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Le frelon oriental observé pour la première fois en France

Détecté fin septembre au nord-ouest de Marseille, l’insecte originaire des Balkans, du Moyen-Orient et du nord-est de l’Afrique, semble s’être installé près d’une usine de sucre. Une alerte très vite relayée par les scientifiques et les médias, qui déclenche de nouvelles inquiétudes autour des abeilles mellifères, déjà affectées par le frelon asiatique.  

Le frelon oriental se distingue par sa couleur rousse et sa bande jaune vif caractéristique sur l’abdomen. Aussi gros que le frelon asiatique, sa taille varie entre 25 et 35 mm selon la caste – Crédit photo : Wikimédia

C’était le 22 septembre 2021, une journée comme les autres pour Alain Coache, entomologiste et spécialiste des coléoptères d’Afrique de l’Ouest. En mission de routine à Marseille pour le cabinet d’expertise naturaliste Ecotonia, le scientifique scrute la faune environnante et fait une étrange découverte près de l’usine de sucre Saint-Louis. « Sur place, je n’observe d’abord rien d’anormal, témoigne le chercheur. Je tombe d’abord sur le frelon européen, que l’on connaît tous bien. Je poursuis un peu mon chemin, puis je rencontre le frelon asiatique [espèce invasive arrivée en France en 2006, ndlr], qui butinait tranquillement le lierre ». L’entomologiste marque une pause, exprimant encore son étonnement face à la rencontre qui va suivre peu après. Et là, en fin de matinée, je vois un frelon que je ne reconnais pas, plutôt marron avec sur l’abdomen une bande jaune vif ».

Alain Coache ne le sait pas encore, mais il vient de faire la première observation de Vespa orientalis, une espèce de frelon exotique, venue entre autres des Balkans, du Moyen-Orient et du nord-est de l’Afrique.

Immédiatement, l’entomologiste réagit et capture un spécimen pour faire part de sa découverte auprès de ses collègues, dont Bruno Geyres, spécialiste des Vespidae [famille des guêpes et frelons, ndlr] et Gérard Filippi, entomologiste et expert naturaliste, fondateur d’Ecotonia. Inquiets du potentiel invasif de l’insecte, l’alarme est très vite donnée. « On s’est dit qu’il fallait rapidement écrire un article au vu du caractère urgent de la découverte », expliquent les trois scientifiques, qui recensent à nouveau une vingtaine d’individus en revenant à l’usine Saint-Louis.  

En à peine une dizaine de jours, ils rédigent l’étude et la font valider par leurs pairs, qu’ils publient ensuite le premier octobre dans la revue scientifique Faunitaxys. A partir de ce moment-là, la présence du frelon oriental est bel et bien confirmée en France métropolitaine.

Les scientifiques sur leurs gardes

Quelques jours après la publication, les médias, dont France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, s’emparent du sujet et relaient l’information avec un ton « un peu trop alarmiste », selon Alain Coache et Bruno Geyres. « Il est vrai que nous avons identifié les trois castes du frelon oriental : la reine, les ouvrières et les mâles. Ce qui prouve qu’il y a un nid quelque part. Mais il se peut que la colonie ne survive pas aux températures hivernales. Nous ne sommes sûrs de rien, expliquent prudemment les deux experts. De plus, sa répartition reste inexplicablement restreinte au sud. Il doit sûrement y avoir un facteur limitant qui empêche l’insecte de coloniser davantage vers le nord. C’est pour cela qu’il est important d’approfondir nos recherches plutôt que de faire paniquer tout le monde », assènent-ils, évoquant les apiculteurs, déjà très préoccupés par les frelons asiatiques.

Les trois castes du frelon oriental découvertes à l’usine Saint-Louis. Les femelles des deux castes (reine et ouvrière ) à gauche et le mâle à droite. Signe qu’un nid n’est pas loin – Crédit photo : Bruno Geyres

Toutefois, hors de question de prendre le problème à la légère. « On est dans un pays où il y a une alerte considérable sur les invasifs », rappelle le naturaliste Gérard Filippi. La présence du port de Marseille près de l’implantation des frelons met également la puce à l’oreille aux chercheurs. La cause du début de colonisation n’est pas encore connue, mais l’hypothèse du transport involontaire par bateau reste plausible.

Peu de risque pour l’homme, danger pour les abeilles

Signaler la présence d’individus et brûler les nids demeurent pour l’instant les deux solutions retenues par les spécialistes pour limiter l’expansion du frelon oriental. Considérée comme une espèce « synanthropique », c’est-à-dire aimant la présence humaine, Vespa orientalis affectionne les lieux clos ou au-dessus du sol (fissures de rocher, espaces dans des murs ou des plafonds, ruches vides, etc.), mais aussi les endroits plus exposés comme des avant-toits. Un facteur de contact entre les insectes et les humains qui pourrait faire peur, mais que les chercheurs tempèrent immédiatement. « Le frelon oriental n’est pas plus dangereux que ses cousins européens ou asiatiques. Si l’on reste loin de l’essaim, il n’attaquera pas. L’homme n’a donc pas grand-chose à craindre de son venin, sauf s’il est allergique, signalent à nouveau Gérard Filippi et ses collègues. La véritable inquiétude que l’on a ici, c’est pour les abeilles, qui sont déjà très vulnérables ».

C’est en effet l’équivalent de 30 % des colonies d’abeilles qui disparaît chaque année en France. Connu sous le nom de « syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles », celui-ci est causé par l’utilisation de produits chimiques et de pesticides, mais aussi par la prolifération d’espèces invasives comme le frelon asiatique. Ainsi, si le frelon oriental venait à s’installer durablement en France, l’invasion pourrait devenir un vrai problème pour les apiculteurs, qui sont déjà 15 000 à avoir cessé leur activité.

En attendant, « si de nouvelles données arrivent sur ce frelon, d’autres articles et études seront à prévoir et nous les relayerons, c’est certain », assure Alain Coache.

L’arrivée du frelon oriental dans l’équation n’augure donc rien de bon, mais une chose est sûre, les scientifiques se tiennent prêts.

Arnaud Ciaravino