La Côte d’Azur à l’heure de l’Underground 2.0

La Côte d’Azur, Cannes, son festival du film, son côté blingbling mais aussi son univers Underground. Focus sur cette véritable culture alternative qui séduit de nombreux jeunes.

Underground… pour la plupart d’entre nous, ce mot ne n’évoque pas grand chose sinon l’un des surnoms du métro londonien. Mais pour d’autres il s’agit d’un véritable mode de vie. Arie, grapheur urbain et rappeur de 20 ans vivant à Sophia Antipolis est l’un de ces jeunes underground. Il a choisit d’adopter cette culture qu’il définit comme « un mouvement qui se veut à l’opposé de la société de consommation et de l’industrie culturelle. » Cela peut paraître étrange de retrouver un tel mouvement sur la Côte d’Azur, souvent symbole de matérialisme et d’argent. Pourtant le mouvement Underground existe bel et bien dans la région, même s’il est réduit. « Je crois que ce n’est pas une culture qui se prête à cette région », ajoute Arie. Lui même amateur de graffitis et de hip-hop depuis l’enfance, il a trouvé dans la culture Underground un moyen d’exprimer ses idées mais aussi de se retrouver au sein d’une communauté. « Parfois, avec mon groupe, on lâche un freestyle de rap dans la rue, et il y a toujours quelques personnes qui kiffent ! »

"un mouvement qui se veut à l'opposé de la société de consommation et de l'industrie culturelle. " Source : DR

« Un mouvement qui se veut à l’opposé de la société de consommation et de l’industrie culturelle.  » Source : DR

Même si la communauté est présente dans les Alpes- Maritimes, ses membres restent très peu organisés. Et l’underground a beaucoup changé, que ce soit dans son image ou dans son fonctionnement. « A Cannes, il y a cette classe sociale aisée qui stigmatise l’Underground. Je ne peux pas vraiment être un marginal, on est obligés de suivre un minimum les codes sociaux. » précise Arie. C’est aussi ce que regrette Stéphane, son père, qui a connu l’Underground des années 1980 : « A mon époque, le mouvement était porté par des punks, des rockeurs et des artistes en tout genre. On était des jeunes en marge de la société, on exprimait un vrai rejet du capitalisme. »

Si les jeunes underground ont des valeurs communes avec leurs prédécesseurs, ils « profitent du système capitaliste », d’après Stéphane. « C’est pour ça que l’Underground d’aujourd’hui me fait un peu sourire.» Autre évolution, le mouvement est maintenant très présent sur Internet. Et c’est à la fois une aubaine pour ces jeunes, mais aussi une incohérence. S’ils veulent se marginaliser, ils utilisent tout de même les outils de la société de consommation. Les jeunes ne se regroupent plus régulièrement, mais ils sont toujours interconnectés sur le web. Les écrans ont remplacé les murs et Internet est devenu le nouveau miroir de la génération Underground. « Grâce au web il est maintenant plus facile pour nous d’échanger nos propres travaux et de s’inspirer de ceux des autres » confirme Arie.

Les compositeurs utilisent Soundcloud et Youtube pour faire découvrir leur musique, les graphistes et autres amateurs de dessins utilisent les plate-formes de blogging et microblogging comme Twitter, Instagram, ou encore Tumblr pour partager leurs créations… Les barrières tombent, et les jeunes underground peuvent être en lien direct avec les régions emblématiques dans lesquelles est né ce mouvement culturel comme les États- Unis (principalement en Californie ou à New-York), l’Angleterre et Londres, mais aussi Hong-Kong. « Internet est un grand moyen d’expression et de reconnaissance pour nous, et ça nous permet de nous inspirer de ce que font les jeunes dans le monde entier. Je suis très connectée à l’Underground londonien grâce au net. », explique Manon, 19 ans, artiste à Antibes.

Les grandes figures artistiques du mouvement Underground

Depuis toujours, la culture Underground possède ses figures emblématiques. Dans les années 90, on connaissait Basquiat (peintre) ou encore Lou Reed (chanteur des Velvet). Aujourd’hui le mouvement Underground est porté par de nouveaux artistes. Dans l’art du graffiti, Bansky est le porte drapeau d’une génération anti-conformiste et libre. Resté anonyme depuis ses débuts, il utilise son art pour exprimer ses idéaux. Plus récemment, aux États- Unis, c’est le collectif Odd Future qui se démarque. Composé de photographes, de skateurs, de rappeurs ou de punks, ce groupe représente le berceau de la nouvelle génération Underground. Tout en exprimant un rejet du système, Odd Future ou aussi appellé OFWGKTA (Odd Future kill them all = Odd Future les tue tous) a réussi à s’affirmer comme une figure emblématique du paysage artistique américain. En France, c’est le groupe de rap 1995 qui représente l’Underground hexagonal. Ces six jeunes parisiens ont fait leurs armes dans des « open mic » et la rue. Signés à aucune maison de disque, le collectif parisien s’est fait connaître grâce à ses vidéos postées sur le net.

« Partager mon art avec le monde entier »

Manon, 19 ans, est étudiante en art au lycée Léonard de Vinci à Antibes et artiste underground.

Manon UndergroundSon originalité et son refus du conformisme l’ont très vite rapprochée de la culture underground. Passionnée de dessin depuis son plus jeune âge, Manon a trouvé dans ce mouvement un moyen de s’exprimer. Ses œuvres, sombres ou folles, parfois tristes, sont le reflet de ses émotions et de ses humeurs. « Je ne me considère pas comme une artiste engagée. L’Underground, c’est surtout un état d’esprit. Ce n’est pas une secte, on ne se retrouve pas tous les soirs pour cracher sur la société. » Elle sait que le mouvement a évolué, et que si le point de départ était la rue, aujourd’hui tout se passe sur Internet. « Grâce aux plateformes comme tumblr, instagram ou soundcloud, je peux exposer mon art et le partager avec le monde entier. Et je peux m’inspirer des milieux Underground de Londres, de la Californie, d’Hong-Kong, ou encore de Brooklyn. » Grâce au web, elle a le sentiment d’appartenir à une communauté internationale.

Alexandre Baron, Vincent Dromard et Nicolas Longhi.