Maraîchage bio et traditionnel : les néo-paysans réinventent leur métier

À l’institut Moreau-Daverne, une école de maraîchage traditionnel à Cannes, les élèves en reconversion écologique, optimisent biologiquement l’espace laissé par les villes 

Institut Moreau-Daverne, école de maraîchage à Cannes fondée par Christian Carnavalet – Antoine désherbe sa rangée de fenouils – 26/01/2023 ( Crédit photo : Nina Osmond )

« Mon but c’est d’expliquer, de populariser à nouveau les méthodes de production agricoles traditionnelles pour répondre à tous ces jeunes en reconversion qui ont remis en question leurs métiers ». Christian Carnavalet, meilleur ouvrier de France en art des jardins à la retraite et président de la coopérative Les petites fermes d’azur, présente avec entrain les ambitions de l’institut MoreauDaverne, une école de maraîchage biologique qu’il a créé en septembre 2021. Ses huit élèves sont mis en situation professionnelle de production agricole. Pendant un ans, les mains dans la terre, ils apprennent à optimiser la productivité sur une petite parcelle en autonomie et à utiliser des techniques biologiques oubliées.

École de maraîchage à Cannes – 26/01/2023 ( Crédit photo : Eulalie Mérel )

Maraîchage biologique et french method

Christian Carnavalet transmet la french method, qui consiste à rentabiliser une production agricole sur une petite surface à moindre coût. « Il y a des roulements constants et on suit des calendriers de culture, qui nous obligent à faire des semis chaque semaine avec un nombre précis de graines sur la même planche. Ça nous permet de remplir 95% d’une surface de 1 000 m². Pour obtenir la même production avec un tracteur qui met les plantes de manière standard, il faudrait un hectare » explique l’enseignant. 

Le maraîchage sur petite surface publié en 2020 par Christian Carnavalet 

Le maraîchage traditionnel sur sol vivant, pratiqué à l’institut Moreau-Daverne, vise à reconstituer le cycle naturel de fertilité des sols. Pour favoriser la biodiversité, aucun élève n’utilise de pesticides. « La chimie, il faut la stopper, on peut avoir de meilleurs rendements sans détruire le vivant » affirme Christian Carnavalet. Selon lui, la solution est l’apport organique.   

Des élèves avec une conscience écologique  

« Je voulais faire quelque chose de plus raccord avec mes idées. On a un modèle agricole aujourd’hui qui dépend énormément des pesticides destructeurs pour le vivant, d’énormes machines et de surfaces gigantesques qui petit à petit meurent, ce n’est pas viable sur la durée. Alors que favoriser une culture qui respecte la terre, la biodiversité et le circuit court c’est bien mieux écologiquement », explique Virgile, ancien monteur audiovisuel, arrivé en mars 2022 à l’institut Moreau-Daverne. Les élèves de 28 à 42 ans ont entamé leur reconversion, poussés intellectuellement par les enjeux environnementaux. Pour Magalie, ancienne technicienne de laboratoire qui traitait les animaux par antibiotiques, le maraîchage biologique s’inscrit dans une quête de sens. Fabien explique son choix, intimement lié à sa conscience écologique : « Dans une société où tout est mécanisé et intensif, je cherche à me recentrer vers le naturel. »  

Un maraîchage politique ?  

Pour Virgile, « faire de la culture traditionnelle est une forme d’engagement citoyen, parce que je suis un citoyen normal et je me suis dit : qu’est-ce que je pourrais faire de bénéfique écologiquement ? Et ma réponse est de cultiver bio et local ». Les visites des écoliers de Cannes sur l’exploitation apportent une dimension de « transmission des enjeux environnementaux » pour l’ancien monteur, « on explique que les fruits et légumes bio ne sont pas toujours beaux et qu’il ne faut pas manger de tomates en hiver ». « Mon but n’est pas de juste produire pour moi mais de faire quelque chose de plus politisé qui a du sens, en travaillant en commun avec d’autres personnes dans une coopérative ou un écovillage » conclut Virgile, « c’est un idéalisme mais on pourrait essayer de faire quelque chose qui nous semble juste. »  

Green Lanterne  

Nina Osmond