VALLAURIS: Les élus locaux s’opposent à un projet de ferme aquacole à Golfe-Juan

Le projet de ferme aquacole de la société Aquafrais Cannes ne convient pas aux élus locaux. Ils font front commun à l’occasion de l’enquête publique à ce sujet qui se terminera le 22 février.

Le maire de Vallauris Kevin Luciano (LR), la députée européenne Caroline Roose (EELV) et le sénateur Philippe Tabarot (LR) aux côtés d’habitants et d’associations ont rappelé leur opposition au projet de ferme aquacole à Vallauris devant le banc de pêche locale. Photo Bastien Dufour.

Ils sont tous vent debout contre le projet de ferme aquacole à Vallauris Golfe-Juan. Devant une cinquantaine de personnes, maire, député, sénateur et eurodéputée locaux ont réaffirmé leur opposition à la création, par la société Aquafrais Cannes, d’un élevage de loups et de dorades. En superficie, la ferme fera 24.000 mètres carrés (environ trois terrains de football) avec, sous l’eau des filets, d’une quinzaine de mètres de profondeur, «à un endroit où le fond se trouve 50 mètres sous la mer» explique Jérôme Hémar, le directeur général d’Aquafrais Cannes. L’objectif pour la société est de doubler la production (passant de 600 tonnes à 1.200 tonnes par an) et de rassembler en trois sites rapprochés (2 à Vallauris et un à Cannes), les cinq sites actuellement présents, supprimant donc les deux fermes d’Antibes et celle de Théoule-sur-Mer.

Des élus qui militent pour la protection des écosystèmes

La députée européenne Coraline Roose (EELV) souligne que «la ferme se trouvera proche d’une aire marine protégée et d’une zone Natura 2000. Avec les courants, les déjections et les antibiotiques qui peuvent être utilisés partent de ce côté». Le député Éric Pauget (LR) interroge: «il ne s’agit pas d’être en opposition au développement économique de la région, mais est-ce que cela doit se faire au prix de l’écosystème». Jérôme Hémar précise que «nous avons fait une modélisation 3D des rejets. Cet apport en sédiments se fait loin des posidonies et se pose sur la vase qui se trouve sous la structure.» Un avis favorable de la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAE) a d’ailleurs été émis en octobre dernier, indiquant que le projet «offre toutes les garanties pour l’environnement, car il est éloigné des herbiers de posidonie». Au sujet des antibiotiques, le directeur général ne réfute pas la possibilité de les utiliser mais uniquement «sur prescription vétérinaire et sur une petite partie de l’élevage si les poissons sont malades, c’est très encadré

Jérôme Hémar, le directeur général d’Aquafrais Cannes explique que la nouvelle structure ne sera pas plus grande en surface mais en profondeur. Vue de l’extérieur, elle sera donc plus petite que celle déjà présente à Vallauris, à l’arrière-plan ici. Photo Bastien DUFOUR.

«C’est un chantage à l’emploi»

Jérôme Hémar l’assure: «on va créer 20 emplois nets, sur site». Un argument que dénonce Caroline Roose en parlant de «chantage à l’emploi» pour imposer un projet «qui va faire disparaître la pêche artisanale». La problématique avait été soulevée en premier par la Prud’homie de pêcheurs d’Antibes, Golfe-Juan et Cannes. Patrick Wolff, son représentant explique que, bien qu’il n’y ait «pas de concurrence directecela va limiter la zone de pêche. Depuis 35 ans, on acceptait une aquaculture raisonnée et artisanale, là le projet est industriel». Jérôme Hémar explique que «24.000 mètres carrés en superficie, c’est moins que le site existant déjà sur Golfe-Juan, qui en fait 30.000. Là différence repose sur la profondeur et le volume des filets. Tout l’intérêt, c’est de pouvoir proposer plus de poisson frais et local, aux restaurants de la Côte d’Azur. La grande majorité provient effectivement de l’étranger» explique-t-il.

Le directeur général d’Aquafrais Cannes regrette que, à l’exception de Mme Roose, tous les élus mobilisés n’aient pas répondu aux invitations de la société. «On a appris, avec regret, qu’une conférence de presse pour dénoncer le projet avait été organisée, exactement au même moment que notre réunion à la sous-préfecture de Grasse pour expliquer synthétiquement le projet. Une réunion à laquelle ils n’ont pas assisté par conséquent».

Kévin Luciano (LR), le maire de Vallauris, invite les habitants à «participer à l’enquête publique en se rendant en mairie de Cannes, Vallauris et Antibes». Et la Prud’homie des pêcheurs incite à signer leur pétition contre le projet.

C’est la préfecture des Alpes-Maritimes qui aura le dernier mot, qu’Aquafrais attend dans les prochains mois.

Bastien DUFOUR