Agriculture : un secteur mal compris

L’agriculture est essentielle à notre mode de vie, pourtant elle intéresse peu. Portrait d’un secteur économique mal connu.

Quand on évoque le mot « agriculture », on ne peut pas s’empêcher de l’associer au « péquenaud », ce vieux stéréotype du campagnard rustre. Pourtant l’agriculture en France a évolué et constitue un vrai défi pour l’économie du pays. D’abord, le secteur s’est restructuré. Il représente 849 000 emplois directs, soit près de 3 % de la population active alors qu’en 1955, celle-ci représentait 31 % de l’emploi en France. « Le métier n’attire pas beaucoup », souligne Jérémy Decerle, éleveur de viande bovine en Saône-et-Loire et vice-président du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA). Ce problème vient notamment du manque de formation. « Il s’agit d’améliorer les compétences par des stages et des formations », soutient-il. De plus, le secteur agricole reste assez familial : deux tiers des jeunes agriculteurs suivent l’exemple de leurs parents. Le problème du renouvellement des générations est donc significatif : la France compte seulement 110 000 agriculteurs de moins de 35 ans. De fait, le nombre d’exploitations agricoles baisse ; l’activité agricole se concentre dans des exploitations de plus en plus grandes.

L’installation : un challenge

« Trouver des terres cultivables est un deuxième enjeu important », commente Christian Charbonnier, directeur adjoint de la Chambre d’agriculture des Alpes de Haute-Provence. De 72 % en 1950, la superficie des terres agricoles occupe maintenant moins de la moitié du territoire français. Il est en fait plus difficile de s’installer à cause du développement des zones urbaines et des réseaux de voiries. Si 16 000 installations se font chaque année en France, elles ne permettent pas de compenser les cessations d’activité. « L’installation est un challenge » argue Christian Charbonnier. Et d’ajouter : « la question du financement est problématique. » D’où le travail du syndicat des JA et des chambres d’agriculture pour mettre en place des dispositifs d’aide. Mais pas seulement : une installation sur trois bénéficie de la Dotation Jeune Agriculteur, une aide qui vise à financer la reprise ou la création d’une exploitation agricole (de 8 000 à 35 900 euros selon les zones). « Un certain nombre de prêts, d’aides fiscales et sociales sont attribués aux agriculteurs. Mais les plus grandes subventions viennent de la PAC » explique le vice-président du syndicat des JA. 9 milliards d’euros pour la France. Une somme colossale mais un budget revu à la baisse qui provoque le mécontentement de certains agriculteurs : « ce n’est pas en adéquation avec le temps passé sur les exploitations », regrette Jérémy Decerle.

Un manque de reconnaissance

Des regrets, certains en expriment aussi sur le rôle du secteur dans l’économie de la France. Alors qu’elle contribue à hauteur de 2,2 % au PIB du pays et qu’elle est l’un des plus grands producteurs et exportateurs agricoles du monde, l’agriculture française souffre d’un manque de reconnaissance. « On est mis sur le même plan que d’autres types d’agriculture alors que nous écoutons les nouveautés sociétales notamment en matière d’environnement. » se plaint l’éleveur de viande bovine. Les pratiques en France ne sont pas les mêmes que celles de l’agriculture intensive qui peut se pratiquer aux Etats-Unis et dont certaines techniques sont interdites ici, comme les hormones de croissance. L’agriculture française reste à taille humaine. Ce n’est pas pour autant que la population prend conscience de la valeur de celle-ci. « Les gens sont des moutons. Ils vont en grandes surfaces et ne se posent pas de question », déclare Cindy, étudiante engagée dans les causes environnementales. Ainsi, peu de personnes se préoccupent de l’agriculture et pourtant, c’est elle qui nous fait vivre.

L’avis d’Amandine Lebreton, responsable agriculture et alimentation de la fondation Nicolas Hulot

« On aura toujours besoin de l’agriculture. Mais la question est de savoir comment nourrir les 9 milliards d’humains que nous serons en 2050. Comme la consommation augmente avec le niveau de vie, il faudra des surfaces d’exploitation plus importantes. Le modèle intensif est le symbole de l’augmentation de la consommation de viande. Il est surtout présent dans les pays en développement. Mais il demande beaucoup d’énergie et engendre des émissions de gaz à effet de serre. Au contraire, il faut aller au plus près des gens, faire de l’agriculture familiale afin de donner des revenus aux petits paysans – qui sont la majorité en nombre mais pas en production. De plus, la solution n’est pas de produire plus mais de moins gaspiller. Aujourd’hui, un tiers de la production mondiale est jetée (pertes agricoles dans les pays du Sud et surconsommation dans les pays du Nord). Il faut que l’agriculture de demain soit durable. »

Camille Degano