No show, ces « lapins » que les restaurateurs ne digèrent plus dans les Alpes-Maritimes

Réserver une table et ne jamais se présenter au restaurant a désormais un nom : le « no show ». Les restaurateurs maralpins alertent sur ce phénomène qui prend de l’ampleur et des lourdes conséquences sur leur activité.

Des tables vides, des aliments jetés à la poubelle et une partie du chiffre d’affaires qui part en fumée. Pour lutter contre le « no show », les restaurateurs font entendre leur voix. Crédit : Valentine Brevet

 

Des tables réservées qui restent désespérément vides. Olivier Daniel, gérant du restaurant Babel Babel à Nice, est confronté à cette situation tous les jours. « Jeudi dernier, dix personnes ne sont pas venues, vendredi quatorze et samedi douze », soupire-t-il. Nous perdons du temps et de l’énergie. »

 

« Une réservation pour deux, quatre, huit ou vingt qui n’est pas honorée, et c’est tout un resto qui paie… »

Non seulement ces personnes n’honorent pas leur réservation, mais surtout elles ne préviennent pas. « Aujourd’hui nous faisons face à une réelle augmentation de ce phénomène à tel point qu’on a pu lui donner un nom… c’est dire », constate le restaurateur. Dans le jargon de l’hôtellerie-restauration, on appelle ça le « no show », comprenez la non-présentation.

Une pratique qui inquiète et qui fragilise le secteur : « Imaginez, vous avez trente places assises et deux réservations de table de quatre personnes qui ne se présentent pas. Vous faites vingt-deux couverts au lieu de trente, ce qui représente une perte de trente pourcents du chiffre d’affaires. »

Olivier Daniel, mais aussi d’autres maralpins comme Mauro Colagreco du Mirazur à Menton ou les gérants de Jeanne à Antibes, figurent parmi la liste des membres du mouvement « No more no show ». Il a été lancé le 28 juin dernier par une tribune qui dénonce ce « fléau ». Pas moins d’une centaine de restaurateurs français l’ont signé. Des produits frais gâchés, la cuisine perturbée, le service parasité, l’organisation ébranlée et le chiffre d’affaires impacté… « Un no show, une réservation pour deux, quatre, huit ou vingt qui n’est pas honorée, et c’est tout un resto qui paie », signalent-ils.

 

L’empreinte bancaire, dernière « arme »

Au restaurant la Tonnelle, sur l’île de Lérins, « pour tous les retards au-dessus de 15 minutes, votre table sera automatiquement annulée », peut-on lire sur le site internet. C’est une des mesures mises en place pour faire face à ce phénomène qui met en péril les établissements. À Babel Babel, un numéro de téléphone est demandé au moment de la réservation, mais cela ne suffit pas toujours. « Ce qui nous marque, c’est que lorsqu’on essaye d’appeler les personnes, elles ne répondent pas ou simulent une mauvaise connexion », sourit le gérant.

La dernière « arme » en date des restaurateurs, c’est l’empreinte bancaire. Une méthode de dissuasion plus qu’une punition pour les clients. À Nice, certains l’ont déjà adopté, comme le restaurant Flaveur. Pour réserver, il vous sera demandé une caution de deux cent cinquante euros qui vous sera débitée uniquement si vous ne vous présentez pas. À l’avenir, ce système pourrait bien se généraliser. « Pour certaines personnes, une réservation n’a plus trop de valeur. La société change, les comportements changent, et je pense que nous mettrons ce procédé en place dans les six mois à venir », fait savoir Olivier Daniel.

 

Valentine Brevet