septembre 23

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L’arrivée d’une Convention citoyenne relance le débat sur l’euthanasie

Bien décidé à effacer l’échec cuisant de la Convention citoyenne pour le climat, le président de la République Emmanuel Macron lance dès octobre une nouvelle Convention citoyenne sur l’euthanasie, composée de 100 à 150 français tirés au sort, encadré par le Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Une femme lors d’une manifestation pour l’euthanasie, à Pau, le 11 juin 2014. Crédit : Nicolas TUCAT / AFP

Alors que Jean-Luc Godard vient d’avoir recours à l’euthanasie en Suisse, la société française
est à nouveau divisée sur la question, notamment chez les intellectuels. Michel Houellebecq
est une des figures d’opposition à l’euthanasie. « Lorsqu’une civilisation en vient à légaliser
l’euthanasie, elle perd à mes yeux tout droit au respect »
, rapporte-t-il dans le Figaro.
L’écrivain voit dans cette aide à mourir, une absence de dignité. Chez les pourfendeurs de
l’euthanasie, une guerre sémantique se livre. Entre « suicide assisté » ou « mort indigne », la
querelle linguistique révèle une vision de la société bien différente. « Personne n’a envie de
mourir »
explique l’essayiste français. Avec l’évolution des médicaments et la découverte de
la morphine notamment, la mort médicalement assistée ne serait pas un moyen valable et
digne selon l’écrivain.

L’affaire Vincent Lambert, « on le comparait à un légume »


Chez les défenseurs de l’euthanasie, l’histoire de Vincent Lambert, décédé en 2019 après huit
jours et demi d’agonie suite à l’arrêt total de ses traitements, est encore dans les mémoires.
Victime d’un accident de la route, il subit un syndrôme d’éveil non-répondant qui le plonge
dans un état dit “végétatif chronique” qui le rend totalement apathique. Chez les partisans de
l’euthanasie à l’instar de Nicolas, c’est une mesure essentielle pour éviter de mourir dans
d’atroces souffrance. « Je me rappelle de l’affaire Lambert, on le comparait à un légume. Il
méritait de mourir dignement mais la société en a décidé autrement. Il a souffert le martyr »
.

Une législation bancale


Après le cas de Vincent Lambert, la loi Leonneti, originellement mise en place pour éviter
l’euthanasie et de privilégier des soins palliatifs ne fait plus l’unanimité. Votée en 2004, la
proposition de loi avait recueilli un succès rare à l’Assemblée, avec 548 députés sur les 551
présents en faveur de ce changement. Désormais, la loi semble désuète. À la vue de ces
récentes interrogations morales, Emmanuel Macron soulève la question de la fin de vie en invitant les citoyens à construire une proposition de loi pour d’éventuels changements d’ici fin 2023.

Cette fois-ci, Emmanuel Macron ne compte pas sur un échec similaire à la Convention
citoyenne pour le climat de 2019. Les parlementaires ainsi que les soignants
auront une place en première ligne en cas de légalisation de l’euthanasie. Des profils qualifiés
qui pourront assurer une loi fiable, encadrant rigoureusement la pratique de cette aide à la
mort médicalement assistée et éviter de potentielles dérives.

Noah Bergot-Colin