Julien Milli, un récipiendaire pas loin de décrocher la lune

Lorsque vous tapez son nom sur internet, vous tombez sur un document mis en ligne en 2004, par l’élève de Première S qu’il était. Un travail de plus de 90 pages sur la machine à crypter Enigma, que les Allemands utilisaient pendant la Seconde Guerre mondiale. La note de 20 qu’il obtenait ne laissait pas place au doute. Julien Mili est de ceux pour qui la recherche est un jeu, et la découverte un don de soi. Celui qui vient de recevoir le prix Chesneau 2015  n’a que 28 ans, mais voyage déjà dans une autre dimension. Nous l’avons rencontré quelques minutes avant que son prix ne lui soit remis par Christian Estrosi. Le garçon respire l’humilité. Dans les jardins de la Villa Masséna, il a accepté de délaisser son télescope et de jeter un coup d’œil dans le rétro. Retour sur la trajectoire d’un génie.

Tout d’abord Julien, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis originaire de Mulhouse, en Alsace, où j’y ai fait mes études jusqu’à la Terminale S. Puis je suis parti en classe prépa MPSI (mathématiques, physique et sciences de l’ingénieur) à Strasbourg et je me suis rendu par la suite à Paris pour y effectuer une école d’ingénieur. Là-bas, j’ai travaillé également 1 an dans l’industrie avant de revenir faire mon master et être diplômé des MINES.

Puis est venu le temps de réaliser votre thèse

Exactement. Je suis ensuite parti à Grenoble où j’ai intégré l’IPAG (Institut de planétologie et d’Astrophysique de Grenoble) et ai pu effectuer mon doctorat et ma thèse sur l’optique adaptative et hauts contrastes des disques de débris, que j’ai terminée en septembre.

Étiez-vous attiré par la science dès votre plus jeune âge ?

Oui, (rires) surtout par la physique et les mathématiques. Puis j’ai commencé à m’intéresser à l’astronomie un peu par hasard, en vacances avec mes parents. Je devais avoir 10-12 ans.

Christian Estrosi a remis le prix et la bourse Chesneau en compagnie de la famille de l’astronome décédé à Nice l’an dernier. (Credit Photo : D.R.)

Christian Estrosi a remis le prix et la bourse Chesneau en compagnie de la famille de l’astronome décédé à Nice l’an dernier. (Credit Photo : D.R.)

Au cours de votre thèse, vous vous êtes notamment rendu dans le désert dAtacama, parlez- nous de votre expérience.

En fait, lorsque j’ai intégré l’IPAG en septembre 2011, l’ESO (European Southern Observatory) a accepté de financer ma thèse avec l’école. Comme ils possèdent des bureaux à Santiago (au Chili, ndlr), j’ai pu me rendre à la capitale et accéder au Very Large Telescope (VLT), dans le désert d’Atacama. Pendant 3 ans j’ai travaillé là-bas, ce qui est exceptionnel car le VLT, c’est le summum pour un astronome. J’ai pu observer le ciel et récolter des données très importantes pour ma thèse.

Sur quoi porte-t-elle précisément ?

Pour faire clair, j’ai travaillé sur la formation planétaire, en essayant de comprendre à l’aide de l’imagerie comment les systèmes solaires analogues aux nôtres évoluaient. Je me suis plus particulièrement penché sur les étoiles bien plus jeunes que notre soleil. J’ai pu faire des images de ces systèmes exoplanétaires et j’ai observé le stade des disques de débris, qui se forment autour des étoiles. On se rend compte que ces ceintures de poussière d’astéroïdes et de comètes qui émettent de la lumière sont un phénomène fréquent chez les jeunes étoiles. Et dans ces disques, on observe parfois des vides de gaz, où pourraient se former des planètes…

L’alsacien, qui revient du désert d’Atacama, n’a pas été dépaysé par la remise de son prix à la Villa Masséna. (Crédit Photo : Loris Bavaro)

L’alsacien, qui revient du désert d’Atacama, n’a pas été dépaysé par la remise de son prix à la Villa Masséna. (Crédit Photo : Loris Bavaro)

Désormais, quelles sont les futures échéances de Julien Milli ?

J’ai un contrat de 4 ans post-doctorat au Chili, pays si propice à la recherche et à la science où je compte bien profiter un maximum. Ensuite, j’aimerais revenir travailler en France, notamment à l’IPAG avec qui je suis toujours en contact.

Un dernier mot ?

Je voudrais remercier tous ceux qui m’ont aidé. Je ne m’attendais pas à recevoir ce prix, c’est une véritable reconnaissance. Olivier Chesneau était un scientifique admirable, tant sur le plan humain que professionnel. Enfin j’espère que que ce prix suscitera des vocations, notamment chez les plus jeunes.

 

Propos recueillis par Loris Bavaro