’industrie cinématographique dans le pays dans le contexte de l’introduction de sanctions à grande échelle et sans précédent. Malheureusement, la quantité et la qualité des films russes proposés au public ne répondent pas à la forte demande de contenu des salles de cinéma », a déploré l’association dans un communiqué.

Des sites pirates pour remplacer les distributeurs hollywoodiens

The Batman (DC Films) et Don’t Look Up (Netflix) ont tous les deux été diffusés clandestinement dans des cinémas à Moscou.

Parmi les cinémas menacés de mettre la clé sous la porte, certains ont parié sur les sites de streaming pour remplacer les distributeurs américains. D’après Torrent Freak, un blog d’information, des diffusions de films piratés ont eu lieu dans certains cinémas. Cela a été le cas le 21 avril au centre d’art contemporain de Moscou, où The Batman a été projeté illégalement. Des copies de films ont été téléchargées par certains cinémas sur des sites pirates. Certains s’en sont même vantés. Les films piratés bénéficient d’un doublage en russe et d’une qualité acceptable. 

Torrent Freak révèle que d’autres films sont concernés. Don’t Look Up, un film Netflix, a aussi été projeté lors de séances clandestines. Netflix avait imité les géants hollywoodiens en suspendant les comptes de ses abonnés en Russie. Don’t Look Up venait de sortir et était donc inaccessible pour les Russes. 

Un recours au piratage dû à une inaction de l’Etat

L’Association russe des patrons de salles condamne fermement cette pratique illégale. “Nous condamnons la pratique de projection illégale de films dans les cinémas russes et appelons toute la communauté cinématographique professionnelle à empêcher de telles pratiques”, déclare-t-elle. L’association nuance que cette tendance au piratage est la conséquence d’une inaction de l’Etat russe devant la crise financière du septième art russe. 

Le ministère de la culture russe avait promis de doubler son soutien financier à la production de films et d’alléger la charge fiscale ainsi que le coût de location des salles. Depuis le début de l’invasion, la compagnie russe Mosfilm-Master, a vu le nombre de ses entrées baisser de 70% dans ses 35 salles, selon FranceInfo. 

Si la sanction pénalise à l’industrie cinématographique russe, son impact est négligeable sur l’industrie américaine. Selon la Motion Picture Association, la Russie se classait seulement en neuvième place des marchés internationaux les plus lucratifs pour le cinéma américain en 2021. La Russie a rapporté environ 900 millions de dollars par an (hors pandémie). La Chine, quant à elle première de ce classement octroie 9 milliards de dollars au cinéma américain. Il y a fort à parier qu’Hollywood ne devrait pas lever sa sanction tant que la situation en Ukraine ne se sera pas améliorée. 

Le Septième Eco

Rémi Capra-Brocard