La Vénus à la fourrure, une pièce qui sort du cadre

Adaptée du roman éponyme de Leopold von Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure était jouée au théâtre Croisette de Cannes vendredi 9 octobre, par Marie Gillain et Nicolas Briançon.

La Vénus à la fourrure est la mise en abyme d’une mise en abyme. A l’origine, roman érotique allemand de Leopold von Sacher-Masoch – le « créateur » du masochisme, directement issu de son nom – La Vénus est devenu film et pièce de théâtre. La Vénus à la fourrure version pièce de théâtre, c’est l’histoire de Wanda, comédienne gouailleuse, qui passe des auditions pour La Vénus à la fourrure, adaptée du roman éponyme du XIXe siècle, avec son metteur en scène, Thomas Novachek.

La vénus à la fourrure, Théâtre Tristan Bernard (Paris), 11 octobre 2014, © Fabienne Rappeneau

La Vénus à la fourrure a reçu deux Molières en avril dernier. (Crédit photo : francetvinfo.fr)

En retard pour le casting, Wanda arrive dans le théâtre dégoulinante de pluie, et rencontre Thomas, l’auteur de la pièce, qui signe sa première mise en scène. Wanda est vulgaire, elle prononcera le mot « putain » une dizaine de fois dans les premières minutes. Elle porte une veste léopard qu’elle enlèvera vite, au profit de sous-vêtements en cuir, jarretière et escarpins à talons hauts. Elle est en retard mais elle insiste pour montrer l’étendue de ses talents à Thomas, un intellectuel un peu plus vieux qu’elle, assez pédant, qui la méprise au début de leur rencontre. Très vite, Thomas est envoûté par le jeu déroutant de Wanda.

En 2013, Roman Polanski avait porté La Vénus à la fourrure au cinéma, avec sa compagne Emmanuelle Seignier dans le rôle de Wanda, et Mathieu Amalric dans le rôle de Thomas. L’adaptation était parfaitement réussie, et superbement interprétée. Aujourd’hui c’est Jérémie Lippmann qui reprend cette pièce, avec Marie Gillain et Nicolas Briançon, tous les deux brillants.

Une pièce qui vit aussi bien sur scène que dans la salle

Un coup de tonnerre foudroyant, et Wanda, jurant dès les premières minutes, entre dans la salle en passant au milieu des spectateurs. Les rires fusent. Toute la salle est encore éclairée quand la pièce commence. A l’arrivée de Wanda, le public est très surpris. C’est ce qui fait l’originalité de la pièce. Par définition, elle se vit dans la salle puisqu’on assiste à une audition dans un théâtre. L’orchestre et les balcons resteront éclairés quelques minutes, et la lumière baissera lentement, au fil des scènes. Thomas comme Wanda se meuvent partout dans la salle, une fois pour partir, une autre pour se voir jouer. Les jeux se mélangent, le fictif et le réel se mêlent, à l’image de la pièce où les deux personnages échangent leurs rôles dans ce jeu sadomasochiste. Le duo Marie Gillain, Nicolas Briançon fonctionne à merveille, ils sont drôles, cruels, effrayants.

Cette mise en scène de Jérémie Lippmann a reçu deux Molières en avril dernier, celui de la meilleure comédienne pour Marie Gillain et celui de la meilleure pièce. La Vénus à la fourrure sera notamment au théâtre de Grasse le week-end du 27 et 28 novembre.

Emilie Unternehr