Vouloir ne rime pas toujours avec pouvoir

Connu pour son engagement écologique de longue date, Charles III, a été nommé à la mort de sa mère Elisabeth II, roi d’Angleterre. Surtout symbolique, le nouveau titre de celui qu’on surnommait le « prince des patates », pourrait limiter son influence dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Le roi Charles III apparaissant à l’arrière de son Aston Martin fonctionnant en majorité au bioéthanol. Une des représentations de son engagement écologique. (Crédits : STEFAN ROUSSEAU / POOL / AFP)

Et si la royauté n’était pas toujours signe de pouvoir et d’influence ? Le cas de Charles III, fils de feu Elisabeth II, devenu roi d’Angleterre le jeudi 8 septembre, pose la question. Engagé pour la préservation de l’environnement depuis les années 70, le nouveau monarque anglais pourrait éprouver des difficultés à poursuivre son combat tout en siégeant sur le trône.

Le président de l’ONG internationale WWF depuis 2011, vouée à la protection de l’environnement et au développement durable, doit désormais s’acquitter de devoirs n’allant pas de pair avec ses engagements. Bien connu et respecté par sa mère, la défunte reine, le devoir de réserve exige de la famille royale et surtout du monarque, une neutralité politique. Charles III pourrait donc être contraint de refreiner son militantisme pendant son règne. La presse britannique a par ailleurs constaté qu’aucun mot n’avait été accordé à l’environnement, lors de son premier discours public. Un simple détail ou un présage ?

L’écologie ne sera pas la priorité du nouveau gouvernement

Outre le devoir de réserve, Charles III devra s’accorder avec le nouveau gouvernement anglais. En tant que souverain d’Angleterre, il ne bénéficie d’aucun pouvoir politique direct. Il sera amené à travailler étroitement avec le gouvernement. Charles Windsor s’entretiendra chaque semaine avec la nouvelle première ministre britannique, Liz Truss, nommé par sa mère deux jours avant sa mort. La conservatrice perçue par l’opinion publique comme une « nouvelle Margaret Thatcher » ne place pas l’écologie dans ses priorités. Elle avait notamment annoncé pendant sa campagne, vouloir « réexaminer » l’objectif de neutralité carbone pour 2050, afin de préserver les entreprises et les consommateurs. Elue pour redresser le pays économiquement, les convictions de l’ancien prince pourraient se transformer en futiles velléités.

« Il est éclipsé par la reine »

L’impopularité du nouveau roi limite également également son pouvoir d’influence. Longtemps moqué pour ses engagements, l’ancien prince de Galles a mis du temps avant d’être considéré comme un précurseur en matière d’écologie. « L’homme qui parlait aux fleurs » ne bénéficie pas de la ferveur populaire rendue à sa mère. Carolyn Harris, historienne canadienne spécialiste des monarchies européennes, explique notamment ce phénomène par la douleur toujours vive des Britanniques à cause de la mort de Lady Diana et de sa relation tumultueuse avec Charles. « Il est éclipsé par la reine, et pendant son mariage avec Diana, elle était la moitié la plus célèbre du couple », explique-t-elle à nos confrères de NBC News. « Maintenant, nous le voyons dans le contexte de sa relation avec ses fils et petits-enfants ». La popularité déjà moindre du roi ne tiendrait donc qu’à sa place dans la hiérarchie royale.

Si Charles III ne pouvait être en capacité, par son accession au trône, de mettre en œuvre ses engagements, d’autres pourraient reprendre son flambeau durant son règne. C’est le cas de ses deux fils William et Harry tous deux investis de la cause écologique grâce à leur père. L’héritier au trône, William, est déjà très actif. Lors de la Cop 26 à Glasgow, il s’était adressé aux dirigeants du monde lors d’un discours dénonçant leur inaction. Moins entravé que son père par la tradition, William pourrait donc être, par deux fois, le digne héritier de son père.

Rémi Capra-Brocard